Bloc-Notes No 303 - Aquitaine

      Construisons l'espoir, et en 2007 battons la droite et pour réussir à gauche gagnons une majorité anti-libérale au sein de la majorité de gauche à l’Assemblée Nationale ! Meilleurs vœux pour l’année 2007.

      Vous trouverez ci-après des informations qui ont été adressées à Espaces- Marx ou qui ont attiré notre attention, et que nous vous répercutons (Période du 20 au 27 Janvier 2007). Désolé pour les oublis. (Les adresses indiquées peuvent n'être qu'un relais et pas obligatoirement l'origine de l'information, et n'ont aucune affiliation à priori avec notre association. Elles ne partagent pas obligatoirement non plus les autres messages répercutés). Ce message n'est pas un spam. Conformément à la loi et aux règlements du CNIL, les messages de prospection associatifs, politiques, caritatifs ou religieux sont seulement soumis à l'obligation d'accès aux données (comme les messages postaux) et ne sont pas considérés comme des messages de publicité commerciale (spams). L'intégralité des Informations sur le site d'Espaces Marx Bordeaux, n'hésitez pas à y consulter aussi le Bloc-Notes National : http://espacesmarxbordeaux.apinc.org/

 

====> La gestion du Bloc-notes d'Espaces Marx Aquitaine a changé.

Vous êtes 854 internautes à avoir choisi de recevoir le Bloc-Notes, Merci de votre soutien. Bonne lecture. N’hésitez pas à le faire connaître dans votre entourage. Pour celles et ceux qui sont déjà inscrit(e)s sur la nouvelle liste de diffusion pas de problème. Les autres vont recevoir un message leur proposant de s’y inscrire, il leur suffira de répondre à ce message du gestionnaire des listes de diffusion de free nommé Listar. Depuis Septembre seules les personnes inscrites recoivent le Bloc-Notes. L'URL pour s'inscrire à la liste de diffusion est : mailto:espmarxbx-request@ml.free.fr?subject=subscribe

     

                  ==================

 

 

Le site d'Espaces Marx Bordeaux: http://espacesmarxbordeaux.apinc.org/

Contact : espaces.marxbx@tiscali.fr ou Marvinc@no-log.org

Espaces MARX France: http://www.espaces-marx.org/

 

 

Contact : <Espaces_Marx@internatif.org>

Adhésion : http://espacesmarxbordeaux.apinc.org/article.php3?id_article=59

L'URL pour s'inscrire à la liste de diffusion est : mailto:espmarxbx-request@ml.free.fr?subject=subscribe

 

      Voir le début sur le document précédant

 

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

& Echos de France &

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

 

 

95) Marie-George Buffet donne la parole au monde du travail

 

96) Les députés PCF au chevet des urgences sociales

 

97) Antilibéraux : Réactions mitigées après la lettre de José Bové

 

98) Altermondialisme et 2007 : ATTAC se manifeste

 

99) Ségolène Royal veut relancer un traité européen

 

100) LES ENJEUX DE 2007 : Perte de repères

 

101) Le Sarkothon était truqué

 

102) Extrême droite : Le Pen, candidat des riches

 

103) Finances : La droite refuse d’enquêter sur les fonds d’investissement

 

104) Les riches sont-ils trop taxés par l’impôt sur la fortune ?

 

105) Les services publics s’invitent à la présidentielle

 

106) Les organisations syndicales s’invitent au banquet Présidentiel (CGC, CFDT, CFTC, CGT,…)

 

107) Discriminations : Les handicapés veulent être entendus

 

108) Quel avenir pour les prisons ?

 

109) À quand la parité effective, partout, en politique ?

 

110) Faut-il baisser les prélèvements obligatoires ?

 

111) Sans-papiers : Les deux papas algériens ont retrouvé leurs enfants

 

112) Éducation : Professeurs motivés... mais en ordre dispersé

 

113) Un Montpellier-Paris pour sauver la viticulture

 

114) Démographie : Selon la Direction de la population et des migrations, le nombre des immigrés arrivés en France en 2004 et 2005 a baissé.

 

115) Droit social : Prud’hommes : les syndicats veulent geler les décrets

 

116) Précarité : « J’ai travaillé gratuitement pendant deux mois »

 

117) Droit au logement opposable : encore beaucoup de questions

 

118) INSEE et rescensement : Des bébés et un travail, l’exception française

 

119) Les entreprises face au capitalisme : « Des dividendes, contre les emplois »

 

120) Haro sur la recherche publique

 

121) Santé : Labos pharmaceutiques en panne d’innovation

 

122) Brevets : Novartis veut fermer la « pharmacie des pauvres »

 

123) UNEDIC : Un projet de réforme cadeau pour les employeurs

 

124) Net économie : L’homme numérique prend le pouvoir au MIDEM

 

 

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

& Le Coin des Initiatives &

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

 

 

125) [RESF33] BEGLES dans tous ses états « Pour la régularisation des personnes menacées d'expulsions »

 

126) Le squat des Pontets devient "le collectif pour l'application de la loi de réquisition"

 

127) Les cheminots syndicalistes s’adressent aux usagers des trains

 

128) Qui sont, que font les Amis de l’Humanité ?

 

 

&&&&&&&&&&&&&&&&&

& Points de vue &

&&&&&&&&&&&&&&&&&

 

 

129) Sobel : « Nous vivons un traumatisme formidable »

 

130) « Ne choisissons pas de voie sans issue » par Patrice Cohen-Séat, Olivier Dartigolles, Brigitte Dionnet, Jean-François Gau, Élisabeth Gauthier, représentants du PCF au collectif national unitaire.

 

131) « Un choix raisonné » Par Claude Mazauric, historien.

 

132) « Représenter. Participer. Voter » LA CHRONIQUE DE CYNTHIA FLEURY

 

133) « Je t’aime, moi non plus » par Jacques Broda, sociologue.

 

134) « Fonds d’investissement : une menace économique et sociale... » par Philippe Matzkowski, pour le collectif associatif LBO (*)

 

135) LE DROIT « OPPOSABLE » * Chronique n° 2 de Jacques Nikonoff * 9 janvier 2007.

 

136) « Présomption d’innocence ou présomption de culpabilité ? »  Par Jacques Delga, professeur honoraire à L’Essec, avocat à la cour d’appel de Paris.

 

137) « Réchauffement climatique : passer à l’action... » Dominique Martin Ferrari, directrice de Gaïa, était l’invitée de l’Université du développement durable

 

138) « La vengeance des banquiers » Par Damien Millet, président du CADTM France (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org), et Éric Toussaint, président du CADTM Belgique.

 

139) « Les élèves ne sont pas une marchandise » Par Bertrand Gaufryau, chef d’établissement de lycée professionnel rural, et Christophe Chartreux, professeur d’enseignement général de collège (français, histoire et géographie).

 

140) « La deuxième mort des déportés » par Eve Line Cherchevsky Blum, fille de déportés

 

141) « La campagne a confisqué le débat » Entretien avec Le chercheur Dominique Wolton qui vient de lancer l’Institut des sciences de la communication du CNRS.

 

 

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

& Le Coin des Lettres &

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

 

 

142) [infos-paix] Infos-Paix n°254 du 18 janvier 2007

 

143) [ATTAC] INFO 560 - FSM 2007 : UNE AUTRE AFRIQUE EST POSSIBLE ! (Extraits)

 

144) NOUVELLES de la Vallée du CIRON : N° 178  du  19 janvier 2007.

 

 

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

& Le Coin des Blogs et des sites &

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

 

145) [mariegeorge2007] Participez à la campagne

 

146) Nouveautés sur le site PRS : « Une insurrection civique permanente »

 

147) Un groupe bordelais bourré d'humour ! : « Sarko et sa Cécilia par les Ignobles »

 

148) Nouvelles Vidéos cette Semaine sur LTV33 : « LES ENFANTS DE DON QUICHOTTE »,…

 

149)  La Lettre de la Citoyenneté JANVIER FEVRIER 2007 N° 85

 

150) La FEE MARCHE

 

151) Le Blog d’Henri Emmanuelli - 17/01/06

 

 

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

& Le Coin des Revues &

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

 

 

152) L’Ormée No 73 : « Pour une dynamique populaire et citoyenne »

 

153) Manière de voir No 91 : « Les dossiers de la mondialisation : libre-échange, privatisations, délocalisations…»

 

154) LA SOMME ET LE RESTE No 9 : « LEFEBVRE UTILE 2 ? »

 

 

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

& Le Coin des Livres &

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

 

 

155) « Les inégalités sous le scalpel des sociologues » sous la direction d’Hugues Lagrange

 

156) Édouard Glissant, explore les nouvelles mondialités

 

157) « Les questions que se pose un militant sur la marche de la planète communiste » par Roland Foissac

 

158) « Peut-on ne pas croire ? » par Jacques Bouveresse

 

159) Les actes du Colloque : « PASSÉ ET ACTUALITÉ DE LA GUERRE D’Espagne »

 

160) « Cinquante auteurs en quête de question sociale » sous la direction de Jacques Paugam

 

161) « Écologie, oligarchie, démocratie : une crise durable et planétaire » par Hervé Kempf

 

162) « La préférence Sénégal » par Fadel Dia

 

 

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

& Le coin du Théâtre & du Cinéma &

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

 

 

163) « Cela a été une vraie rencontre entre les deux continents »

 

 

&&&&&&&&&&&&&&&&&&

& Echos d'Europe &

&&&&&&&&&&&&&&&&&&

 

164) Europe : Multiples tentatives de recycler le projet de traité constitutionnel

 

165) Parlement européen : Jeu de chaises musicales

 

166) Zapatero à l’épreuve d’ETA

 

167) Migrants indésirables en Russie

 

168) Le FN organise ses troupes

 

169) La « flexicurité » à la danoise, un écran de fumée ?

 

170) Transports : La libéralisation du train avance à petite vitesse

 

171) Législatives : Élections serbes à hauts risques

 

172) Blair lâché par ses ministres

 

173) Italie : L’extension d’une base américaine déstabilise Prodi

 

 

&&&&&&&&&&&&&&&&&&

& Echos du Monde &

&&&&&&&&&&&&&&&&&&

 

 

174) Kenya : La longue marche du Forum social mondial

 

175) San Salvador : La gauche latino débat de « l’alternative socialiste »

 

176) Bolivie : Classe contre classe, L’oligarchie bolivienne veut la peau d’Evo Morales.

 

177) Moyen-Orient : L’Iran dans la ligne de mire des États-Unis

 

178) États-Unis : Les nouveaux déserteurs américains

 

179) Tchétchénie : L’ascension d’un seigneur de guerre

 

180) Tel-Aviv : La crise de confiance politique s’aiguise en Israël

 

181) L’état d’urgence perdure au Bangladesh

 

182) Colombie : Mancuso ou la guerre sale des paramilitaires colombiens

 

 

         &&&&&&&&&&&&&&&&&&&

         & Echos de France &

         &&&&&&&&&&&&&&&&&&&

 

95) Marie-George Buffet donne la parole au monde du travail

Campagne électorale. Lors de ses voeux à la presse, la candidate affirme qu’elle représente « une gauche de responsabilité et de combat ». C’est en candidate, une candidate en campagne, que Marie-George Buffet a présenté hier ces voeux à la presse. « Et j’ai le sentiment que 2007 est l’année des possibles, que rien n’est figé et tout à construire, que les hommes et les femmes de ce pays ont soif d’avenir ». La veille au soir la candidate de la gauche populaire et antilibérale avait souhaité, sur une même tonalité, « une belle année » aux représentants des associations, du mouvement syndical et du monde de la culture. Aux journalistes, elle souhaite une année « riche en débats, en analyses, en démocratie » et « pleine de rebondissements et d’inattendus ». « Une dynamique populaire qui bouscule à gauche pourrait très sérieusement en faire partie, comme ce fut le cas lors du référendum », espère-t-elle. Comme elle l’avait - annoncé, la campagne de Marie-George Buffet est faite de rencontres sur le terrain. Et c’est sans attendre que devant les médias, elle porte la parole de ceux qui en sont privés, faisant part de ses premières rencontres au Val Fourré, à - Renault Sandouville ou dans sa circonscription de Seine-Saint-Denis. Celle d’une femme qui malgré un CDI loge à l’hôtel, son salaire ne lui permettant pas de se payer un toit. Celle des ouvriers de Sandouville qui n’espèrent plus atteindre les soixante ans, tant le travail à la chaîne les use. Celle d’une jeune diplômée, travaillant chez un équipementier qui emploie 300 interimaires sur 500 salariés, d’une personne âgée contrainte d’aller au Resto du coeur parce que sa pension ne lui permet plus de manger à sa faim. « Leur donnera-t-on la parole dans la campagne, et pourquoi pas au 20 heures ? », demande la candidate antilibérale. « Aux autres candidats, je demanderai d’accepter la confrontation », lance Marie-George Buffet. Elle-même confronte ses propositions avec celles avancées par Nicolas Sarkozy et Le Pen et discute de celles avancées par le PS ou sa candidate. Elle propose de « garantie le droit à la retraite » à soixante ans, expliquant que l’argent des - retraites « s’est envolé », « il circule entre les mains d’actionnaires frénétiques et destructeurs ». Face au discours sur « la valeur travail », elle avance « une autre conception du travail », « qui prend une juste place dans les vies », « un travail comme un droit ». Et elle veut « éradiquer le chômage, lutter sans concessions contre la précarité, ne plus accepter les temps partiels et les salaires partiels imposés à tant de femmes, mettre en place une sécurité d’emploi et de formation ! » Sur la fiscalité, le logement, l’école pour - laquelle elle soutient le mouvement des enseignants de - samedi, la santé, elle prend à contre-pied les propositions de la droite. Marie-George Buffet veut représenter à la fois « une gauche de responsabilité et de combat ». Depuis des années, « on m’a beaucoup demandé entre les deux ce que j’allais choisir, explique-t-elle. Je choisis les deux, ai-je répondu inlassablement, et je vois que j’ai fini par convaincre que cela était cohérent ». « Cette nouvelle voie à gauche, nous pouvons l’ouvrir dès cette année », estime-t-elle. À une question sur l’éventualité d’une candidature Bové, Marie-George Buffet répond que « le temps maintenant est au combat contre Sarkozy et Le Pen. Il faut faire grandir les propositions de la gauche antilibérale. Je me bats dans cette campagne pour défendre le monde du travail et je souhaite rassembler, pas autour de moi, mais autour de ces propositions ». Le premier test véritable sera le meeting du mardi 23 janvier au Zénith à Paris. Un meeting qui devrait - annoncer un premier élargissement de forces et de personnalités antilibérales autour de la candidature de Marie-George Buffet. Avant la mise en place du conseil de campagne samedi 27 janvier, qui associera un large panel de personnalités à la campagne de la gauche antilibérale.

Olivier Mayer. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844099

=====> « Elle parle pour le peuple »

Rencontre. Dans la maison de quartier de Grande-Borne, à Grigny (Essonne), 150 habitants ont débattu mardi soir avec Marie-George Buffet. Alors, convaincue ? « Elle a de très bonnes idées, j’espère qu’elle va réussir. » Sabrina votera pour la première fois au printemps prochain. Il y a un an, elle s’est inscrite sur les listes électorales, à dix-huit ans, tout en pensant que « la politique c’est beaucoup de bla-bla ». Mardi soir, avec deux amies qui ne sont pas encore en âge de voter, elle est venue à la Maison de quartier de Grande-Borne à Grigny (Essonne), où elle habite, pour rencontrer Marie-George Buffet. « Elle ne passe pas beaucoup à la télé, alors pour se faire une idée, comparer avec les autres candidats, il fallait venir. » Ce qui l’a particulièrement intéressée : l’augmentation du SMIC à 1 500 euros tout de suite, les propositions sur le logement comme l’interdiction des expulsions, la construction de logements sociaux, et « surtout, ce qu’elle dit sur la sécurité du travail, la lutte contre la précarité et le travail intérimaire parce que, quand on est jeune, on ne peut pas se faire embaucher. » Et Sabrina sait de quoi elle parle. Hôtesse d’accueil dans l’événementiel, en CDD, elle ne peut envisager d’habiter Paris. Alors, pour travailler, elle est obligée de faire une heure de trajet deux fois par jour. La jeune femme a apprécié aussi lorsque Marie-George Buffet a parlé de la politique culturelle, du statut des intermittents, du budget à augmenter jusqu’à 1 % du PIB. « À Paris il y a beaucoup de choses, des musées, des spectacles, mais pour nous, ici, ce n’est pas accessible », regrette Sabrina. « Intéressant ! J’ai envie d’en discuter avec mes amis parce que dans les médias on ne voit que Sarkozy et Royal. » Azdine a vingt-trois ans et il est inscrit depuis trois ans sur les listes électorales, mais c’est la première fois qu’il participe à une réunion politique. Lui, c’est au thème de l’insécurité qu’il a été le plus sensible. Il a été très attentif à ce qu’a dit la candidate sur le rôle de la police, qui devrait être au service de la population. « Je viens d’être "gazé" par des policiers », justifie-t-il dans un sourire (il va d’ailleurs en parler à Claude Vazquez, le maire de Grigny, qui a accueilli la candidate). Sa « grande faute » : avoir osé demander à ces policiers pourquoi ils embarquaient un jeune. Azdine qui, depuis un an, travaille dans l’animation sur la ville, est d’accord avec les propositions de Marie-George Buffet sur les associations : subventions pérennes et sécurisées, revalorisation de leur rôle démocratique, création d’un statut du militant associatif. Et, concernant les jeunes et leur avenir : lutte contre la précarité, allocation pour les études et pour trouver un premier emploi, moyens pour l’école, lutte contre les discriminations. « On ne voulait pas faire un meeting mais une vraie rencontre où chacun pourrait être en direct avec la candidate, cela s’est fait uniquement par le bouche à oreille et avec des invitations données de la main à la main », explique un militant communiste. Les questions, les témoignages n’ont pas manqué, dans la salle décorée de fresques et de dessins d’enfants où se serraient plus de 150 habitants du quartier. De la pétition lancée pour défendre le bureau de poste, le propos s’est élargi à l’ensemble des services publics, aux moyens à mettre en regard avec « une grande réforme de la fiscalité et la création d’un pôle bancaire public ». À la suite d’un témoignage sur « les souffrances des immigrés », la candidate a redit sa bataille contre les expulsions, pour la régularisation « des hommes et des femmes qui sont là », pour le droit de vote, pour le codéveloppement, et elle a cité Aminata Traoré : « Pour qu’on vive mieux en France et qu’on vive mieux au Mali, il faut qu’il y ait plus d’Afrique en France. » Elle a parlé aussi des nouveaux droits pour les salariés, de la VIe République, d’une autre construction européenne et du danger Sarkozy, de Ségolène Royal « un peu plus vers le centre que le programme du PS ». Répondant à une question : « Je ne pense pas, si elle était élue, qu’il faudrait cautionner sa politique sociale libérale en étant au gouvernement. Par contre, si nous ne sommes pas en finale, il faut tout faire pour battre la droite, sans négocier quoi que ce soit. » Venue à la recherche de « choses palpables, qui donnent de l’espoir parce qu’il y a beaucoup de découragement », Marie-Rose donne son sentiment, alors que les groupes se dispersent dans la nuit entre les immeubles : « Elle parle des problèmes qui nous touchent, elle a de l’expérience, elle parle pour le peuple. » Jacqueline Sellem

Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844168

=====> Des luttes et des colères

En Seine-et-Marne, Marie-George Buffet appelait à multiplier les débats citoyens. « Peut-on séparer l’élection présidentielle des luttes et du débat citoyen si on veut faire émerger une autre voix à gauche ? » Posant cette question mercredi, lors de la « soirée des colères » organisée à Pontault-Combault en Seine-et-Marne, Marie-George Buffet y répondait aussitôt en appelant à organiser ce type de rencontres « pour que la présidentielle ne soit pas volée au peuple ». Des luttes et des colères, il en avait été question dès le matin avec la visite de l’imprimerie JDC de Torcy où elle a apporté son soutien aux salariés qui se battent pour la survie de leur entreprise. Et le soir, c’est un représentant du Réseau Éducation sans frontière qui a lancé le débat. « Au-delà de ce qui nous différencie, je suis là pour parler de la chasse aux étrangers et aux enfants que ce gouvernement a poussée à son paroxysme », expliquait-il. Un sujet pour lequel l’assistance s’est passionnée à travers de très nombreuses questions, interventions et témoignages. « Si Le Pen et Sarkozy font tant de voix dans les milieux populaires, c’est peut-être parce que la gauche n’a pas porté, pendant des années, une politique courageuse sur ce sujet. En apparaissant hésitante, elle a laissé les solidarités se briser et permis aux idées de droite et d’extrême droite d’avancer », analysait Marie-George Buffet, en proposant « à partir d’un débat citoyen de refonder une nouvelle politique de l’immigration ». Car, pour elle, « il faut une gauche qui ait le courage d’aller au bout de ses engagements » J. S. Article paru dans l'édition du 19 janvier 2007. http://www.humanite.fr/journal/2007-01-19/2007-01-19-844246

======> Droit au logement : « Nous essaierons d’enrichir le texte »

Invitée par le « ministère de la Crise du logement », Marie-George Buffet a souligné les contradictions de la politique du gouvernement. « C’est un lieu de lutte qui se bat pour un droit à un toit et interpelle tous les responsables politiques », a déclaré Marie-George Buffet, en visitant, mercredi, le « ministère de la Crise du logement », un immeuble réquisitionné par les associations Macaq, Jeudi-Noir et Droit au logement. Pensé comme un espace de débats, qui accueille également des familles mal logées et des artistes, le « ministère » a décidé d’inviter tous les prétendants des grands partis à l’élection présidentielle, à l’exception des partis d’extrême droite. Pour l’instant, seulement Olivier Besancenot (LCR), Marie-George Buffet et Dominique Voynet (Verts) ont répondu présents. La candidate de la gauche populaire a profité de l’occasion pour revenir sur le droit au logement opposable, présenté mercredi en Conseil des ministres. Y voyant « une avancée forte », car ce projet « reconnaît que le droit au logement, comme le droit à la santé ou à l’éducation, relève d’un droit dû à chaque citoyen », la candidate antilibérale a néanmoins estimé qu’il fallait « enrichir le texte » et le doter de « moyens » pour le rendre applicable. La construction d’au moins « 600 000 logements sociaux », le « plafonnement des loyers à 20 % du revenu des familles » étant par ailleurs jugés nécessaires pour le rendre effectif. Et de pointer la duplicité du gouvernement qui « laisse faire les expulsions », dont la reprise est prévue le 15 mars prochain. Sans augurer de la décision que prendront les groupes parlementaires communistes lors du débat, Marie-George Buffet a affirmé « entendre » les arguments en faveur du texte porté par les associations de défense des personnes mal logées. Ce projet « représente le début d’une conquête sociale », a ainsi estimé Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL. « Il y aura une bataille d’amendements », a répondu la candidate, précisant qu’elle n’est « pas partisane du tout ou rien ». En attendant, les réquisitions sont « une façon d’appliquer le droit opposable dont on parle tant », a poursuivi Marie-George Buffet, qui trouve « tout à fait de bon sens que les gens qui sont dehors viennent occuper des bâtiments vides ». Nadine Garcia, responsable du logement pour le PCF, précisant de son côté que les communistes avaient rendu possible une accélération de la procédure de réquisition à Paris et la petite couronne en faisant adopter un amendement au projet de loi engagement national pour le logement. À l’issue de sa visite, la candidate a invité les associations animatrice du « ministère de la Crise du logement » à venir débattre lors des troisièmes états généraux du logement et de la ville, le 3 février, à Bobigny, afin de porter l’idée d’un « service public national et décentralisé du logement et de l’habitat ». Cyrille Poy. Article paru dans l'édition du 19 janvier 2007.

http://www.humanite.fr/journal/2007-01-19/2007-01-19-844247

=====> Brèves de campagne

--- Rendez-vous : Marie-George Buffet au Zénith

Le premier grand rendez-vous de la campagne de Marie-George Buffet est fixé au mardi 23 janvier, à partir de 19 heures au Zénith de Paris. Ce sera l’occasion pour la candidate de la gauche populaire et antilibérale

 de mettre en débat ses propositions. Des syndicalistes, des personnalités du monde associatif, politique, culturel, des militants antilibéraux, des salariés en lutte apporteront leur propre témoignage, alors que des personnalités internationales interviendront : Fausto Bertinotti, président de la Gauche européenne, Aminata Traoré, en direct du Forum social mondial de Nairobi...

--- Promesses : Surenchère sur la recherche

En déplacement hier à Saclay (Essonne), où se concentrent de nombreux centres de recherche, Nicolas Sarkozy a promis « un effort historique : augmenter d’un quart le financement de la recherche publique, soit 4 milliards d’euros ». Dans une tribune parue en décembre dans la revue la Recherche, le candidat UMP avait fixé cet objectif à l’horizon 2012. C’est pourtant lui qui, ministre de l’Économie et des Finances avait refusé en 2003 de verser aux chercheurs les crédits qui leur étaient dus. De son côté, Ségolène Royal propose, dans le numéro du même magazine à paraître le 26 janvier, « d’augmenter de 10 % par an la dépense publique consacrée à cette priorité stratégique qu’est la recherche ».

--- Couac : Montebourg suspendu après un dérapage

Le porte-parole de la candidate socialiste avait provoqué un silence gêné sur le plateau de Canal Plus, mercredi soir, en déclarant : « Ségolène Royal n’a qu’un défaut, c’est son compagnon », avant de se reprendre en ajoutant que « c’était pour rire ». Ségolène Royal n’a guère goûté « l’humour » du député de Saône-et-Loire et l’a suspendu de sa fonction de porte-parole. « Je lui ai dit que ses propos étaient déplacés. Je veux que mon porte-parole traite du fond », a ainsi expliqué la candidate socialiste. Montebourg est toutefois maintenu dans le groupe de travail sur les institutions du PS.

--- Sondage : Sarkozy battrait Royal

Selon un sondage CSA publié hier dans le Parisien, Nicolas Sarkozy devancerait Ségolène Royal au premier tour avec 30 % des voix contre 29 %. Jean-Marie Le Pen est crédité de 15 %, François Bayrou de 9 %, Olivier Besancenot de 4 %, Marie-George Buffet, Arlette Laguiller et Philippe de Villiers de 3 %, Dominique Voynet de 2 % et Nicolas Dupont-Aignan de 1 %. Au second tour, le candidat de l’UMP battrait celle du PS par 52 % contre 48 %. 26 % des personnes interrogées déclarent vouloir s’abstenir, voter blanc ou nul à ce second tour. Article paru dans l'édition du 19 janvier 2007.

http://www.humanite.fr/journal/2007-01-19/2007-01-19-844245

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

96) Les députés PCF au chevet des urgences sociales

Les élus communistes déposent deux textes pour lutter contre les délocalisations et revaloriser les retraites des invalides. Mettre fin à deux scandales qui font l’actualité. C’est l’ambition des deux propositions de loi que les députés communistes et républicains ont cosignées et rendues publiques, mardi, à l’occasion de leurs voeux à la presse. La première, défendue par Jacques Desallangre (apparenté PCF), propose des mesures pour « lutter contre les délocalisations et favoriser l’emploi ». L’autre, rédigée par Daniel Paul et Alain Bocquet, président du groupe, propose « la revalorisation des pensions de retraite pour les personnes invalides ». Les deux textes seront débattus lors de l’ultime « niche » des députés communistes pour cette législature, le 23 février (séance réservée aux initiatives des groupes). En commission, la droite a rejeté, mercredi, ces propositions. Depuis l’affaire Michelin en 1999, les députés communistes et apparentés n’ont cessé de tirer la sonnette d’alarme sur les délocalisations et licenciements boursiers, avec une première proposition à cette époque, a rappelé Jacques Desallangre. Elle avait permis de déboucher sur le vote par la gauche du volet antilicenciement de la loi de modernisation sociale, abrogé depuis par la droite. Le texte des députés reprend des dispositions avancées dans de précédents projets, comme la définition plus restrictive du licenciement dit « économique ». Il en exclut les licenciements boursiers en déclarant « dépourvu de cause réelle et sérieuse » le licenciement collectif lorsque « l’entreprise ou sa filiale a réalisé des bénéfices » les deux années précédentes ou « a procédé à un transfert d’activité » vers un pays étranger. Jacques Desallangre s’appuie notamment sur le cas de Nexans, à Chauny (Aisne), dans sa circonscription, avec la suppression de quarante emplois, alors que le cours du titre a fait un bond spectaculaire. Un droit de réintégration des salariés est créé ou, à défaut, la « restitution sociale » par l’entreprise des charges et salaires dus à un fonds d’indemnisation des salariés jusqu’à leur retour dans l’emploi. Il instaure par ailleurs, pour prévenir les délocalisations vers les pays à bas salaires, « un fonds de rééquilibrage » de la concurrence alimenté par un « prélèvement sur les biens importés » correspondant à « la différence des coûts salariaux avec le pays exportateur ». Ce fonds serait reversé aux organismes sociaux et à l’aide au développement. Le second texte s’appuie sur le cas de travailleurs en invalidité qui, plus celle-ci est survenue tôt dans leur carrière, se voient amputé à la retraite jusqu’à 50 % et plus de leur pension, elle-même souvent très réduite par rapport à leur ancien salaire. 700 000 personnes sont concernées, dont les revenus dépassent parfois à peine 300 euros, a rappelé Daniel Paul. Il propose que, dans tous les cas, les pensions de retraite ne soient jamais inférieures aux pensions d’invalidité. Sébastien Crépel. Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844166

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

97) Antilibéraux : Réactions mitigées après la lettre de José Bové

S’appuyant sur une pétition, le syndicaliste paysan voudrait relancer le débat sur sa candidature. Pas franchement enthousiaste, c’est pour le moins ainsi que l’on pourrait qualifier la réaction de Claude Debons à la dernière lettre de José Bové. Estimant comme un « immense succès » les 15 000 signatures en neuf jours recueillies en faveur de sa candidature, le syndicaliste paysan indique qu’il pourrait être de nouveau « disponible » pour incarner une candidature unitaire antilibérale. Et il appelle les élus à lui offrir leur parrainage, Olivier Besancenot et Marie-George Buffet à retirer leurs candidatures et les collectifs unitaires à « se préparer à mener campagne » sur son nom. Animateur du collectif national pour des candidatures unitaires antilibérales, Claude Debons, qui ne se retrouve pas dans la candidature de Marie-George Buffet, est l’un des initiateurs de la réunion nationale du week-end prochain. Mais cette réunion ne peut, - selon lui, se tenir sur la base de la pétition pour la candidature de José Bové, contrairement à ce que celui-ci propose. « Comment la dynamique unitaire antilibérale peut-elle s’exprimer à l’occasion des prochaines échéances électorales ? » interroge Claude - Debons avant de souligner : « Il n’est pas sûr que rajouter une candidature supplémentaire soit le meilleur moyen d’intervenir dans cette période et surtout de préparer l’avenir ». Pour lui « la base doit rester le texte stratégique et les 125 propositions adoptés par les collectifs ». La lettre de José Bové ne soulève pas plus d’enthousiasme à la LCR. « Cela ne change pas les données que l’on connaissait » réagit Alain Krivine et il précise : « Le désaccord portait et porte toujours sur les rapports avec une éventuelle majorité PS et sur une participation au gouvernement. Or jusqu’à présent cette clarification ne s’est pas opérée ni de la part du PC, ni de la part de José Bové. Par conséquent nous maintenons la candidature d’Olivier Besancenot. » Quant aux 15 000 signatures, il relève : « ce n’est pas notre façon de faire de la politique, attention à la démagogie antiparti, antiorganisation, je ne crois pas à la démocratie de la souris d’Internet ». Du côté des soutiens de Marie-George Buffet, on ne voit rien de réellement neuf dans cette initiative de José Bové (lire en page Tribune). « Il s’était retiré parce que sa proposition n’avait pas reçu l’écho qu’il attendait dans les collectifs or il ne propose pas autre chose aujourd’hui » - réagit Patrice Cohen-Seat. Il n’est pas question de discuter à José Bové « le fait d’avoir, à partir de ses luttes, de ses engagements, une notoriété nationale positive parmi des centaines de milliers de Français de tous bords », mais il juge que « présenter les 15 000 signatures comme un sursaut des collectifs c’est travestir la réalité et c’est plutôt une - façon de contourner les collectifs. » Dans ces conditions, José Bové maintiendra-t-il sa candidature ? Il s’est donné jusqu’à la fin du mois de janvier pour donner une réponse définitive.

Jacqueline Sellem. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844097

=====> Antilibéraux : Les Girondins joueront collectif

Unité. Malgré des divergences, les militants des collectifs du département restent ensemble. Gironde, correspondant régional. Les collectifs antilibéraux girondins qui se réunissent ces derniers jours décident pour l’essentiel de poursuivre l’activité et la démarche engagée pour certains de longue date. Du moins pour les prochaines élections législatives et sur la base des 125 propositions communes. « Quant à la présidentielle, et à l’issue des discussions de décembre, chaque participant garde son opinion et choisit individuellement de contribuer ou non à la campagne de Marie-George Buffet », confirme Sébastien Laborde, l’un des responsables départementaux du PCF. La diversité des prises de positions exprimées lors des discussions de décembre autour d’une candidature commune persiste. Participant au collectif universitaire, étudiant et militant associatif, Rémy Lafon se dit très déçu. « En raison de l’attitude du PCF et de la LCR, la seule chance d’avoir une candidature commune antilibérale apte à faire dérailler le bipartisme a échoué. Devant cette situation je me retrouve dans la situation de 2002. » Son choix de vote n’est pas fixé, explique-t-il, tout en se disant sensible au vote utile « malgré moi » pour le premier tour. L’un de ses collègues étudiant, Sylvain Vatan, regrette « le sabordage » de la démarche unitaire. « Aucun parti à gauche n’ayant pris en compte ce qui s’est passé en 2002, je me prépare au vote blanc. » Chercheur au CNRS en sciences politiques, syndicaliste et membre du collectif de Talence et du collectif départemental, Michel Cahen s’avoue très triste. « J’ai soutenu Marie-George Buffet en espérant qu’elle quitterait rapidement toutes ses responsabilités à la direction du PCF, mais, en abandonnant la règle du consensus, c’était l’abandon même du contenu politique de l’alliance que l’on donnait au rassemblement », analyse-t-il. Il note que le choix de son vote pour la présidentielle est « maintenant loin d’être stabilisé ». Dominique Belougne, l’un des animateurs du collectif universitaire, insiste sur le respect de l’opinion et du vote de chacun afin de lever les appréhensions de ceux qui craignent d’être « instrumentalisés ». C’est ainsi que la réunion de vendredi dernier, avec moins de participants cependant comme dans beaucoup de collectifs, mais « dans un climat cordial », a décidé de continuer à débattre et à s’informer mutuellement de toutes les initiatives, dont celles pour la campagne en faveur de Marie-George Buffet. Jeudi, la réunion du collectif de Bordeaux Nord a permis un tour de table sur l’état d’esprit et les positions de chacun. Conseiller municipal communiste de Bordeaux, Vincent Maurin note que si des militants politiques critiquent toujours aussi sévèrement le PCF, d’autres personnes, sans engagement politique ou associatif particulier, avancent maintenant leur soutien à la candidature de Marie-George Buffet. Albert Garcia, cuisinier de l’éducation nationale, figure parmi ceux-là. « Je m’étais prononcé pour une candidature hors des partis car beaucoup de gens craignaient qu’ils n’accaparent le mouvement. J’ai changé de position en voulant réagir à la campagne anticommuniste lancée par d’autres ; de plus, aujourd’hui je suis très sensible au fait que Marie-George Buffet ne ferme pas la porte à toux ceux qui se sont prononcés différemment. » Karine confirme également son entrée en campagne en faveur de la candidate. « On peut lui reprocher ce qu’on veut, mais elle, au moins, s’est engagée dans l’aventure dès le début, ce n’est pas le cas d’Olivier Besancenot qui considéra d’emblée que ça n’aboutirait pas. » Même si le mouvement a connu, selon elle, un raté pour la présidentielle, les collectifs et la démarche qui les accompagne doivent perdurer. Autre témoignage : adhérent à PRS, Marc Lafaille, « déçu par la désignation de Ségolène Royal », s’implique depuis le début dans le collectif de Coutras. « Le collectif a majoritairement pris position en faveur de Marie-George Buffet, je soutiens et je souhaite continuer sur cette voie, témoigne-t-il. Pour moi, les collectifs et leur poursuite constituent le bon moyen de construire une gauche de transformation. »

Alain Raynal. Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844170

=====> Antilibéraux : faut-il désespérer de l’unité ?

Gauche. Clémentine Autain et Yves Salesse livrent leurs réflexions sur la campagne électorale et la période qui suivra. Dans la perspective de la réunion nationale des antilibéraux qui ne se reconnaissent pas dans la candidature de Marie-George Buffet, les 20 et 21 janvier prochain, les contributions se multiplient. Après Claude Debons et Éric Coquerel, le responsable du Mars (l’Humanité du 11 janvier), Yves Salesse livre sa vision de l’avenir des collectifs unitaires. Selon lui, la direction du Parti communiste « vient de porter un coup sans doute définitif à notre tentative de candidature unitaire pour 2007 ». L’ancien candidat à la candidature estime que la dynamique unitaire « ne se concrétisera pas pour l’échéance 2007 ». « C’est terrible, mais nous ne devons pas le cacher », insiste-t-il. « Nous étions trop fragmentés pour construire un rapport de forces suffisant (...), constate Yves Salesse. Il nous faut donc construire une nouvelle force, un nouvel espace, je dirai : "un nouveau regroupement politique". » « Ce ne peut être tout de suite », précise-t-il. « Notre bataille immédiate doit être de faire distinguer ceux qui portent la démarche du rassemblement et ceux qui l’ont brisée. » « Ce regroupement (...) doit être esquissé dans notre activité d’ici l’automne : sigle, matériel national pour nos campagnes, association de financement », souligne-t-il. Comme Claude Debons, il préconise la tenue d’assises à ce moment. Il considère que la volonté de la direction du PCF « de préparer une campagne commune pour les législatives » est « un piège » pour « minimiser sa responsabilité dans le sabotage qu’elle vient d’opérer » et « nous annexer dans la réélection de ses députés ». Selon Yves Salesse, une candidature à l’élection présidentielle « présenterait des avantages indiscutables » au titre desquels il cite « la mise en oeuvre de notre capacité de nuisance », « un contre efficace à la récupération du PC », et la « possibilité de faire un score supérieur à lui et à la LCR ». Mais « les inconvénients l’emportent », estime-t-il : « On nous reprochera non seulement d’"ajouter de la division à la division" mais d’être acteurs d’un possible nouveau 21 avril. » De son côté, Clémentine Autain s’est exprimée sur la campagne pour une candidature de José Bové (l’Humanité des 10 et 11 janvier). « Il y a fort à parier que cette nouvelle dynamique pétitionnaire n’arrivera pas à convaincre la LCR et le PCF de revenir sur leur décision », estime la militante féministe. « Du coup, si à l’arrivée trois candidatures se réclament de l’antilibéralisme, aurons-nous considérablement avancé ? », demande-t-elle. « Pour autant, je lis ce mouvement pétitionnaire comme l’expression ultime de l’aspiration profonde au rassemblement des forces antilibérales », poursuit-elle. « Si j’étais convaincue que cette initiative pouvait permettre de revenir à la case départ, de retrouver le fil de l’unité complète de notre mouvement, je signerais la pétition. Mais je n’ai pas cette conviction », affirme-t-elle. « Jusqu’au bout, je considérerai qu’il vaut la peine de tout faire pour ne pas couper les ponts entre les uns et les autres (...). Je ne désespère pas que cela advienne dès 2007 mais s’il fallait attendre un peu plus longtemps, j’attendrais. Activement ! », conclut Clémentine Autain. Olivier Mayer. Article paru dans l'édition du 13 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-13/2007-01-13-843901

=====> Un appel des « communistes unitaires »

Région parisienne. 200 communistes mettent en débat la constitution d’une association autonome. Environ 200 communistes de la région parisienne, pour l’essentiel des membres du PCF en désaccord avec la candidature de Marie-George Buffet, se sont réunis samedi à Saint-Denis afin de lancer un appel à la constitution d’une - association. « Nous cherchons la - façon de maintenir l’espoir antilibéral, l’alternative, de mettre en échec le bipartisme », écrivent-ils dans un texte. Ils appellent donc à « imaginer un espace autonome », qui soit à la fois un « lieu d’échange, de débat, de production d’idées mais aussi et indissociablement un lieu d’initiatives et d’actions politiques », a précisé Gilles Alfonsi membre du Conseil national

du PCF, dans son « introduction personnelle ». Positionnée sur le « communisme politique », l’association se veut ouverte à toutes celles et ceux qui se sentent proches de cette sensibilité, adhérents ou pas au PCF. Les promoteurs de cet « espace unitaire » cherchent avant tout à préserver une force communiste susceptible de travailler en tant que telle avec les collectifs - antilibéraux. Pour eux, le succès de la pétition en faveur de José Bové atteste de l’espoir suscité par une candidature antilibérale unitaire. Si certains ont appelé à « ne pas rester spectateurs » de cette initiative, d’autres craignent la dispersion des forces antilibérales. Des réunions devaient se tenir en province avant l’organisation dans les prochaines semaines d’une réunion nationale. P.M. Article paru dans l'édition du 15 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-15/2007-01-15-843954

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

98) Altermondialisme et 2007 : ATTAC se manifeste

L’organisation entend affirmer ses analyses sur le néolibéralisme dans la campagne électorale. Entretien croisé avec ses deux nouveaux co-présidents, Aurélie Trouvé et Jean-Marie Harribey, suivi d’extraits du manifeste de l’association. ATTAC fait peau neuve. Pour sortir de deux années noires de crise interne et redevenir un « mouvement populaire tourné vers l’action », l’organisation altermondialiste a modifié son fonctionnement. Basta la présidence très contestée de Jacques Nikonoff qui, suite à des fraudes avérées lors de sa réélection, a été contraint à la démission en août. Composé en majorité des « refondateurs », le nouveau conseil d’administration élu début décembre a tranché : les décisions et les grandes orientations seront désormais prises de manière collégiale. Et pour ébaucher cette nouvelle page dans l’histoire d’ATTAC, deux nouvelles têtes assurent la coprésidence. La première s’appelle Aurélie Trouvé. À vingt-sept ans, cette ingénieure agronome et chercheuse en économie, jusque-là responsable du comité de Côte-d’Or, symbolise la volonté de rénovation d’ATTAC. À ses côtés, Jean-Marie Harribey, membre du conseil scientifique et maître de conférences en économie à l’université de Bordeaux IV. Face à la chute du nombre d’adhérents et les finances déficitaires de l’organisation, les deux présidents se retroussent les manches. Premier défi de taille : injecter les préoccupations du mouvement altermondialiste dans le débat d’idées des campagnes présidentielle et législative. Pour ce faire, sort aujourd’hui en librairie un Manifeste altermondialiste d’une centaine de pages pour « construire un monde solidaire, écologique et démocratique ». C’est le fruit à petit prix (2,50 euros) d’un travail de réflexion de neuf mois des adhérents, comités locaux et commissions nationales, synthétisé lors de l’université d’été 2006 à Poitiers. « Tout donne à penser que la question d’une alternative au néolibéralisme ne sera pas la caractéristique première des programmes des principaux candidats, peut-on lire dès l’avant-propos du texte, également disponible sur Internet. En plus du livre édité chez Mille et une nuits, une version abrégée de quatre pages a été tirée à 100 000 exemplaires. À l’instar d’une initiative similaire lors de la présidentielle de 2002, le texte se veut un panel plus abouti des conséquences néfastes du néolibéralisme du local à l’international, tant en termes sociaux, économiques, politiques, culturels qu’écologiques. Mais pour la version 2007, l’organisation a axé sur la proposition d’alternatives concrètes. Sont ainsi lancées en pature citoyenne 105 propositions pour « scier les sept piliers du néolibéralisme ». Fidèle à la conception de convergence des luttes, le conseil d’administration a officiellement décidé de ne pas donner de consigne de vote. Reste que plus d’un an et demi après la victoire du « non » au projet de traité constitutionnel européen, pour lequel elle affirme avoir « joué un rôle déterminant », ATTAC aimerait profiter des débats électoraux pour retrouver un dynamisme de fond. Christelle Chabaud

====è Une page s’est-elle tournée à ATTAC ?

--- Aurélie Trouvé. La collégialité devient le mode de fonctionnement non contesté de l’organisation. Le nouveau conseil d’administration est une équipe rajeunie, féminisée, avec une diversité de compétences... À nous d’en profiter. De notre fonctionnement en interne découlera aussi notre capacité à restaurer la confiance avec le reste du mouvement altermondialiste. Les relations doivent se renouer dans la construction - d’événements.

--- Jean-Marie Harribey. La situation d’ATTAC a été clarifiée par des élections légitimes entachées d’aucune irrégularité. La période difficile, due à la crise interne mais aussi plus généralement aux questionnements sur la place de l’altermondialisme aujourd’hui, est derrière nous. Désormais de nouveaux défis se posent. Après une dizaine d’années d’existence, une mutation s’amorce dans le mouvement altermondialiste. L’attitude critique de dénonciation des méfaits du néolibéralisme ne suffit plus. Il faut élaborer progressivement des propositions à l’échelle locale, européenne et mondiale pour réellement mettre à mal cette phase du capitalisme où tout a été subordonné aux exigences des marchés financiers. Le livre se veut symbole de cette avancée et tente une mise en cohérence synthétique des propositions déjà formulées.

===è Justement, le Manifeste altermondialiste est sorti ce matin en librairie (lire ci-contre). Pensez-vous pouvoir lui frayer une place dans la campagne - électorale ?

--- Jean-Marie Harribey. Cela sera plus difficile encore que lors de la bataille contre la réforme des retraites ou le traité constitutionnel européen car il y a une focalisation politique et médiatique sur les candidats officiels. ATTAC n’est pas un parti politique, ne se présentera pas aux élections présidentielles et ne soutiendra aucun candidat. En revanche, par des interventions publiques, des soirées, des conférences... nous allons tout faire pour mettre la démocratie, les objectifs sociaux et écologiques au centre du débat politique. Evidemment nous saisissons l’opportunité de la proximité des élections pour avancer nos idées. Mais dans notre esprit, cela va au-delà des échéances de 2007. Poser les fondements d’un autre ordre international, abattre les sept piliers du néolibéralisme, ne sont pas des enjeux qui vont se résoudre en 2007. Avec ce Manifeste, nous mettons un document en débat sur la place publique qui n’est pas seulement un prêt-à-penser pour construire clé en main.

Aurélie Trouvé. Le but du Manifeste est aussi de briser le carcan politicien, en y injectant la question internationale par exemple. Tout porte à penser que cette dernière sera absente de la campagne électorale. Or dès juin, le nouveau président devra représenter la France au G8 en Allemagne et adopter une position quant à la volonté d’Angela Merkel de remettre le traité constitutionnel européen sur la table.

===è En filigrane tout au long du livre, vous alertez sur la mise en danger de la démocratie...

--- Jean-Marie Harribey. Si l’on veut revivifier la démocratie, il faut inventer de nouvelles articulations entre les formes de représentations politiques nécessaires à l’expression démocratique et des formes d’interventions plus directes dans laquelle l’intervention citoyenne est possible. Particulièrement malmenée par le néolibéralisme, on n’évoque jamais l’absence de démocratie dans l’entreprise. Or, c’est un point essentiel pour remettre en cause ce qui fait le coeur du système capitaliste, c’est-à-dire le pouvoir des actionnaires. La réduction du temps de travail est ainsi intéressante dans le lien entre l’obtention de droits sociaux et les exigences démocratiques car elle a pour vertu de donner du temps pour l’insertion des citoyens dans la vie de la cité. La démocratie, ça prend du temps.

--- Aurélie Trouvé. Il est anormal que les citoyens aient autant de difficultés à faire entendre leur avis sur la vie économique de la France. À l’échelle de l’Union européenne, le défaut démocratique est plus criant encore puisque les peuples n’ont pas de prise sur les décisions de la Commission européenne. Pour rééquilibrer ces lacunes, nous proposons entre autres un référendum européen d’initiative populaire par une pétition rassemblant cinq millions de signatures, le droit de vote aux étrangers non communautaires à partir d’un temps de résidence à déterminer, l’instauration d’une citoyenneté européenne de résidence... Tout cela est réalisable si le système éducatif s’acquitte de sa mission de formation à la démocratie. L’éducation civique doit devenir un temps important de l’enseignement.

===è Que pensez-vous des annonces gouvernementales sur le droit au logement opposable, qui fait partie des mesures que vous préconisez ?

--- Aurélie Trouvé. C’est une avancée mais il faut faire attention à ne pas être enfermé dans une vision idéaliste du droit au logement. Il faut faire attention que cette problématique de société ne retombe pas sur les élus locaux, que cela ne devienne pas un moyen de concentrer les compétences sur les communes, en particulier les plus pauvres. La responsabilité de l’Etat est de premier plan. Le droit au logement opposable doit s’accompagner d’un travail sur l’équilibre de l’aménagement du territoire, et d’un véritable service public national du logement.

===è Comment expliquer le recul des régulations publiques ?

--- Jean-Marie Harribey. La place qu’accorde le néolibéralisme aux services publics se révèle de plus en plus rabougrie du fait de l’ouverture à la concurrence et à la menace de restriction de capacité budgétaire, par application du nouveau dogme sur la diminution des impôts et les prélèvements obligatoires. De manière logique, le tarissement partiel des recettes publiques oblige alors à diminuer les dépenses publiques et donc à restreindre l’offre en matière de services publics. Les privatisations des postes, des télécommunications, du transport ferroviaire ou dernièrement de l’énergie sont dans ce sens des cas d’école.

--- Aurélie Trouvé. Un certain nombre de tâches étant ainsi renvoyées dans la sphère domestique, les femmes se retrouvent à jouer le rôle d’amortisseur social de la suppression des services publics. Dans la même veine, elles servent également de variable d’ajustement pour les entreprises en cas de ralentissements de l’activité économique. Par le temps partiel et plus largement la précarisation du travail, on fragilise les femmes.

===è Qu’entendez-vous par « dénaturation » des politiques publiques ?

--- Aurélie Trouvé. La dénaturation correspond à une libéralisation de l’économie, c’est-à-dire à une déréglementation, à une levée de tous les obstacles pour les actionnaires et pour les spéculations financières. Le but : que les grands propriétaires de capitaux soient gagnants.

--- Jean-Marie Harribey. ATTAC s’est créée sur l’idée de la taxe Tobin, sur les transactions de change. Progressivement, cette idée s’est élargie pour aboutir à celle de taxes globales. Celles-ci ont pour but, étant prélevées à une échelle internationale, de financer les biens publics et la protection des ressources vitales. Les taxes globales sont un moyen concret et opérationnel pour rebâtir un ordre international qui mette au premier rang la préservation des besoins essentiels et inaliénables. C’est une idée qui progresse.

====è Au moment où beaucoup d’entreprises délocalisent, vous expliquez qu’il est possible de relocaliser. Que préconisez-vous ?

--- Jean-Marie Harribey. Nous voulons montrer que la fermeture d’entreprise, décidée par des investisseurs internationaux, n’est pas une fatalité. Il faut trouver un équilibre entre un échange libéral international et un protectionnisme forcené. La délocalisation doit redonner un sens au territoire. Le capitalisme de cette fin de XXe siècle a fait éclater l’unité du corps social. Il s’agit donc de retrouver une forme de cohésion sociale sur le plan politique, économique, démocratique et culturel.

--- Aurélie Trouvé. Il faut des mesures restrictives sur le pouvoir de délocalisation de certaines entreprises mais cela passe aussi par des mesures d’encouragement de l’économie solidaire et des circuits courts. Dans l’agriculture, on peut aider les coopératives qui vendent des produits locaux. Au niveau international, nous proposons une régulation politique des marchés tout en accordant le droit à la souveraineté alimentaire, en particulier pour les pays du Sud. Dans cette nouvelle régulation politique des marchés, il faut une suppression des subventions aux exportations, qui ruinent les agricultures du Sud.

===è Quel rôle devrait jouer l’Europe ?

--- Jean-Marie Harribey. La vague d’élargissement bat son plein et nous pensons qu’il faut la subordonner à une augmentation du budget européen. Nous proposons de placer la Banque centrale européenne sous contrôle des institutions politiques et du peuple. Elle ne rend des comptes qu’aux marchés financiers. Mais, à ATTAC, il reste en débat la question de la reprise du processus constituant soit de manière radicalement différente soit l’abandon de l’idée même d’une constitution pour l’Europe. Enfin l’Europe a, de par son histoire, une responsabilité qu’il faut assumer. Elle doit proposer des réformes de la Banque mondiale, l’OMC ou le FMI.

--- Aurélie Trouvé. On a un processus original, en lien avec le manifeste, qui se traduit par une recherche de propositions d’alternatives communes avec les autres ATTAC d’Europe, malgré des divergences liées à des cultures et des histoires différentes. Prochainement, nous allons lancer un projet de document commun avec les autres ATTAC d’Europe. Une série de propositions est en cours d’élaboration et nous souhaitons que l’anniversaire des 50 ans du traité de Rome soit une des occasions de les porter sur la place publique. On ne peut que regretter le peu d’impact que le non à la Constitution a suscité dans la vie politique - française.

===è Vous insistez beaucoup sur les liens entre enjeux sociaux et environnementaux. Quelles sont vos analyses sur cette nouvelle préoccupation ?

--- Jean-Marie Harribey. C’est un des fils conducteurs du manifeste et une des préoccupations essentielles des comités locaux d’ATTAC. Les dangers écologiques menacent la planète et l’espèce humaine. Cette prise de conscience s’articule avec l’aspect social. La dégradation écologique touche les plus pauvres. S’il y a une élévation du niveau des mers consécutives au réchauffement climatique, ce sont les régions côtières les plus pauvres du monde qui seront noyées les premières. Cela exige de redéfinir radicalement le développement. Au sein d’ATTAC et de l’altermondialisme, le débat reste ouvert. Il y a ceux qui préconisent la décroissance, et ceux qui disent que ce mot d’ordre n’est pas adapté à l’humanité entière et qu’il faut redéfinir le développement sur d’autres bases. L’une des responsabilités de l’altermondialime du XXIe siècle sera de réussir cette articulation-là, sinon la transformation sociale sera bancale.

===è Le Forum social mondial s’ouvre samedi à Nairobi. Que peut-on en - attendre ?

--- Aurélie Trouvé. Ce Forum se tient dans un pays africain, on ne peut que s’en féliciter. Au niveau mondial, le processus s’étend. Au niveau européen, il y a une certaine pause. Pour le Forum de 2008, nous comptons bien toucher l’ensemble des pays européens et associer ldes acteurs sociaux. Ces forums se limitent à des débats et des discussions sans initiatives concrètes. Ce sont des rendez-vous indispensables pour la poursuite du mouvement et pour la recherche d’alternatives.

--- Jean-Marie Harribey. Depuis la création du FSM à Porto Alegre en 2001, il y a eu une prise en compte de tous les aspects de l’altermondialisme et des mouvements sociaux dans tous les continents. Une délégation d’ATTAC sera présente à Nairobi. Aujourd’hui, la question de la finalité des forums sociaux reste d’actualité. Doivent-ils rester un lieu de débats généraux ou peut-il y avoir une étape supplémentaire, lieu d’élaboration de mesures et d’actions alternatives concrètes alternatives ? C’est l’enjeu du quatrième jour du forum qui doit se saisir de la question des campagnes et des mobilisations futures.

Entretien réalisé par Christelle Chabaud et Ixchel Delaporte

Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844123

=====> Pour poser les fondements d’un autre ordre international, abattre les sept piliers du néolibéralisme (les grands axes du manifeste)

w Une mondialisation solidaire contre le libre-échange et la libre circulation des capitaux

w Une planète durable car la nature n’est ni un réservoir inépuisable ni un dépotoir

w L’intervention citoyenne contre la mise sous tutelle de la démocratie

w Des biens publics mondiaux et des services publics contre les politiques publiques au service des propriétaires du capital

w Une sécurité économique et sociale face au pouvoir des actionnaires

w La coopération contre la guerre permanente et les politiques sécuritaires

w La diversité culturelle contre le formatage des esprits

Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844092

=====> Manifeste altermondialiste Tout de suite, des actes significatifs pour engager la rupture avec les politiques néolibérales. (Extraits)

Un nouveau gouvernement sera constitué après les élections présidentielle et législatives du printemps 2007. Au-delà des propos de campagne, ses premiers actes concrets témoigneront de son orientation réelle. ATTAC est consciente de la difficulté de mettre en oeuvre des mesures visant à « changer le monde », donc de rompre avec le néolibéralisme. Nombre d’entre elles, en effet, se situent en rupture avec des décisions et des traités européens et internationaux. Ce qui ne signifie pas qu’un gouvernement soit impuissant à ce niveau. En s’appuyant sur des mobilisations populaires dans son pays et dans les autres, il peut utiliser les institutions existantes comme autant de tribunes, et les procédures comme autant de moyens d’action. S’il ne s’agit pas de tout faire tout de suite, les mesures prises immédiatement doivent indiquer le chemin à suivre. L’expérience du gouvernement Jospin, en mai 1997, est, de ce point de vue, pleine d’enseignements. En signant le Pacte de stabilité, en privatisant France Telecom et en acceptant la fer- meture de l’usine Renault de Vilvoorde, ce gouvernement, dès son installation, avait signalé sans ambiguïté qu’il se moulerait dans la logique - néolibérale. Le gouvernement issu des élections de 2007 sera placé dans une situation similaire. Aura-t-il la volonté politique de prendre une série de premières décisions ne laissant aucun doute quant à sa détermination de rompre avec cette logique ? Parmi beaucoup d’autres, huit mesures, non exclusives, mais toutes nécessaires, auraient une portée symbolique et pratique considérable, et montreraient aux citoyens qu’une page est enfin tournée, sans possible retour en arrière.

--- 1. Refus de la France de siéger dans toutes les réunions européennes où sont discutées des mesures de libéralisation. Le nouveau gouvernement indiquerait ainsi qu’il n’accepte plus de construire l’Europe par le marché, et il obligerait ses partenaires à engager un débat politique public sur l’avenir de l’Union.

--- 2. Arrêt du processus de libéralisation du marché de l’énergie (dernière phase pour les particuliers, le 1er juillet 2007). Mise en place d’un service public de l’énergie fondé sur l’égalité de traitement des usagers par une péréquation des tarifs.

--- 3. Mise en place de taxes globales à l’échelle française, sans attendre qu’elles soient adoptées à l’échelle européenne et mondiale.

--- 4. Mise en oeuvre d’une réforme fiscale instaurant une fiscalité écologique pour réduire les émissions de gaz polluants et rééquilibrant impôts indirects et impôts directs au profit de ces derniers.

Dans ce cadre, il faudrait, notamment : augmenter le nombre de tranches du barème ; imposer tous les revenus financiers ; relever l’impôt sur les sociétés sur bénéfices distribués, de sorte que ceux-ci soient plus fortement imposés que les bénéfices réinvestis ; introduire un taux zéro de TVA sur produits de première nécessité et demander à l’Union européenne de le généraliser.

--- 5. Instaurer un revenu décent assurant la dignité de tous, notamment des personnes handicapées, assorti d’une protection sociale attachée à la personne et non à la situation professionnelle.

--- 6. Faire du droit au logement un droit opposable devant la justice et créer, avec les moyens adéquats, un service public du logement, dont la première tâche sera de lutter contre la spéculation foncière et immobilière.

--- 7. Rendre illégaux les accords dérogatoires au Code du travail et revenir au principe, dit « de faveur », selon lequel tout accord d’entreprise doit être plus favorable aux salariés que l’accord de branche, ce dernier devant lui-même leur être plus favorable que la loi.

--- 8. Créer un observatoire national de surveillance et de suivi de l’empreinte écologique - qui mesure la pression des activités humaines sur les ressources naturelles - afin de placer la question écologique au coeur de l’action citoyenne. Cet observatoire sera indépendant du gouvernement, doté de pouvoirs d’enquête, de moyens et de capacités d’expression propres.

Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844093

=====> chronologie

w Décembre 1997. Ignacio Ramonet, directeur du Monde diplomatique, appelle à la création d’une « Association pour la taxation des transactions financières et l’aide aux citoyens ».

w 2001. Premier Forum social mondial à Porto Alegre, au Brésil.

w 2004. Premières divisions sur le positionnement politique d’ATTAC focalisées lors des élections européennes autour de la liste « 100 % altermondialistes ».

w 2006. Un rapport de René Passet, président d’honneur de l’association, prouve l’existence de fraudes dans la réélection de la direction d’ATTAC. Le président est contraint à la démission.

w Décembre 2006. Un nouveau conseil d’administration est élu. Il met en place une direction collégiale et une coprésidence incarnée par Aurélie Trouvé et Jean-Marie Harribey. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844134

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

99) Ségolène Royal veut relancer un traité européen

PS. La candidate souhaite « un nouveau référendum en France en 2009 ». Ségolène Royal, candidate socialiste à l’élection présidentielle, en déplacement hier à Luxembourg, a souhaité un nouveau référendum « sur un traité qui permette aux institutions européennes de fonctionner » en 2009. « Je suis prête à prendre des risques politiques », a-t-elle déclaré à l’issue d’une rencontre avec le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker. Selon ses déclarations, une refonte en profondeur du traité constitutionnel européen n’est plus à l’ordre du jour, mais la candidate ntoutefois pas soumettre au vote des Français le même texte que celui qui avait été rejeté en 2005. Le projet socialiste ne dit rien de plus, refusant « une ratification du traité constitutionnel européen tel qu’il a été rejeté le 29 mai », et propose « l’élaboration d’un traité strictement institutionnel qui organisera efficacement les pouvoirs. Une fois renégocié, un tel traité sera soumis au peuple par référendum ». « Je ne veux pas que les Français pénalisent les pays européens qui se sont déjà prononcés », assène la candidate socialiste. Le nouveau traité institutionnel, qui serait soumis à référendum, laisserait donc intacts les principes libéraux des traités précédents. Or c’est là que le bât blesse, même si Ségolène Royal souhaite voir inscrit dans ce traité « fondamental de base » (le terme « traité constitutionnel » est abandonné) « un volet social et que les droits des travailleurs soient pris en considération en Europe ». Il faut une « déclaration sociale plus engageante », complète Jean-Claude Juncker. Selon Ségolène Royal, « la présidence française au second semestre 2008 va constituer une échéance très importante » dans ce processus. G. M. Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844169

=====> Royal contre la hausse des impôts

Parti Socialiste. la candidate à la présidentielle se prononce pour un simple rééquilibrage des prélèvements obligatoires. Ségolène Royal, a pris le contre-pied de François Hollande sur la question de la fiscalité. Alors que le premier - secrétaire du PS s’est déclaré favorable, en cas de victoire lors des échéances électorales, à une hausse des impôts pour les revenus se - situant au-delà du seuil de 4 000 euros nets par mois et par personne, la candidate socialiste a affirmé qu’« il n’y aura pas de fiscalité nouvelle qui sera interprétée comme un élément qui décourage le travail et l’effort ». Expliquant « que la question fiscale est au service d’un projet national », elle a précisé ses intentions. « II faudra rééquilibrer la fiscalité, l’alléger sur le travail, et peut-être la renforcer sur le capital si l’on veut résorber les déficits », soutient-elle. « Mais, prévient-elle, cela se fera sans augmentation des prélèvements obligatoires, dans une autre répartition ». Autrement dit, hors de question, en cas de victoire à la présidentielle, d’augmenter les - impôts, même pour les plus aisés, comme a semblé le suggérer François Hollande. Ségolène Royal a enfin annoncé avoir confié une mission sur la fiscalité à Dominique Strauss-Kahn et au député fabiusien, Didier Migaud, « pour établir un diagnostic et des propositions sur l’efficacité de la dépense publique » et « sur les réformes du système de prélèvements favorables à l’emploi, au pouvoir d’achat, à la justice sociale, à l’efficacité économique et à l’innovation ». Si la candidate a pris soin de ménager le premier secrétaire de son parti, en se déclarant « comme François Mitterrand, (...) respectueuse de la liberté d’opinion », son entourage n’en a pas fait de même. Ainsi, le numéro 2 du PS, François Rebsamen qui est également son codirecteur de campagne, a prévenu que la « candidate a sa liberté, son rythme de campagne, sa stratégie et rien ne l’en fera dévier ». Et de conclure par un rappel à l’ordre : « Le premier secrétaire du PS, lui, est le gardien vigilant du projet mais il ne faut pas aller plus loin que le projet ». Ces divergences entre socialistes ont fait le bonheur de la droite. Ainsi, L’UMP a dénoncé la « fiscacophonie actuelle du Parti socialiste ». Le parti présidé par Nicolas Sarkozy et la plupart de ses dirigeants ont réaffirmé leur engagement en faveur de nouvelles baisses de l’impôt sur le revenu et sur l’ISF. Pierre-Henri Lab. Article paru dans l'édition du 15 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-15/2007-01-15-843951

=====> « Trou d’air » PAR MAURICE ULRICH

Ça patine, ça rame, ça s’embourbe. Polémique hier sur les patrimoines respectifs du couple Hollande-Royal et de Nicolas Sarkozy assujettis à l’ISF, l’impôt sur la fortune. Ségolène Royal accuse l’UMP de méthodes de « racailles » et somme son candidat de rendre derechef son patrimoine public. Écoutes téléphoniques à la réunion du bureau national du PS : un portable laissé ouvert a permis à notre honorable confrère le Monde de suivre l’intégralité des débats. On a la pénible impression d’un scénario de série B à l’américaine entre deux candidats. Coups bas, ragots, bruits de salle de bains pour ne pas dire pire. La campagne socialiste, affirmait hier l’ancien ministre Daniel Vaillant, « ne traverse pas de trou d’air ». Venant de ce proche de Lionel Jospin, sans doute faut-il comprendre que c’est une manière d’en douter. Car l’impression se généralise au PS que la campagne ne décolle pas et qu’après la muraille de Chine, il serait bon que l’on s’échine. Même son de cloche, a dit le portable inconnu, au bureau du PS. On doit être capable d’« imposer nos idées » aurait martelé Manuel Valls, un autre proche de Lionel Jospin. Mais lesquelles ? Hier, Ségolène Royal a revendiqué le droit de prendre du recul sur les 35 heures, elle a plaidé pour leur assouplissement pour les salariés qui veulent travailler plus. Elle a également réaffirmé qu’il fallait donner « de l’agilité » aux entreprises confrontées à la concurrence internationale, c’est-à-dire à toutes, puisqu’au fond c’est désormais le cas de toutes. « Agilité » pour souplesse et flexibilité... En clair : facilités pour licencier. S’il y a trou dau PS, si l’on s’embourbe comme hier dans des combats de marigot avec les crocodiles de la droite, c’est faute de propositions fortes face à la politique libérale.

C’est dire qu’il faut aller réellement à la confrontation des projets, des idées, des propositions. Mais pas seulement, comme le disait également Daniel Vaillant, entre la candidate socialiste et celui de l’UMP. Entre tous les candidats, démocratiquement. La gauche du « non » au référendum n’a pas pu se rassembler. Mais quand Ségolène Royal, comme elle l’a fait hier, se prononce pour un nouveau référendum, en France, en 2009, sur un traité institutionnel pour l’Europe comme l’a proposé du reste Angela Merkel, la chancelière conservatrice allemande -, quand elle écarte en même temps toute refonte en profondeur du traité rejeté l’an passé, c’est toute la gauche du « non », et au-delà même, toute la gauche qui est interpellée. Sur le fond. Et sur la forme... Il y a en France des millions d’hommes et de femmes qui, quelles que soient les péripéties de ces derniers mois, ne peuvent se retrouver dans la campagne telle qu’elle se déroule actuellement. José Bové proposait une nouvelle rencontre avec Marie-George Buffet et Olivier Besancenot. Pour Marie-George Buffet le temps n’est plus de discuter de candidatures, mais il est plus que temps, il est urgent de rassembler contre la droite, de faire en sorte que de véritables propositions alternatives viennent dans le débat public. Ces propositions existent. Au PCF, chez ATTAC, dans les collectifs antilibéraux. Ces propositions n’ont pas disparu après le référendum, après tout le travail accompli depuis au sein de la gauche antilibérale. Les Français ont le droit de les connaître.

Certains « moyens candidats », déclarait hier un responsable d’une chaîne publique, se plaignent de ne pas être bien traités : « Mais il n’y a rien pour l’instant dans leur agenda qui puisse nous amener à les suivre... » Vraiment ? Tandis que Nicolas Sarkozy au Mont-Saint-Michel posant seul face à la mer tel Chateaubriand sur les remparts de Saint-Malo, cela valait le déplacement...

Par Maurice Ulrich. Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844215

=====> Pendant ce temps-là, à Luxembourg...

À moins de cent jours du premier tour, la campagne électorale traverse une zone grise. Les coups tordus visent à aiguiser l’appétit des gazettes autant qu’à faire oublier le débat dont les citoyens sont privés. La fiscalité est la clé de voûte de toute politique sociale. Qu’à cela ne tienne, on nous sert de prétendues révélations sur l’ISF payé par le couple Hollande-Royal, après nous avoir saoulés de commentaires sur la mésentente cordiale régnant entre la candidate et le premier secrétaire du PS à propos de l’impôt sur le revenu. L’inquiétude des militants socialistes devant le mutisme de Ségolène Royal au moment où Sarkozy fait son show porte de Versailles ? Le Monde publie un compte rendu de la discussion « interne » au bureau national, transmise par un participant qui a obligeamment laissé ouvert son téléphone portable...

Et pendant ce temps-là, à Luxembourg, la vraie politique continue. Ségolène Royal voudrait que les Français corrigent leur vote du 29 mai 2005, puisque, à l’en croire, le vote « non » aurait « pénalisé » les autres Européens. Un nouveau référendum serait convoqué en 2009 sur un texte rendu plus attractif, par l’ajout de quelques modifications cosmétiques - une tonalité plus sociale ? -mais ne remettant en aucune manière en cause les traités antérieurs qui fondent l’orientation libérale de l’Union européenne. Et que précisément la majorité des Français et des électeurs de gauche ont rejetée. La candidate socialiste emboîtant les pas d’Angela Merkel et de Dominique de Villepin, qui militent pour

une relance du processus constitutionnel, et aussi de Nicolas Sarkozy, favorable pour sa part à l’adoption d’un « mini-traité », un consensus menace la souveraineté populaire et l’aspiration à une autre Europe.

Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844236

======> François Hollande dénonce le danger sarkozyste

Au lendemain de la désignation du candidat UMP, le premier secrétaire du PS a fait de ses voeux une condamnation de la droite. Il est le candidat sortant, du pouvoir sortant, de la majorité sortante, de la politique sortante. Si bien que le "tout est possible" de Nicolas Sarkozy, c’est tout ce qui a été fait depuis 2002 », a déclaré François Hollande, à l’occasion de ses voeux à la presse. Au lendemain de la désignation du candidat UMP. « Il est le candidat de la continuité de toutes les décisions prises, de tous les échecs, de tous les reculs ». Il est le candidat d’un gouvernement qui « a battu un triple record » : celui de « l’endettement public », celui du « déficit commercial », et de « la violence aux personnes ». Et d’énumérer les projets du ministre candidat : abaissement du bouclier fiscal de 50 %, ce qui revient à supprimer l’impôt sur la fortune ; baisse de l’impôt sur les sociétés ; mise en cause de la progressivité de l’impôt sur le revenu ; taxation sur la consommation ; démolition des 35 heures, limitation du droit de grève ; contrat unique de travail. « Bref, tout ce que demandent le patronat et les clientèles de l’UMP ».

Le dirigeant socialiste a dénoncé le « tour de passe-passe » auquel - Nicolas Sarkozy s’est livré pour « convaincre qu’il a changé de passé, de présent, voire même d’identité ». Tour de passe-passe et « captations d’héritage » : « Pauvre Jaurès, s’il avait su qu’un jour son nom serait cité dans un congrès de la droite française. Le malheureux ! S’il croit aux forces de l’esprit, je crains que le sien n’ait été, hier, chahuté ». - Sarkozy est donc, selon le PS « un candidat dangereux », par sa - méthode, par sa politique, par ses soutiens. François Hollande a mis en scène la candidature Ségolène Royal face à la droite, en rappelant les quatre priorités qu’il appartiendra le moment venu à la candidate de mettre en musique : emploi et pouvoir d’achat ; éducation et formation ; environnement ; démocratie institutionnelle et sociale. Il est aussi revenu sur la polémique activée par Jean-François Copé, ministre du Budget, présentée médiatiquement sous l’angle d’une prétendue mauvaise entente entre le premier secrétaire et la candidate sur la fiscalité. Il a persisté sur la suppression des cadeaux fiscaux au-dessus du seuil de 4 000 euros mensuels nets par contribuables, et a précisé que des allégements pourront en revanche concerner les 80 % des contribuables se situant au-dessous de ce seuil. Mais pas question « d’augmenter les prélèvements obligatoires », a-t-il répété. Dominique Bègles.Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-16/2007-01-16-844027

=====> Ségolène Royal sur le terrain antifrontiste

Parti socialiste. La candidate avait choisi, mercredi soir, Toulon pour un premier meeting hautement symbolique. Toulon (Var), envoyé spécial. Ségolène Royal avait choisi non par hasard Toulon pour son premier meeting départemental de candidate. Son objectif est inscrit dans l’un des deux éléments d’analyse socialiste du 21 avril 2002 : des électeurs populaires qui avaient choisi soit l’abstention, soit le vote lepéniste par rejet d’une façon de faire de la politique, avec le sentiment de compter pour du beurre, assorti d’une désespérance sociale. Le second élément étant, selon la direction du PS, la dispersion de candidatures à gauche, problème que ce parti, avec le MDC et le PRG, a cette fois apparemment réglé. Toulon, Orange, Marignane : autant de terres d’expérimentation du Front national avec, comme devait le rappeler Michel Vauzelle, président de la région PACA, une fréquentation entre la droite dite républicaine et l’extrême droite qui perdure en dépit d’une sévère défaite infligée par la gauche aux régionales de 1998 et 2004 dans ces mêmes bastions. Symbole encore : il faut remonter à la campagne de François Mitterrand de 1981 pour trouver les traces d’un meeting socialiste à Toulon. Si la candidate n’a pas évoqué publiquement la polémique sur son patrimoine qui s’était amplifiée au cours de la journée, les Varois l’avaient cependant à l’esprit, y voyant sans autre forme de procès un coup de Jarnac en provenance de la Place Beauvau. Est-ce pour cela qu’ils se sont déplacés en plus grand nombre que prévu ? La salle Neptune du palais des congrès, avec ses quelque 800 places assises, s’est avérée trop exiguë. Au moins autant de personnes ont été refoulées dans un joyeux désordre qui sentait davantage la kermesse populaire que le barnum sarkozyste de la porte de Versailles. À dire vrai, l’ambiance survoltée avait été souhaitée par les organisateurs. Mais le ton donné par les jeunes socialistes s’est vite répandu à l’ensemble de l’assistance où se mêlaient les générations, les couleurs de peau et sans doute les appartenances politiques, les embrassades et les retrouvailles propres à ce type de rendez-vous militant y étant nettement moins marquées, au bénéfice d’une ségolénomania assumée. Les observateurs réguliers de la campagne de la candidate n’ont pas été surpris par un discours reprenant une nouvelle fois ses thèmes favoris : ordre juste, campagne participative, diagnostic partagé des difficultés, redonner force à la puissance publique, à la valeur du travail, liberté, égalité, fraternité comme autant de valeurs à refonder, sécurité durable, phase d’écoute, vie chère, reconquête des marges de manoeuvre d’innovation et d’action, « redonner de la voix à chaque citoyen pour lui rendre la parole », etc. Avec des coups de griffe plus acérés contre la droite (« Le détricotage du Code du travail ne fait pas un projet de société », « La droite soigne le mal par le mal », « Archaïsmes dans les relations sociales avec en particulier la remise en cause du droit de grève »). Et aussi des formules plus nouvelles en lien avec l’actualité la plus récente : « Je suis la candidate de la vérité de la parole », « Je suis la candidate de la morale de l’action ». Pas un mot cependant sur l’Europe, Michel Vauzelle étant chargé de rabibocher les ouistes et les nonistes du référendum : « Avec toi nous dirons oui à l’Europe à condition qu’elle soit sociale. » Dominique Bègles. Article paru dans l'édition du 19 janvier 2007.

http://www.humanite.fr/journal/2007-01-19/2007-01-19-844251

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

100) LES ENJEUX DE 2007 : Perte de repères

Corinne Lepage ne sait pas où elle est : de droite ou de gauche ? Amnésie ou changement de cap ? La principale responsable de CAP 21, pour l’heure toujours candidate à la présidence de la République, avait-elle oublié, hier matin au micro de France Inter, qu’elle fut la ministre de l’Environnement d’Alain Juppé jusqu’à la dissolution de 1997. Une omission qui lui permet de surfer sur les inquiétudes de ses concitoyens en matière de pollution, de réchauffement climatique, comme si la recherche de solutions pouvait s’affranchir de la politique menée et de l’ordre économique mondial. Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que des citoyens s’y perdent, et perdent tout repère : Parmi les auditeurs, une adhérente de l’UDF de l’inviter à rejoindre le parti de François Bayrou. Lui succédait au téléphone un autre interlocuteur lui suggérant d’apposer sa signature sur la pétition en faveur d’un come-back de José Bové. Corinne Lepage était aux anges de se trouver - une fois n’est pas coutume - au centre de tant de convoitises. Quelques minutes pour oublier son principal souci du moment : que va faire Nicolas Hulot ? N’en déplaise à Corinne Lepage, la lutte pour la survie de la planète et de l’humanité ne peut se mener hors du débat sur la transformation sociale. Il n’est pas indifférent, par exemple, que l’énergie soit maîtrisée par le public, placée sous le contrôle de la société, ou livrée aux marchés financiers, soumise au jeu des fusions-acquisitions, au démantèlement des sociétés publiques au nom du dogme de la concurrence libre et non faussée de la Commission européenne. Il n’est pas indifférent que les États-Unis continuent de polluer sans contrainte et que le capitalisme mondialisé condamne l’Afrique au Cauchemar de Darwin, ou que l’on commence à libérer le monde du libéralisme. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844096

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

101) Le Sarkothon était truqué

Dimanche dernier, toute la France a assisté, bien malgré elle, au Sarkothon de la porte de Versailles. De flashs d’information en journaux télévisés, le chiffre grimpait, grimpait. 30 000... 78 000... 80 000... 110 000. Le flot des participants à l’événement, qualifié sans rire de « sacre » ou d’« intronisation » par des commentateurs transportés d’enthousiasme, n’en finissait d’envahir le hall 1. Une vague, une déferlante, un tsunami... Pour des millions de Français, au moins les 51 % que Sarkozy inquiète, selon un récent sondage, cette grand-messe était peu engageante, le spectacle avait quelque chose d’effrayant, mais il fallait que la montée en puissance du maître des lieux parût irrésistible. Et donc faire du chiffre, une spécialité du locataire de la place Beauvau. L’enquête à laquelle s’est livré le Canard enchaîné cette semaine démontre de manière probante que le moment d’histoire qui nous a été présenté n’a guère rassemblé plus de 25 000 personnes, estimation grossie par la police, dans une note interne... à 35 000. Réunies dans un hall dont l’espace avait été opportunément resserré. Que le chef de la com de l’UMP en rajoute sur le nombre, c’est de bonne guerre, direz-vous. Mais le problème, c’est que la quasi-totalité des médias a fait chorus avec les organisateurs, a répercuté les chiffres, en a commenté doctement la portée sans s’interroger sur la réalité des faits. Tout se passe comme si avec Sarkozy la déontologie s’évanouissait. Système de connivence ? Peur des lendemains ?... Pour finir, une autocritique. En estimant à 40 000 le nombre des sarkofans, l’Humanité contrastait lundi avec le reste de la presse. Nous pouvons même nous enorgueillir d’avoir donné le chiffre le plus proche de la réalité. Mais c’était encore trop. Article paru dans l'édition du 19 janvier 2007.

http://www.humanite.fr/journal/2007-01-19/2007-01-19-844244

======> Le spectre de 1981 hante l’UMP

Le défilé des soutiens à Sarkozy, seul en lice pour l’investiture de l’UMP, dissimule mal la persistance de divisions qui pourraient coûter cher au candidat de la droite. Sous le regard ébahi des voyageurs bousculés, une foule bruyante s’engouffre dans la rame de métro à la station Montparnasse. À la vue des autocollants « avec Sarko », des passagers esquissent une moue. Porte de Versailles, la marée humaine quitte la rame. Un vieil homme rougeaud et bedonnant lance une tonitruante injure sexiste à l’adresse de Ségolène Royal. La charmante attention est accueillie par des rires gras. Dehors, le défilé des militants brandissant pancartes et banderoles s’étire autour du Parc des expositions. Au prétexte de la casquette ministérielle de Nicolas Sarkozy, des CRS sont venus prêter main-forte au service d’ordre. Sous le hall 1 du Parc des expositions, tout est prêt pour la grande messe. Les militants écoutent distraitement les ministres et hiérarques de l’UMP qui se succèdent à la tribune. Thuriféraires de toujours et récalcitrants fraîchement ralliés louent les qualités du candidat de la droite, « seul capable de faire gagner (leur) famille politique ». Et comme pour conjurer les vieux démons, les mots « union » et « rassemblement » reviennent, lancinants, à chaque intervention. « Qui sème la division récolte le socialisme », prévient l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, symbole de la défaite de 2004 et du camouflet référendaire de 2005. Et de mettre en garde, à l’instar de nombreux intervenants, contre « le vent mauvais de 1981 ». Ralliée de dernière minute, Michèle Alliot-Marie dit avoir « évalué les risques » que sa candidature aurait fait courir à la droite. « Deux conceptions de la société, deux visions de la France vont se confronter », assure-t-elle. Xavier Bertrand, ministre de la Santé, évoque les « trois coups de tonnerre qui ont marqué le quinquennat : le 21 avril, les régionales et le « non » au référendum ». « Deux candidats UMP au premier tour, c’est zéro candidats UMP au second tour », souligne-t-il avant de faire mine de se réjouir : « Cet après midi, nous aurons un seul candidat, Nicolas Sarkozy ». Mais derrière l’unité de façade, les divisions les divergences et crainte de la défaite, voire d’un « 21 avril à l’envers », affleurent. Dans les discours à l’enthousiasme forcé comme chez les militants, moitié moins nombreux que l’objectif de 100 000 initialement fixé par le chef de l’UMP. « On s’interroge sur les tensions entre chiraquiens et sarkozystes, confie Karim, trente et un ans, adhérent depuis 1993. Je ne sais pas trop ce qu’il va advenir de cette unité dans les prochaines semaines. » Sa mère, qui a rejoint le RPR à sa fondation, en 1976, se sent « poussée vers la porte » par les nouveaux adhérents entrés à l’UMP pour soutenir Nicolas Sarkozy. « On est plutôt pour Chirac, mais on fait comme tout le monde, on se rallie », se résigne-t-elle en espérant, sans trop y croire, que « Sarkozy adoptera la politique étrangère de Chirac ». Les nouveaux adhérents, eux, n’ont pas ces préventions. C’est sans doute la raison pour laquelle le seul carré de militants accessible aux journalistes leur est réservé. Venue de Charleville-Mézières, Camille, une lycéenne de seize ans, loue le « franc-parler » du chef, incapable de citer une proposition précise du candidat. « Il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas, expose Nicole, retraitée de la fonction publique. Il a raison de refuser des logements aux sans-papiers. Ils viennent profiter de nos droits sans rien apporter. On n’est pas racistes, mais réalistes. La France ne peut pas porter toute la misère du monde sur ses épaules. » À la tribune, François Fillon fustige « madame Buffet », accusée de « faire le jeu du FN » en proposant la régularisation des sans-papiers. Rare référence au débat de premier tour, l’UMP se projetant d’emblée au deuxième. Les attaques des seconds couteaux se concentrent sur la candidate socialiste, de préférence sur un registre sexiste. On raille le « défilé des tailleurs » ou « le sourire de Joconde qui dissimule un grand danger ». Plus politique, François Fillon décline le triptyque sarkozyste « mérite, travail, effort » en fustigeant « l’assistanat » et « l’égalitarisme ». Alain Juppé promet son « soutien loyal et actif ». Dominique de Villepin fait une brève et silencieuse apparition. Le score soviétique du candidat unique annoncé (98,1 %), Nicolas Sarkozy prend la parole. Son entourage avait promis un « discours fondateur ». Il se résume en fait au chapelet des propositions antisociales qu’il répète depuis trois ans. L’ivresse de son sacre à la tête de l’UMP, en novembre 2004, en moins. Comme si le disque s’était rayé. Rosa Moussaoui. Article paru dans l'édition du 15 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-15/2007-01-15-843949

======> Sarkozy ajuste son costume de président

Le candidat de l’UMP promet qu’il a « changé » mais il tend la main aux électeurs frontistes et multiplie les annonces de réformes antisociales. Un amalgame des discours « à la France » qu’il a livrés à Agen, Nîmes, Périgueux... Si la chorale qui a conclu le congrès d’investiture de Nicolas Sarkozy par la Marseillaise a chanté le couplet souvent oublié, « Nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n’y seront plus », ce n’est pas un hasard. Le président de l’UMP venait de terminer un discours d’une heure qui avait certes commencé par un hommage à ses aînés en politique, Jacques Chirac compris, mais qui n’avait pour but que de dessiner son portrait de président de la République. « J’ai changé », a longuement expliqué Nicolas Sarkozy, comme pour effacer son image controversée. Et d’évoquer ses rencontres avec l’histoire, du « visage accablé des parents d’une jeune fille brûlée vive » dans un bus de Marseille à sa visite au Mémorial des victimes de la Shoah, en passant par le massacre de moines français par le GIA algérien. Des moments qui l’ont « changé » ? Au fil du discours, il a cherché à amener son auditoire à l’imaginer en costume sur le perron de l’Élysée. Successivement, Nicolas Sarkozy a dépeint « (sa) France », la « République virtuelle » qui gouverne le pays, par opposition à « (sa) République », celle de « la démocratie irréprochable » dont il veut « être le président ». « Ensemble, tout devient possible », clame Nicolas Sarkozy qui, en affirmant « je ne serai pas que le candidat de l’UMP », cherche à se tailler un rôle de rassembleur au-delà de son camp. En tendant une fois de plus la main aux « Français qui votent pour les extrêmes non parce qu’ils croient à leurs idées mais parce qu’ils désespèrent de se faire entendre ». Pour les séduire, le candidat n’hésite pas à durcir certaines de ses propositions. La « République réelle », « sa » République, celle « qui fait plus pour celui qui veut s’en sortir » et qui ne fait « rien pour celui qui ne veut rien faire et dont la société ne peut accepter qu’il vive à son crochet ». C’est aussi celle, conformément à ce qu’avait annoncé son conseiller François Fillon il y a quelques mois, « qui met les retraités des régimes spéciaux à égalité avec ceux du secteur privé et de la fonction publique », qui par ailleurs doit cesser « d’être un refuge pour ceux qui ont peur de prendre des risques ». Enfin, dans sa « République réelle », un chômeur ne pourra plus « refuser plus de deux offres d’emplois successives ». La dernière fois qu’il avait abordé la question, on pouvait encore refuser trois fois. Tant pis pour Christine Boutin, qui, en se ralliant à lui, espérait rendre plus social le programme du candidat.

Le discours qui se voulait « fondateur » du désormais très officiellement candidat de l’UMP, Nicolas Sarkozy, ne s’est révélé être qu’un amalgame de la série des discours « à la France » qu’il a livrés à Agen, Nîmes, Périgueux... Bizarrement, la sécurité ne semble plus faire partie des piliers de la politique présidentielle de Nicolas Sarkozy. Le dévoreur de sondages sait que ce n’est plus la préoccupation principale des Français, qui placent le social en tête de leurs priorités. Sur ce point, les électeurs resteront sur leur faim. Nicolas Sarkozy, campant sur des positions antisociales, n’a pas réussi à livrer le discours « ni libéral, ni conservateur » promis par les cadres de l’UMP...

Grégory Marin. Article paru dans l'édition du 15 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-15/2007-01-15-843950

=====> « Pourquoi nous dénonçons le danger Sarkozy »

Présidentielle. De La Courneuve et Thomé-Génot aux expulsés de Cachan, militants, salariés ou artistes, ils nous disent leurs raisons de s’opposer au candidat de l’UMP.

--- « Une société qui méprise les pauvres » Mimouna Hadjam, porte-parole d’Africa, 4 000 de La Courneuve

« Sarkozy aurait dû choisir une basilique pour son intronisation, comme pour le sacre des rois. Je reste confiante sur l’issue de l’élection présidentielle, sachant que le personnage est tellement répressif, dictatorial que les électeurs ne le porteront pas au second tour. Même si les gens, à l’intérieur de la famille de droite, ont envie qu’un politique les rassure, tant la situation économique et sociale est désastreuse. Je reste persuadée que les Français ne voudront pas d’un président de la République aussi à droite, aussi sécuritaire. Ses choix économiques et atlantistes sont très contestés, y compris dans son propre camp. Il n’a, en plus, même pas été foutu de tenir ses promesses faites à la Courneuve, une petite ville de 35 000 habitants. Les gens des quartiers populaires n’ont aucune raison de voter pour lui. En tout cas, pas ceux de la cité des 4 000. Que ce soit sur l’emploi ou sur la sécurité, il n’a pas fait ce qu’il avait dit qu’il ferait. Comment peut-on donner sa voix à un candidat qui entend imposer une société policière, une société qui méprise les pauvres ? »

--- « Trop assoiffé de pouvoir » Charles Berling, comédien.

« Nicolas Sarkozy est quelqu’un qui est tellement assoiffé de pouvoir qu’à ce point, le pouvoir est chez lui la chose prioritaire. Les gens comme lui divisent les citoyens au lieu de les réunir. J’ai pu le mesurer au cours d’actions auxquelles j’ai participé. Je pense qu’un homme politique doit être là pour pacifier, réunir et pas pour monter les gens les uns contre les autres et les opposer. Ca ne veut pas dire qu’il ne dit que des conneries mais, pour un homme politique, c’est un défaut majeur. »

--- « Pour les riches et par les riches » Gérard Mordillat, Réalisateur

« Si je m’en tiens à la définition première de la démocratie qui est le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple, Sarkozy sera le gouvernement des riches par les riches pour les riches. Ce qu’on appelle libéralisme, avec tout ce que recouvre ce mot, sera développé et approfondi avec toutes les menaces que cela porte pour le droit du travail, les minorités et, au bout du compte, les libertés publiques. Sarkozy c’est le goût de la force, l’autoritarisme, le menton en l’air, donc le néofascisme. J’aimerais bien d’ailleurs à l’occasion que l’on compare ses discours à ceux de Mussolini au moment de la marche sur Rome. Le vrai danger n’est pas Le Pen, qui n’a ni les moyens ni la capacité de gouverner, mais bien Sarkozy, qui nous promet un avenir radieux pour les gens de Neuilly et terrible pour les gens de Saint-Denis. »

--- « L’horreur des lois Sarkozy » Jean-Michel Carré, réalisateur.

« Au cours de ces trente dernières années, à travers mes films, j’ai toujours essayé de donner la parole à ceux qui ne l’avaient pas, que l’on n’écoutait pas, qui étaient stigmatisé. Tout le contraire, en somme, de ce que fait Sarkozy. Sur les prisons (un sujet que je connais bien), il fait tout ce qu’il ne faudrait pas faire. Idem sur la prostitution (sur laquelle je travaille) : les lois Sarkozy, c’est l’horreur ! Obligées de se cacher, les filles sont de plus en plus fragiles. Résultat : on voit réapparaître les mafias, les proxénètes. Le pire, c’est que tout cela part d’un « bon sentiment » : c’est comme ça qu’on nous fait avaler la pilule. Venant de finir un film sur Poutine, je me rends compte que, plus on s’approche du pouvoir, plus on s’éloigne de l’humain. Et je ne vois pas comment on peut voter pour quelqu’un qui n’a aucun regard humain. On l’a vu avec les émeutes il y a un an. Alors qu’on a affaire à des gens qui n’ont plus que la violence pour se faire entendre, lui a répondu « Karcher ».

Pas de discussion, pas d’analyse, pas de compréhension. Que de la répression. On enferme les uns pour protéger les autres. Or, ça, c’est tout sauf la démocratie. Mais je ne crois pas que ce soit un mot qui revienne souvent dans ses discours... »

--- « Attention danger » Charle Rey, ex-salarié de Thomé-Génot.

« Suite à la liquidation de mon entreprise Thomé-Génot à Nouzonville dans les Ardennes, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à envoyé 250 CRS pour assiéger la ville, faire gazer la population, femmes, enfants, et des personnes âgées, pour faire stopper la lutte des ouvriers qui ne demandaient que leur dû. Dans les Ardennes, Sarkozy a fait parquer 20 salariés de Thomé-Génot à 200 mètres de la préfecture, qui avaient demandé qu’une délégation soit reçue. Aucun d’entre nous ne pouvait partir avant la fin du passage de Sarkozy. Sarkozy ne fait que promettre sur tous les sujets brûlants, qui seront dans les oubliettes s’il vient au pouvoir, sauf la répression. Celle-ci, il l’accentuera. La devise de Sarkozy : souriez si je suis élu car vous serez fliqués, flashés, filmés ; je serai le berger, je surveillerai les moutons. Gare aux moutons qui savent montrer les dents. »

--- « Il se tient très mal » Juliette, chanteuse.

« Tout à l’heure, je suis allée chez mon marchand de journaux et je lui ai demandé s’il avait un journal où il n’y ait pas Sarkozy sur la couverture. Son omniprésence est insupportable. Cet homme est fatiguant. Je trouve que l’élection du président de la République au suffrage universel est inutile parce qu’elle détourne l’électorat de la seule chose importante qu’est l’élection législative. Le débat présidentiel cache le vrai débat politique. En même temps, je fais partie des gens qui pensent que le président de la République représente une certaine idée de la France. Quand il se rend à l’étranger, il doit avoir un peu de tenue. Monsieur Sarkozy, lui, se tient très mal. »

Propos recueillis par Victor Hache, Sébastien Homer, Jean Roy

Article paru dans l'édition du 15 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-15/2007-01-15-843989

=====> EDITORIAL PAR MICHEL GUILLOUX Le loup et l’agneau

Comment se faire passer pour l’agneau quand on n’est et n’a été que loup ? Il était périlleux l’exercice d’équilibriste auquel s’est livré le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle lors de la grand-messe à 3,5 millions d’euros convoquée hier à Paris. Belle démonstration de démocratie interne déjà, la consultation des militants a abouti à introniser le ministre de l’Intérieur à 98 % des voix. Ils n’avaient le choix qu’entre dire « oui » ou s’abstenir... Il est vrai que, de ce côté-là, on ne goûte guère le « non »... La seule surprise, dans ce contexte, est venue de la participation : un adhérent sur trois, selon les chiffres officiels, a préféré voter avec ses pieds. C’est dire que jusque dans son propre camp, le candidat a encore du chemin à parcourir pour rassembler. Ce qui, en creux, se lisait dans les mises en garde d’un Jean-Pierre Raffarin à « ceux qui » seraient dévorés par les envies de division », ou l’événement qu’aurait constitué l’absence d’« incident » à la venue sur place du premier ministre. Car on a beau faire, plus l’homme pressé voulait aligner de phrases sur son prétendu « changement », sur l’appel à « tous les Français », sur la « République réelle » qu’il incarnerait, plus le naturel revenait au galop. Après tout, devant ce public-là, que le candidat enfin officiel soigne sa droite, quoi de surprenant. Il est même une phrase que l’on partagera, une fois n’est pas coutume, avec ce prétendant à l’Élysée : « Quand on pense que la politique ne peut rien régler en cinq ans, à quoi ça sert la politique ? » Car au-delà de ses propres troupes, comment incarner un changement de cap quand on a été de tous les gouvernements de ces cinq années insupportables ? Et qu’aucun de leurs membres ne manquait hier ? le ton était donné avec un François Fillon, lui l’artisan de la casse des retraites, accusant la gauche de vouloir « paupériser la France ». Avec une rare démagogie, le président de l’UMP a aligné le constat des dégâts causés depuis 2002 par la politique qu’il soutient, à laquelle il participe toujours : le travail en crise, le logement inabordable, la pauvreté de masse, le crédit trop cher, le pouvoir d’achat trop faible, les salaires trop bas, l’éducation menacée... Précisément, si un vrai débat de société doit s’engager à l’occasion de l’élection présidentielle, c’est bien sur ces sujets-là. Il ne faudrait miser ni sur l’amnésie des Français qui en attendent beaucoup, tant ce sont eux qui sont en première ligne de la souffrance sociale, ni sur leur attente proportionnelle envers la gauche de vraies réponses. Passé le constat, il fallait bien en venir aux propositions. Il fallait oser s’en prendre à la gauche sur la construction de logements, quand on vient de Neuilly et que l’on pratique la vente des logements sociaux dans son département. Mais au fil des thèmes égrenés, la solution miracle que préconise le chef de cette droite dure tient en un mot : l’endettement. Vous voulez votre logement ? Vous voulez étudier ? Vous voulez une voiture pour aller travailler ? « Endettez-vous », dit-il aux millions de Français qui gagnent moins de 1 400 euros par mois. Se proclamant sans vergogne « candidat du pouvoir d’achat », c’est aussitôt pour appeler à la surexploitation des salariés d’une France qui « travaille moins que le reste du monde », s’en prendre aux syndicats, puis aux salariés du public, vouloir étendre la précarité du travail via un super-CNE, mettre sous tutelle les chômeurs et humilier un peu plus les bénéficiaires des minima sociaux. Chasse aux pauvres, encore et toujours, mise en concurrence des victimes entre elles, et toujours plus de crédits d’impôts pour les plus, aisés avec un « bouclier fiscal » porté à 50 %. Et surtout pas de taxation sur les revenus financiers qui tuent l’emploi. Comment s’attaquer aux maux qui minent la société française ? Comment financer une vraie justice sociale ? Le débat ne fait que commencer. Par Michel Guilloux. Article paru dans l'édition du 15 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-15/2007-01-15-843978

=====>  UMP. Sarkozy cultive le mélange des genres

Première conférence de presse des porte-parole de Nicolas Sarkozy, hier, au siège de campagne du candidat UMP, rue d’Enghien, dans le 10e arrondissement de Paris. Plusieurs questions portaient sur la démission du candidat de son poste de ministre de l’Intérieur pour « devenir candidat à temps plein ». Nicolas Sarkozy, qui est déjà candidat « à temps plein » depuis son arrivée place Beauvau, avait annoncé qu’il quitterait ses fonctions avant l’élection, sans préciser de date. Précision du deuxième porte-parole, le toujours ministre de la Santé Xavier Bertrand : Nicolas Sarkozy a indiqué qu’il « ne serait plus ministre au moment de l’élection, quand il y aurait la proclamation des résultats (sic) ». Pour l’instant, le candidat profite à fond de la logistique attachée à son ministère. « Sur le programme du candidat, on a un déplacement prochain à Saclay, dans l’Aveyron, en qualité de ministre de l’Aménagement du territoire », expliquait même Rachida Dati, la nouvelle porte-parole de Nicolas Sarkozy, qui ne voit toujours pas où est « le mélange des genres »... Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844171

=====> Villepin fait un pas vers Sarkozy

Matignon. Le premier ministre émet le voeu d’un « nouveau projet institutionnel » européen. Dominique de Villepin s’est d’abord voulu consensuel : « 2007 marquera un profond changement » auquel il contribuera en défendant « les valeurs » de sa famille politique qu’il entend « faire gagner », et en mettant « son expérience au service du débat » qu’il souhaite « le plus riche et le plus serein possible ». Tout cela « dans un esprit de rassemblement », puisque, bien entendu, « l’unité est la condition de la victoire ». Le premier signe, peut-être, d’un prochain soutien au candidat investi - dimanche par l’UMP, pour - lequel il n’a toutefois pas voté mais qu’il doit rencontrer dans la semaine afin d’évoquer le rôle qu’il pourrait jouer dans la campagne. Malgré le vote des Français le 29 mai 2005, le premier - ministre a plaidé pour la mise en chantier d’un « nouveau projet institutionnel » européen, qu’il faudrait à nouveau soumettre au référendum. Considérant que le « "non" nous a affaiblis », il appelle la France à prendre « la tête d’une nouvelle dynamique politique européenne », en s’appuyant principalement sur notre partenaire allemand. Dans les autres rêves de Villepin, « le nombre de jeunes qui sortent du système scolaire sans diplôme ni qualification » sera divisé par trois d’ici 2 012. Et d’indiquer la piste d’« une réforme en profondeur des universités et des grandes écoles », selon lui incontournable si l’on veut « gagner la compétition universitaire - internationale ». Toujours pour 2012 : « 3 % de croissance, 6 % de chômage, 55 % (du PIB - NDLR) de dette publique ». Dominique de Villepin a entretenu la polémique sur l’impôt, - affirmant qu’« il n’y aurait rien de plus décourageant pour tous ceux qui travaillent que de revenir sur ces baisses, comme le propose la gauche ». Il s’est par ailleurs déclaré - favorable à l’ouverture du droit à l’assurance chômage dès le quatrième mois de travail, au lieu du sixième actuellement. Ainsi qu’à un « meilleur plafonnement des allocations pour inciter à un retour plus rapide à l’emploi ». Pas étonnant alors que, malgré son chiraquisme aigu, l’homme de Matignon a avoué reconnaître, dans le discours de Nicolas Sarkozy, « une véritable vision pour la France ». Ludovic Tomas. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844098

=====> Chirac veut son « machin »

Environnement. Le président organise une conférence le 2 février pour soutenir son projet d’ONUE. Jacques Chirac avait relancé l’idée en septembre 2006 à l’assemblée générale des Nations unies, à New York (États-Unis) : créer une Organisation des Nations unies pour l’environnement (ONUE). Il devrait appeler les chefs d’État et de gouvernement à soutenir cette initiative les 2 et 3 février prochain, lors d’une Conférence pour une gouvernance écologique mondiale, à Paris. Son ancien premier ministre Alain Juppé en a livré les objectifs, hier, en tant que président du comité d’honneur. Autour de lui six membres : Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin, Nicolas Hulot, président de la fondation du même nom, le climatologue Jean Jouzel, le sociologue Edgar Morin ainsi que Laurent Stefanini, ambassadeur délégué à l’environnement, et Bertrand Collomb, président du groupe Lafarge. Uniquement des Français pour une initiative qui se veut internationale, remarqueront les sceptiques. Pourquoi cette conférence dite « citoyens du monde » ? Parce qu’il est « possible d’inverser la tendance (du changement climatique et des désordres environnementaux) à condition d’une action collective », a déclaré Alain Juppé, sans craindre de s’approprier la formule des altermondialistes : « du local au mondial ». Une soixantaine de pays seront représentés à Paris, dont une cinquantaine par leurs ministres. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a assuré de sa présence. Ainsi que de nombreux scientifiques et représentants d’entreprises et d’ONG. Alain Juppé et Hubert Védrine comptent sur « une nouvelle prise de conscience, ces dernières années » pour promouvoir l’idée de cette ONU pour l’environnement.

V.D. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844119

=====> « Sortir de la confusion » PAR PIERRE LAURENT

La droite en campagne fait désormais feu de tout bois. Dans son discours dimanche à la porte de Versailles, Nicolas Sarkozy avait tenté de troquer ses habits de combat habituels contre toute une panoplie de bons sentiments, d’émotions feintes, de références lyriques aux grandes traditions de la France. Ce n’était plus le combattant de la droite revendiquant la destruction du modèle social et « la France d’après », mais l’homme qui venait de comprendre que « pour être fort, il ne fallait pas avoir peur de montrer ces faiblesses ». Le Sarkozy nouveau et son label tout frais « j’ai changé » venaient d’arriver. Subitement, le chef de la droite comprenait tout le monde, l’ouvrier confronté à la peur que son usine ferme, l’électeur du « non » au référendum, les travailleurs qui ont cru à la gauche... J’en passe et des meilleures. En vérité, derrière l’emballage refait à neuf, tout était intact. La casse du droit du travail, la mise en cause du droit de grève, l’exonération accrue des cotisations sociales patronales, le bouclier fiscal pour les riches... Hier, Dominique de Villepin a allongé la liste, promettant un nouveau référendum pour relancer le traité constitutionnel européen, promettant lui aussi de nouvelles baisses d’impôts pour les plus fortunés, annonçant la réduction des indemnités de chômage sous prétexte de les verser plus tôt, ce qu’il appelle « un meilleur plafonnement des indemnités pour inciter à un retour plus rapide à l’emploi ». D’un discours à l’autre, la droite tente ainsi d’entretenir la confusion sur ses intentions, ses divisions, ses réconciliations, avec un seul objectif : ratisser large, gagner en 2007, aller plus loin encore dans la politique libérale. Face à elle, il devient urgent d’opposer la clarté, le courage d’une autre politique. De ce point de vue, la cacophonie entendue ces derniers jours au Parti socialiste sur la question de la réforme fiscale est une alerte pour toute la gauche. À trop vouloir composer avec les vieux poncifs libéraux, « la fiscalité qui décourage le travail », « le poids excessif des prélèvements obligatoires », à trop vouloir esquiver l’indispensable débat sur la fiscalité du capital, le Parti socialiste décrédibilise la gauche et risque de se prendre une nouvelle fois les pieds dans le tapis. La gauche,

 au contraire, a besoin d’une autre voix qui n’hésite pas à défendre des propositions en rupture avec les dogmes qui guident la politique budgétaire depuis des années. Lors de ses voeux à la presse, Marie-George Buffet a appelé hier à faire émerger au coeur du débat présidentiel les propositions de cette « gauche du combat et de la responsabilité ». Elle a prévenu qu’elle ne transigerait pas dans ce débat essentiel sur les moyens à mettre en oeuvre pour réussir une politique nouvelle à gauche. Il devient en effet de plus en plus évident que, face à la confusion et aux brouillages entretenus par une campagne exagérément bipolarisée et insuffisamment contradictoire, l’audace et la clarté des propositions alternatives est une condition du rassemblement à gauche. Cette ambition de clarté et de rassemblement monte de toute la société. Les acteurs les plus divers exigent des candidats des prises de position qui sortent du flou et des approximations. Le manifeste d’ATTAC, la démarche de l’Observatoire international des prisons sur la condition pénitentiaire, le débat relancé sur la recherche... chaque jour apporte son lot d’interpellations directes aux candidats, à leurs programmes, à leurs projets. Le débat présidentiel gagnerait beaucoup à se mettre à ce niveau, ce qui suppose la confrontation directe des projets à laquelle se refusent pour le moment les deux candidats les plus médiatisés. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844158

=====> De Jaurès à Guizot

L’héritage de Jean Jaurès n’est la propriété exclusive de quiconque, c’est une affaire entendue, mais que Nicolas Sarkozy convoque la mémoire du fondateur de l’Humanité, figure emblématique de l’histoire du socialisme français, au service de son projet politique, relève de l’imposture. C’est bien davantage qu’une captation d’héritage, car tout le monde a le droit de s’inscrire dans la lignée humaniste de Jaurès, de mener, comme il le fit, un combat intransigeant pour les droits du monde du travail. Cet héritage-là mériterait d’être au contraire partagé plus largement qu’il ne l’est malheureusement aujourd’hui. « Je n’ai jamais séparé la République des idées de justice sociale, sans laquelle elle n’est qu’un mot » aimait à dire le tribun populaire (et non populiste) élu des mineurs de Carmaux. La République de Jaurès n’est pas celle de Sarkozy, qui un siècle plus tard, veut remettre en cause le droit du travail en généralisant un contrat de précarité à l’instar du CNE. Qui veut revenir sur le droit de grève au nom du « service minimum ». Qui veut alléger les impôts des plus riches en leur offrant un bouclier fiscal en béton. Qui suspecte les chômeurs de mépriser la « valeur travail », en voulant conditionner les allocations à l’acceptation des emplois qui leur seraient proposés, comme si la mauvaise volonté des salariés était la cause du chômage !... Nicolas Sarkozy s’est trompé de référence historique : ce n’est pas Jean Jaurès qu’il aurait dû citer, mais François Guizot, le ministre de Louis-Philippe qui, s’adressant à la bourgeoise, lançait : « Enrichissez-vous. » Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-16/2007-01-16-844024

======> Nicolas Sarkozy roule toujours à droite

UMP. Le candidat à la présidentielle doit pour accéder au second tour séduire au-delà de son camp. Certains aspects de son discours de dimanche visaient cet objectif. Au moment où il a pris la parole, dimanche, devant les milliers de militants réunis à la porte de Versailles, à Paris, Nicolas Sarkozy savait que la paix est toujours fragile au sein de l’UMP. Seul en lice, le candidat a été élu certes avec 98,1 %, mais par 69 % des adhérents. Sur un effectif de 337 000, seulement 233 779 ont voté, et 229 303 l’ont choisi. Ce qui donne une estimation de l’opposition interne : 107 697. Même s’il réussit à établir une cohérence dans son équipe entre fidèles, soutiens de fraîche date et derniers ralliés par pragmatisme, et même s’il réussit à contenir les appétits du dernier carré chiraquien et villepiniste, le président de l’UMP aura fort à faire. Dans un premier temps, pour rassurer dans ses rangs. Dans un second temps, pour séduire au-delà de son camp. « Je veux être le président d’une France réunie », n’a-t-il cessé de clamer dimanche, comme pour marquer la première étape de cette conquête d’un électorat qui n’est pas le sien, y compris à gauche. Parce qu’il est conscient depuis des années qu’il est en campagne, que tout « se jouera comme toujours en France à 51-49, c’est-à-dire sur les marges » (le Figaro du 11 avril 2006), Nicolas Sarkozy a cherché sans vergogne à rebondir sur des thèmes chers à la gauche. Le candidat de l’UMP, après avoir organisé en tant que ministre de l’Intérieur la traque des enfants scolarisés d’immigrés clandestins, se découvre aujourd« petit Français de sang-mêlé », « fils d’immigré ». Un CV plus acceptable que celui d’avocat spécialisé en droit immobilier, ou maire d’une ville totalisant péniblement 3 % de logements sociaux, pour s’adresser au « travailleur » que « longtemps la droite a ignoré » et que « la gauche, qui jadis s’identifiait à lui, a fini par trahir ». Est-ce « la voix de Jaurès », que selon le candidat UMP « la gauche n’entend plus », qui dit « refuser la lutte des classes » ? C’est bien Nicolas Sarkozy, qui oppose « le travailleur » à « l’assisté », qu’il voit « s’en tirer mieux que lui pour boucler ses fins de mois sans rien faire », le travailleur au « patron qui a conduit son entreprise au bord de la faillite » et part « avec un parachute en or ». Le candidat UMP aurait « changé », mais reste fidèle à sa méthode, adaptant son discours à chaque catégorie pour mieux récupérer les voix des Français mis dos à dos. Nicolas Sarkozy dit vouloir « être le président de l’augmentation du pouvoir d’achat ». Mais a-t-il « changé » quand il propose les mêmes recettes aux Français, qui « pourront gagner davantage quand ils travailleront plus » ? Le 19 décembre 2006, avant d’être sacré candidat officiel de l’UMP, Nicolas Sarkozy estimait « nécessaire de porter à la fois le changement et la continuité ». Mais son discours « fondateur » est loin d’être inspiré de Jaurès. On peut toujours chercher ce fameux passage : « Nous voulons que la France cesse d’être un pays d’assistés, nous voulons que la France devienne un pays d’entrepreneurs » dans l’oeuvre du socialiste... Grégory Marin. Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-16/2007-01-16-844029

=====> Le petit « Napoléon » dans la presse européenne

Les journalistes s’inquiètent de l’accession au pouvoir du candidat Sarkozy, « pro-américain et libéral » Un « show » pharaonique. Le nombre de participants au congrès d’investiture de Nicolas Sarkozy dépasserait 82 000, selon les organisateurs, qui se basent sur le stock de badges distribués. « Près de 100 000 personnes » étaient attendues, pouvait-on lire dans la publication de l’UMP le Magazine de l’union du 2 janvier. Une estimation « revue et corrigée » à la baisse en cours de semaine par Roger Karoutchi, qui avait pronostiqué 30 000 à 50 000 participants, avec l’espoir d’en accueillir plus que le nombre de visiteurs pour le congrès fondateur du RPR de Jacques Chirac (50 000) en 1976. L’observation des rangs, parfois clairsemés, du Parc des expositions de la porte de Versailles, hormis là où l’organisation avait concentré la presse, incite à plus de prudence : les visiteurs n’excédaient pas 60 000 personnes. Qu’importe, la presse, elle, était bien représentée. Plus de 500 journalistes étaient accrédités, dont 150 de la presse étrangère, et de nombreux Européens. Hier, ils accordaient une large place à l’événement dans leurs colonnes. Les quotidiens danois Jyllands-Posten et norvégien Dagbladet sont allés jusqu’à comparer son grand « show » d’investiture au sacre de Napoléon. Dans les pages de certains, on sent poindre l’inquiétude. Pour le Financial Times, Nicolas Sarkozy doit « démontrer qu’il est un homme politique cohérent, qui est plus qu’un brillant populiste, avec du flair pour l’auto-promotion », alors que le journal intellectuel tchèque Lidove - Noviny le juge « pro-américain et - libéral ». La Gazeta russe s’inquiète d’ailleurs d’un possible refroidissement des relations franco-russes avec un président atlantiste dont il est « peu probable qu’il soit soupçonné de sympathiser avec la Russie, comme le faisait le président Jacques Chirac ». D’autres sont plus sévères. Ainsi le quotidien allemand de centre gauche Berliner Zeitung « parle d’un "candidat surestimé" » qui a réussi à « orchestrer la colère du peuple » et à donner « l’impression qu’il se trouve au-delà de l’élite politique parisienne déconnectée ». « Provoquant et - impitoyable », selon le britannique Guardian, le candidat UMP « n’est ni gagnant à coup sûr, ni le président dont la France a besoin dans une période aussi difficile et délicate de son histoire ». G. M. Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-16/2007-01-16-844030

=====> Mégalomanie sur internet

Nicolas Sarkozy a paraît-il toujours rêvé d’être journaliste. Mais comme il est un peu tard pour se lancer dans une nouvelle carrière, il s’est offert une chaîne de télévision, NSTV, pour Nicolas Sarkozy Télévision. Son site de campagne inauguré dimanche, www.sarkozy.net, a en effet tout d’un bouquet de chaînes de télé, les présentateurs en moins. Concocté par le publicitaire François de la Brosse (concepteur) et José Frèches (réalisateur), ancien conseiller de Jacques Chirac et ancien patron du quotidien régional Midi libre, il décline douze chaînes de vidéos : Discours, Libre cours (les making-of de ses déplacements en province), Coulisses (le QG de campagne de la rue d’Enghien), Ils me soutiennent (déclarations de personnalités du parti)... Le site comporte des parties plus classiques : éditos, programme, revue de presse, etc. L’inévitable Cécilia, qui « n’apparaît pas officiellement dans le cabinet de campagne », travaillera « en étroite collaboration » avec le duo de créateurs, jouant « un rôle d’éditrice dans le dispositif ». Le but de l’opération ? Montrer « Sarkozy tel qu’il est », selon José Frèches. Un « média militant » à la gloire du candidat UMP. Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-16/2007-01-16-844031

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

102) Extrême droite : Le Pen, candidat des riches

Le candidat du Front national confirme son intention de supprimer progressivement l’impôt sur le revenu. Après s’être autoproclamé de centre droite, Jean-Marie Le Pen se voit en candidat des « cités ». « Beaucoup ne supportent pas Sarkozy, et on s’apprête massivement à voter pour moi », divague le candidat d’extrême droite dans un entretien au Parisien Dimanche. Difficile pourtant d’imaginer que la déferlante d’inscriptions de jeunes des quartiers populaires sur les listes électorales ait été motivée par le discours antisocial et de repli identitaire du leader nationaliste, alors qu’un certain nombre d’entre eux subit quotidiennement des discriminations. Le plus âgé des candidats à la présidentielle démontre, par ailleurs, que le Front national n’aime pas la solidarité nationale. « Je propose un plan qui, par étapes, déboucherait sur la suppression de l’impôt sur le revenu », avance-t-il. Quid des populations en difficulté pour lesquelles cette modeste répartition des richesses reste un des derniers remparts contre l’exclusion totale. Si l’électorat frontiste est en partie issu des catégories les moins favorisées, ce sont pourtant les plus aisées qui bénéficieraient de sa politique. « La chasse aux riches peut satisfaire les âmes égalitaires, mais décourage ceux qui participent de façon efficace à l’activité économique. (...) Dans l’immédiat je suis donc partisan de la soustraction de l’habitation principale du montant de l’ISF (impôt sur la fortune - NDLR) », lâche le milliardaire, compréhensif à l’égard de Johnny Hallyday. Enfin, Jean-Marie Le Pen s’égare faussement dans ce qu’il a fait une de ses spécialités : les déclarations nauséabondes. S’il évite habilement de se laisser piéger par les journalistes sur la Shoah et le fameux « détail », l’ancien député poujadiste est plus que complaisant à l’égard des négationnistes. Ces derniers peuvent-ils dire ce qu’ils veulent ? l’interrogent nos confrères : « Pourquoi pas ? Je suis pour la liberté de pensée et d’expression. Dans le - domaine de l’histoire et de la politique, je ne vois aucune raison de limiter la - liberté. » Ludovic Tomas. Article paru dans l'édition du 15 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-15/2007-01-15-843956

=====> Nice. Peyrat : Le Pen au second tour

Alpes-Maritimes, correspondant régional. Considérant que « le FN appartient à la grande famille de droite » et s’étant promis de « toujours combattre les alliés du FLN et du Vietminh » (sic), Jacques Peyrat, maire (UMP) de Nice, a indiqué dans une récente interview à Nice-Matin qu’il voterait Le Pen, en cas de duel au second tour de l’élection présidentielle entre Ségolène Royal et le candidat d’extrême droite. Une prise de position qui n’a rien de surprenant de la part du sénateur des Alpes-Maritimes, de nouveau candidat l’an prochain au siège de maire, même s’il n’obtient pas l’investiture de l’UMP. Après avoir été longtemps l’un des lieutenants de Le Pen pendant une vingtaine d’années, cet avocat âgé aujourd’hui de soixante-quinze ans a fondé, en 1994, suivant l’exemple de Jacques Médecin, son parti niçois baptisé l’Entente républicaine. Puis, juste après avoir été élu maire, en 1995, Jacques Peyrat s’est laissé convaincre par Alain Juppé, alors premier ministre, d’adhérer au RPR tout en continuant d’affirmer qu’il était partisan de « l’union de toutes les droites ». Plus trouble est l’absence de réaction des dirigeants de l’UMP parmi lesquels le ministre et président du conseil général, l’ultra-sarkosyste Christian Estrosi. Un silence qualifié « d’insupportable » par le conseiller municipal communiste Robert Injey, tandis que le socialiste Patrick Mottard appelle la droite parlementaire « à réagir vertement ». Philippe Jérôme. Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844172 - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

103) Finances : La droite refuse d’enquêter sur les fonds d’investissement

Des auditions seront lancées par les députés sur le rôle de ces fonds en France. La commission des Finances a toutefois rejeté l’idée d’une enquête parlementaire. L’activité des fonds d’investissement sera bien au menu des dé- - putés. Hier, la commission des Finances de l’Assemblée nationale, à l’unanimité, a retenu l’idée d’audi- tionner, dès le mois de février, le Collectif LBO (salariés victimes de LBO), l’AFIC (investisseurs en capital) et le fonds CDC Investissement (Caisse des dépôts). L’objectif sera d’examiner les conséquences, en termes d’emplois, des pratiques de LBO (endettement avec effet de levier). En revanche, la proposition du groupe communiste, à l’initiative de son président, Alain Bocquet, et défendue par Jean-Claude Sandrier, de créer une véritable commission d’enquête parlementaire sur le sujet (voir l’Humanité d’hier) n’a pas été retenue. Pierre Méhaignerie, président de la commission des Finances, a plutôt proposé une mission d’information qui serait renvoyée à la prochaine législature, du fait des élections maintenant trop proches. Le PS aurait de même préféré une mission d’information à une commission d’enquête.

===è ils coupent tout ce qui est social

Pour Philippe Matzkowski, animateur du Collectif LBO, « il s’agit certes d’une avancée, mais une commission d’enquête aurait certainement plus de poids. Il s’agit de connaître exactement les conséquences sociales de ces pratiques financières. » Des dizaines de salariés s’étaient rassemblés à cette occasion hier devant l’Assemblée. Madeleine Talagrand, déléguée syndicale CFDT à VVF, explique : « Notre société, spécialisée dans le tourisme social, a ouvert son capital, en juil-let 2006, au fonds ACTO (Groupama). » « Ils utilisent aujourd’hui nos villages de vacances pour spéculer », précise-t-elle. « Pour rembourser la dette utilisée au rachat des parts de VVF, les dirigeants d’ACTO dénoncent les accords d’entreprise, les RTT, multiplient les contrats saisonniers, diminuent les budgets sociaux », lance la représentante syndicale. « À TDF, nous subissons notre deuxième LBO. De 1998 à 2006, les effectifs ont fondu de 3 600 à 2 600 sa- lariés », explique Gérard, syndiqué à la CGT. « Notre activité concerne la diffusion radio et télé en analogique et numérique », indique-t-il, en rappelant les douze jours de grève qu’ils viennent d’achever. « Les accords RTT, les embauches sont remis en questions par les nouveaux actionnaires », prévient Gérard. « Les fonds Texas Pacific, Axa Private Equity, la filiale de la CDC et Charterhouse ont racheté TDF pour 4,9 milliards d’euros à des fonds qui avaient acheté TDF en 2002 pour 1,7 milliard. Le taux d’endettement pour l’opération de rachat est proche de 80 %, ils coupent donc tout ce qui est social », analyse-t-il. Le son de cloche est le même à NHA, petite société de communication et d’édition. Lors du LBO de 2003, le patron a vendu 60 % du capital à SPEF LBO (fonds de Natexis Banques populaires). « NHA doit rembourser chaque année 900 000 euros sur l’endettement utilisé pour le LBO. Les 13 salariés restant (sur 25 au départ) n’ont toujours pas touché leur salaire de décembre et ont perdu leur mutuelle », lâche Dominique. « Nous sommes en liquidation judiciaire depuis le 11 janvier et nous attendons un repreneur. Alors que nous avions de très bons résultats, il y a cinq ans, le LBO a complètement asphyxier la boite », précise le manifestant. Des salariés de la Banque de France s’étaient retrouvés hier avec eux, pour dénoncer, de leur côté, le vote, le même jour par la droite, de la loi Arthuis qui remet en cause, selon Denis Durand (CGT), « le droit syndical et social dans l’établissement ». Les représentants du Collectif LBO seront reçus le 26 janvier à l’Élysée.

Sébastien Ganet. Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844183

=====> Le débat parlementaire touche les fonds

La commission des Finances de l’Assemblée va décider si elle crée une commission d’enquête sur les fonds d’investissements. Les fonds d’investissements vont-ils s’ouvrir au débat politique ? De la création ou non, demain, d’une commission d’enquête parlementaire « sur la place et le rôle des fonds d’investissements dans l’économie » dépendra, pour partie, la réponse. La commission des Finances de l’Assemblée nationale statue en effet, mercredi 17 janvier à 11 heures, pour en décider. Sous l’impulsion du Collectif LBO, le texte demandant la création de la commission d’enquête a été déposé et enregistré le 5 décembre 2006 à la présidence de l’Assemblée nationale par le groupe communiste et républicain. Le texte propose qu’un travail d’investigation parlementaire soit réalisé « sur les méthodes d’acquisitions des entreprises » via la technique dite de LBO (endettement avec effet de levier - cf. encadré) et sur « les conséquences de telles pratiques sur l’emploi, les salaires et les conditions de travail ». Le projet de résolution prévoit également que la commission d’enquête planche sur des « solutions alternatives qui pourraient être mises en oeuvre à partir de la constitution d’un pôle financier public ». Pour le Collectif LBO, « la création de cette commission d’enquête est une nécessité », indique Philippe Matzkowski. Délégué syndical CGT à Eurofarad (électronique de défense), il est l’un des animateurs du Collectif LBO (lire sa tribune en page 16). « La question des LBO doit être soumise au débat politique », insiste-t-il, ajoutant qu’il s’agit d’une « question de démocratie sociale ». « Bien souvent, les salariés sont mis au pied du mur une fois que les opérations financières sont lancées et produisent leurs effets », explique-t-il. « Les fonds d’investissements pressent l’entreprise rachetée pour rembourser la dette, récupérer un maximum de trésorerie et embellissent les comptes pour la revendre souvent à un autre fonds avec une plus-value, et ce en deux ou trois ans », ajoute le syndicaliste.

Bien qu’il ait convenu du problème lors de ses « voeux aux forces vives », Jacques Chirac « ne se prononce pas aujourd’hui », relève dans un communiqué le Collectif LBO. « Le Président n’a effectivement pas à prendre position sur une commission d’enquête qui relève du pouvoir législatif », aurait répondu Julien Carmona, conseiller économique auprès de la présidence de la République.

Les membres du Collectif LBO organisent demain un rassemblement devant le palais Bourbon de 10 heures à 12 heures. Ce matin, ils rencontrent des parlementaires du PS et rencontreront les parlementaires UMP et UDF dans l’après-midi. Le rendez-vous avec les représentants du groupe communiste est fixé pour mercredi.

Sébastien Ganet. Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-16/2007-01-16-844022

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

104) Les riches sont-ils trop taxés par l’impôt sur la fortune ?

===è Les exilés du fric égratignés

Suisse. L’expatriation de Johnny Hallyday fait réagir. Le pays évoque l’idée d’une taxation plus élevée. Genève, correspondance particulière. Le ton monte en Suisse. Le débat sur les arrangements fiscaux accordés aux étrangers fortunés résidents (les désormais fameux forfaits) s’est en effet emballé dans le pays après l’annonce de l’exil fiscal de Johnny Hallyday à Gstaad et les déclarations fracassantes du député français Arnaud Montebourg. Reprise par la gauche helvétique (notamment par les communistes romands d’À gauche toute !), la charge contre les forfaits fiscaux a porté dans une opinion au pouvoir d’achat stagnant depuis des années et déjà secouée par les scandales des rémunérations des grands patrons. Même la nouvelle ministre fédérale de l’Économie, la démocrate-chrétienne Doris Leuthard, a tenté de rebondir sur la vague. Elle a surtout comparé la situation d’un exilé fiscal (comme Johnny) à celle d’un Suisse fortuné comme le tennisman Roger Federer, Helvète bon teint domicilié à Bâle et qui, de ce fait, est bien plus lourdement taxé. Il n’empêche. Le Conseil fédéral a réagi illico, pour rappeler sa ministre à l’ordre et mettre l’accent sur l’apport financier positif desdits forfaits (accordés dans l’ensemble à moins de 4 000 personnes, installées pour la plupart sur les bords du Léman, et qui rapportent au total près de 300 millions d’euros).

Ceux-ci sont d’ailleurs accordés, rappelle le gouvernement, par des cantons souverains en matière de fiscalité (il y en a 26). Or un sondage récent révèle que près de 60 % des Suisses, se disent plutôt opposés à l’octroi des forfaits. De leur côté, les cantons n’ont pas manqué de voir leur intérêt dans ce débat. La Conférence qui réunit leurs ministres des Finances devrait annoncer, en fin de semaine, une directive pour un « doublement » des montants des forfaits fiscaux (accordés sur la base de la seule valeur du logement, leur montant est souvent très faible). La directive n’aura toutefois aucun caractère obligatoire : chaque canton est libre de l’appliquer ou non.

Ramine Abadie. Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844167

===è LES ENJEUX DE 2007

Les riches sont-ils trop taxés par l’impôt sur la fortune ?

Après la divulgation de l’assujetissement de la candidate socialiste à l’impôt de solidarité sur la fortune, les opposants à cette taxation peinent à produire la moindre étude sérieuse. Rappel des faits : Une rumeur selon laquelle Ségolène Royal et François Hollande auraient monté une Société civile immobilière (SCI)

pour échapper à l’impôt sur les grandes fortunes circulait depuis plusieurs mois sur Internet. Le député de l’Aveyron Jacques Godfrain (UMP) l’a relayée et François Hollande a porté plainte contre lui. Mardi, la candidate socialiste, dénonçant « une campagne de racaille », a divulgué le montant de son patrimoine et annoncé qu’elle était, avec son compagnon, assujettie à l’impôt sur la fortune. « Je suis aisée et je pense normal de payer l’impôt sur la fortune », a-t-elle affirmé. Hier, les principaux candidats à l’élection présidentielle ont déclaré leur patrimoine. Quatre d’entre eux font partie de ses 400 000 foyers fiscaux redevables de l’ISF. Que représente vraiment l’ISF ? Le paiement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) est l’une des questions fiscales les plus sensibles politiquement. La droite, dans une certaine mesure, n’a pas tort quand elle argue que cet impôt, finalement, ne rapporte pas grand-chose. Elle en profite alors pour avancer l’idée de sa suppression. Son rendement est effectivement faible. Du fait de nombreuses exonérations et niches fiscales, la collecte de l’ISF ne rapporte que 3 milliards d’euros au budget de l’État en 2005, soit moins de 1 % des recettes fiscales (source : direction générale des impôts). En France, 394 518 redevables sont assujettis à l’ISF. Le plus intéressant est de relever l’argument classique de la droite française. L’annonce médiatique de l’exil fiscal de Johnny Hallyday en Suisse avait arraché des larmes à Nicolas Sarkozy, le président de l’UMP expliquant que Johnny avait parfaitement raison car il « y a un problème en France » sur la fiscalité des hauts revenus. Le Parti socialiste est lui-même embarrassé. François Hollande n’a-t-il pas déclaré qu’il fallait que « l’ISF joue son rôle de cohésion sociale, sans pour autant favoriser l’évasion ». L’argument de la fuite des entreprises et des talents vers d’autres pays aux traditions fiscales plus accueillantes est une légende largement entretenue. Elle est d’autant plus entretenue que les partisans de la suppression de l’ISF sont incapables de sortir une seule étude sérieuse qui prouverait les dégâts économiques provoqués par l’ISF. À ce propos, le SNUI (Syndicat national unifié des impôts) relève plusieurs points. D’une part, les biens professionnels sont exonérés. En ce sens, rien ne laisse donc penser que l’activité économique puisse être affectée par l’ISF (le Conseil des impôts, dans son rapport de 2004, « La concurrence fiscale et l’entreprise », ne dit pas autre chose). D’autre part, le rapport du sénateur Philippe Marini (UMP), intitulé « Impôt sur la fortune ; éléments d’analyse économique pour une réforme de la fiscalité patrimoniale », reconnaîtrait lui-même que les évasions fiscales sont limitées (0,12 % des redevables de l’ISF en 2003). Par ailleurs, une étude de la DGI (années 1997 et 1998) soulignait que seulement 350 redevables de l’ISF partaient chaque année à l’étranger avec pour principale motivation la mobilité professionnelle et non le poids de la fiscalité. Le SNUI relève, sur la base du rapport du Sénat daté de 2004, qu’avec toujours 350 départs annuels et avec un nombre de redevables de l’ISF en augmentation, « la proportion de redevables à l’ISF qui s’exilent est mécaniquement passée de 0,3 % à 0,12 % ». Enfin, le SNUI souligne que, selon le rapport Marini de 2002, « 70 dirigeants d’entreprise et environ 25 déclarants de biens professionnels exonérés s’étaient délocalisés. Les pertes de droits étaient estimées à 11 millions d’euros en 2002 » (sur un produit global de 2,45 milliards d’euros !). Alors que la droite crie dans tous les médias que l’ISF ferait fuir en masse les entreprises, le rapport Marini indique qu’il ne lui a pas été possible d’évaluer les biens professionnels « délocalisés ». Avec de tels chiffres, autant dire que « l’exil fiscal » est une pure vue de l’esprit. Une telle fable rappelle les campagnes de communication des fabricants d’insecticide aux États-Unis. Pour inciter les ménages à se ruer dans les magasins, ils avaient déversé dans les médias pendant plusieurs semaines la fable de ces guêpes tueuses qui allaient envahir l’Amérique du Nord. Espérons que la droite ne nous abreuve pas de ces légendes dont elle a le secret, notamment celle de ces entreprises qui déploient leurs ailes pour échapper au méchant dragon fiscal. Sébastien Ganet. Article paru dans l'édition du 19 janvier 2007. http://www.humanite.fr/journal/2007-01-19/2007-01-19-844253

=====> Le patrimoine des candidats

Tour d’horizon des chiffres rendus publics. La polémique sur le patrimoine de Ségolène Royal a braqué les projecteurs sur les biens personnels des principaux candidats. Quatre d’entre eux sont assujettis à l’ISF. Ségolène Royal et François Hollande se sont acquittés de 862 euros au titre de l’impôt sur une fortune qu’ils déclarent estimée à plus de 900 000 euros, principalement en biens immobiliers (un appartement de 120 mètres carrés à Boulogne-Billancourt, une maison de 120 mètres carrés à Mougins, dans les Alpes-Maritimes, et une maison à Melle, dans les Deux-Sèvres). Nicolas Sarkozy, lui, paie également l’ISF pour un montant de 1 988 euros. Mais il n’a pas indiqué l’état de son patrimoine. On sait seulement que depuis qu’il habite place Beauvau, au ministère de l’Intérieur, il a vendu l’appartement de standing de 200 mètres carrés qu’il possédait sur l’île de la Jatte, à Neuilly. Pour près de 2 millions d’euros. Il a promis de rendre public l’état de son patrimoine dans les jours qui viennent. Le Pen refuse de dévoiler l’état de son patrimoine. On sait qu’il est assujetti à l’ISF et qu’il possède une résidence et un parc de 4 800 mètres carrés à Saint-Cloud. Il a pris des parts dans une affaire, les champagnes Daumale, une SARL dont le chiffre d’affaires en 2005 s’élevait à près de 3,8 millions d’euros. Enfin, Corinne Lepage a payé 12 017 euros au titre de l’ISF en 2006, pour un patrimoine estimé à 2 449 248 euros. Les autres candidats ne payent pas l’ISF. François Bayrou déclare un patrimoine d’un peu plus de 600 000 euros et Philippe de Villiers évalue le sien à 540 000 euros. Loin devant, cependant, Dominique Voynet, propriétaire de sa maison à Montreuil, achetée à crédit, et d’une résidence en Bretagne, Olivier Besancenot qui a emprunté sur vingt ans pour acheter un appartement de 55 mètres carrés dans le 18e arrondissement de Paris, Marie-George Buffet, locataire de son trois-pièces au Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis, qui possède une petite maison de vacances en Bretagne, et reverse ses indemnités d’élue au PCF, percevant un salaire de 1800 euros. Arlette Laguiller, quant à elle, est locataire d’un deux-pièces au Lilas. O. M. Article paru dans l'édition du 19 janvier 2007.

http://www.humanite.fr/journal/2007-01-19/2007-01-19-844256

=====> « Le caviar et la Jaguar » PAR CLAUDE CABANES

La dernière péripétie de la vie politique française n’est pas très éloignée de la catégorie, que l’on croyait disparue, du comique troupier : M. Arnaud Montebourg a déclaré de Ségolène Royal qu’elle n’a « qu’un seul défaut, son compagnon ». Il a donc été sanctionné d’une suspension d’un mois de ses fonctions de porte-parole. Il vaut mieux en pleurer qu’en rire. D’ailleurs, le Parti socialiste n’a pas l’exclusivité de la veine comique. Hier, messieurs Villepin et Sarkozy ont partagé un déjeuner qualifié de « chaleureux et amical »... Il y a quelques jours encore ces deux-là en étaient au duel jusqu’au dernier sang. Ce n’est donc pas un chapeau qu’avale le premier ministre mais la vitrine complète du chapelier. Et il ne manque pas de sel non plus de voir l’amicale des anciens premiers ministres (messieurs Balladur, Juppé et Raffarin) gambader de conserve. On pourrait encore rire des habits historiques qu’a enfilés dimanche dernier Nicolas Sarkozy, les empruntant tour à tour à Zola, Jaurès, Blum, Guy Môquet et bien d’autres qui nous sont si chers : ces habits-là sont trop grands pour lui... Et curieusement personne ne se réclame de Thiers, Pétain, Massu, que sais-je encore, qui sont laissés de côté avec ingratitude par leur propre famille... Bref, qui peut croire que, visité par un souffle nouveau, M. Sarkozy a troqué son atlantisme viscéral pour l’internationalisme jauressien ? Qui peut croire que l’ardent soldat du libéralisme pur et dur et le prophète du salut par le marché s’est converti à la cause des travailleurs, des exploités et des opprimés ? Ne le croient que ceux qui ont la foi du charbonnier... Les états-majors politiques dévorent chaque jour leurs plats de sondages. Il y a pourtant deux enquêtes d’opinion pour lesquelles ils n’ont pas manifesté assez d’appétit. La première, parue dans les colonnes de Libération lundi dernier, indique que 34 % des personnes interrogées souhaitent un duel Royal-Sarkozy au deuxième tour, ce qui signifie que 66 % ne le souhaitent pas. Autrement dit, deux Français sur trois écartent cette perspective de leur horizon. L’autre enquêt publiée dans le Parisien, parle d’elle-même : plus de 80 % des Français sont « fatigués » de la place occupée dans les médias par les candidats du PS et de l’UMP. Il y a peut-être, au coeur de ces deux investigations, les prémices d’un véritable tremblement de terre politique. Et le débat ouvert sur les patrimoines, et la méthode par laquelle il a surgi sur le devant de la scène, n’est certainement pas de nature à modifier la donne. L’attaque qui a visé le couple Royal-Hollande a été portée par un individu sans visage, à l’oeuvre à l’abri de l’anonymat d’Internet. C’est absolument détestable et méprisable. La Toile, comme on dit, est un magnifique outil nouveau des temps modernes : mais elle peut être aussi une arme de plus pour les forces obscures de la décomposition. Quant au fond, il appellerait bien des commentaires. Mais on peut être tout de même surpris, au pays de la nuit du 4 août qui a aboli les privilèges de la naissance et de la fortune, du plaidoyer général en faveur de la grande richesse. En somme être redevable de l’impôt sur la fortune relèverait d’une bonne conception de la modernité. La gauche caviar et la droite Jaguar seraient donc de ce point de vue dans une stimulante concurrence. Le vrai problème de fond est simple : depuis trente ans les revenus du capital ont grimpé en flèche et les revenus du travail ont perdu la mise. Cela s’appelle l’inégalité et l’injustice. Article paru dans l'édition du 19 janvier 2007.

http://www.humanite.fr/journal/2007-01-19/2007-01-19-844310

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

105) Les services publics s’invitent à la présidentielle

Firmi. C’est dans cette localité de l’Aveyron qu’a eu lieu samedi un premier meeting pour installer la défense des services publics dans le débat électoral. Aveyron, correspondant régional. Après Guéret dans la Creuse, la commune de Firmi dans le bassin aveyronnais de Decazeville devient une autre cité emblématique de la résistance à la casse des services publics. C’est la volonté exprimée par les différents intervenants lors du meeting national qui s’est tenu dans cette ville samedi en après-midi devant plus de 500 personnes. Bernard Defaix, président de Convergence nationale (1), et Pierre Pantanella, responsable du collectif départemental, ont annoncé que la première fête nationale des services publics aura lieu prochainement à Firmi. Située entre les états généraux du 10 mars à Paris et le premier tour des prochaines élections présidentielles, elle confirme la volonté des organisateurs de placer le devenir des services publics comme l’un des enjeux majeurs du débat électoral. Ce meeting de Firmi prolongeait la journée « d’expression citoyenne locale » engagée contre la réorganisation imposée sans aucune concertation dans le fonctionnement du bureau de cette ville de plus de 2 600 habitants. Le résultat du dépouillement des bulletins de vote déposés dans trois urnes réparties en trois lieux de la localité est sans appel. Sur 1 324 votants, 1 309 personnes ont voté contre les restrictions tous azimuts décidées unilatéralement par la direction de La Poste. Maire de Firmi, Roger Lajoie-Mazenc revient sur la forte mobilisation des élus locaux contre la dégradation des services postaux en application de directives européennes. « Oui, notre action est politique. Tous les efforts des élus, malgré le peu de moyens, sont systématiquement contrecarrés par des dispositifs venus d’en haut. » Les intervenants fustigent la libéralisation en cours de La Poste pour devenir totale en 2009. « La gauche devra s’y opposer fermement », appelle Lucien Jallamion (MRC) qui informe qu’un décret paru au JO du 7 janvier dernier autorise la « dépéréquation » des services payés par les usagers. Au nom des Verts, Patrick Farbiaz souhaite que les citoyens imposent sur la place publique, comme le droit au logement opposable, celui du service public de qualité pour tous et en tous lieux.

Le sénateur PS et fondateur de PRS, Jean-Luc Mélenchon prend appui sur le rejet massivement exprimé par la consultation des habitants de Firmi pour qualifier « d’état d’insurrection civique » cette volonté populaire et citoyenne de ne plus céder. Tout en précisant qu’il ne dit pas pour qui voter à gauche, il appelle à battre électoralement ceux qui veulent appliquer cette directive postale, « les mêmes qui privatisent EDF, GDF, et autres ». Pour le secrétaire national du PS aux services publics, Christian Martin : « Le dépérissement des services publics n’est pas une fatalité, pour cela il est nécessaire de changer la loi, donc de changer de majorité. » Le débat de la présidentielle, annonce-t-il, doit être celui de la clarification des positions respectives. « En fonction du maintien ou du démantèlement des services publics, les choix de société ne sont plus les mêmes. » Être clair à gauche aussi, ajoute-t-il, en stoppant les attaques contre les services publics, en s’engageant à les moderniser. Aller plus loin que la défense de l’existant, et se lancer dans un grand plan de reconquête et de modernisation des services publics, tel est l’enjeu que met en avant Marie-Claire Culié, membre du Conseil national du PCF en charge de ces questions. « Les services publics doivent devenir des droits inaliénables pour tous les citoyens, souligne-t-elle, et donc un levier de transformation économique et sociale qui rend possible la mise en place d’une - société progressiste. » Elle développe les conditions incontournables pour une telle visée, à savoir : servir obligatoirement l’intérêt général contre les profits ; revenir sur des privatisations et élargir à de nouveaux services publics comme ceux de l’eau, du médicament, du logement, de la petite enfance ; assurer la démocratisation de ses services. « Il n’y aura pas de démocratie réelle, participative, sans rendre le pouvoir au peuple. » (1) Fédération nationale des collectifs de défense et de développement des services publics. Alain Raynal. Article paru dans l'édition du 15 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-15/2007-01-15-843958

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

106) Les organisations syndicales s’invitent au banquet Présidentiel (CGC, CFDT, CFTC, CGT,…)

=====> La CGC veut « nourrir le débat présidentiel »

Syndicats. L’organisation des cadres va adresser une « interrogation écrite » aux candidats.

Décidément, la formule de Nicolas Sarkozy « travailler plus pour gagner plus » ne fait pas recette parmi les syndicats. Hier, ce fut au tour du président de la CFE-CGC de la qualifier de « slogan ». Dans cette « année cruciale », Bernard Van Craeynest a annoncé, lors de la présentation de ses voeux, que la CFE-CGC va « nourrir le débat présidentiel ». Sous forme « d’interrogation écrite » aux candidats, le syndicat va soulever les questions de la compétitivité des entreprises, du problème que pose leur gestion « court-termiste », de l’utilisation des fruits de la croissance, ou encore de la mise en place d’une « TVA sociale », idée qui recueille plutôt l’assentiment de la droite. La proposition consiste à augmenter la TVA, payée de manière égale par tout le monde, quel que soit le revenu, en remplacement des prélèvements sociaux pour financer la protection sociale. Nicolas Sarkozy y voit un bon moyen de baisser les cotisations patronales sur les salaires et il a ouvert la porte à cette éventualité lors de son intronisation comme candidat dimanche dernier. « Je préfère taxer la consommation plutôt que l’emploi », a-t-il insinué. À gauche, Dominique Strauss-Khan, quand il était candidat à l’investiture socialiste, avait expliqué les mérites d’une suggestion qui renforce la compétitivité des entreprises, tout en taxant les produits importés. P. M. Article paru dans l'édition du 19 janvier 2007.

http://www.humanite.fr/journal/2007-01-19/2007-01-19-844249

=====> La CFTC questionne les candidats

Les salariés revendiquent leur place dans le débat présidentiel, pour le syndicat chrétien. La CFTC a rendu public, hier, un document d’une vingtaine de pages développant 14 questions qui sera envoyé fin février aux candidats à l’élection présidentielle. « Nous voulons leur dire qu’il est nécessaire d’écouter les aspirations au changement de nos concitoyens et d’y apporter des réponses », indique Jacques Voisin, président de la confédération. Des « vrais réponses, pas des propositions simplistes », insiste Jacky Dintinger, secrétaire général. Comme la CFDT hier et la CGT il y a deux jours, le slogan sarkozyste « travailler plus pour gagner plus », qui préconise de libéraliser les heures supplémentaires, est dans la ligne de mire. « On n’est pas dupe, à terme, tout le monde serait obligé de faire des heures supplémentaires pour vivre, simplement. » La CFTC demande donc avant tout qu’un « salaire décent » soit assuré afin que la décision de travailler plus relève vraiment d’un libre choix du salarié. Parmi les questions soulevées, le syndicat insiste sur les moyens d’enrayer l’insécurité sociale et la précarité du travail, de « se reposer la question de la place du travail », espère Jacques Voisin, tout en soulevant des questions qui touchent au devenir des services publics, de l’assurance maladie, des retraites ou encore de la place des syndicats dans la société. P. M. Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844165

=====> La CGT face au scrutin

Le syndicat prépare une « expression publique » pour la campagne électorale.

Lors d’un point de presse, Bernard Thibault a rappelé hier que la CGT entend « participer aux débats économiques, sociaux et politiques » de la campagne électorale. Dans les premiers jours de mars, la commission exécutive va discuter d’une « expression publique » qui devrait dresser un bilan très négatif du quinquennat « dans lequel Nicolas Sarkozy a une responsabilité, quoi qu’il en dise », a commenté le secrétaire général. - Fidèle à un positionnement à nouveau entériné lors du dernier congrès en 2006, la CGT s’en tient à une position de « Ni soutien à un parti, ni co-élaboration de programme électoral ». Mais, a précisé Bernard Thibault, « nous savons faire la différence entre ceux qui nous soutiennent ou non ». À propos de la démarche individuelle de certains de ses dirigeants aux côtés de tel ou tel candidat (certains ont signé un appel à soutenir Marie-George Buffet), le secrétaire général a expliqué que si les syndicalistes sont des citoyens comme les autres, ils doivent veiller à ce que leur choix personnel et leur prise de position publique « n’engagent pas l’ensemble des syndiqués ». Pendant la campagne électorale, a ajouté le numéro un de la CGT, « nous devons continuer à faire notre travail de syndicaliste », en incitant les salariés à se mobiliser pour que « les préoccupations sociales occupent une bonne place ». P. M. Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-16/2007-01-16-844025

=====> La CGT appelle les salariés à la rejoindre

Syndicalisation. Pour faire entendre les attentes sociales, la confédération choisit de relancer une campagne d’adhésion. « Continuer à poser la question du syndicalisme n’est pas contradictoire avec la période électorale ». Au contraire, a développé hier Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, lors d’une conférence de presse, « quel que soit le scénario d’après scrutin, ce qui est sûr, c’est que les salariés français sont trop faiblement syndiqués pour réussir à défendre leur point de vue ». Le syndicat se lance donc dans une campagne de syndicalisation, avec une semaine de campagne publique entre le 22 et le 26 janvier, dans l’optique d’engager une « action durable autour de l’enjeu de faire entendre les attentes sociales et de promouvoir la démocratie sociale », ajoute Daniel Sanchez, responsable de la commission confédérale chargée de la syndicalisation. Dans un contexte capté par le débat électoral, en général peu favorable à de grandes effervescences sociales, la CGT ne cache pas son intention d’attirer ldes salariés sur « cet autre outil que représente le syndicat », et continue de se fixer le cap du million d’adhérents. Plus facile à dire qu’à faire. Car si la confédération est parvenue à stabiliser ses effectifs autour de 700 000 syndiqués (711 000 en 2004 et 715 000 en 2005) après une longue période de décrue, elle peine à franchir un nouveau seuil de développement. Les quelque 31 000 adhésions recensées en 2006 (38 700 en 2005) permettent juste de combler les départs d’adhérents qui partent en retraite, changent d’emploi sans forcément retrouver un syndicat, etc. Reste que malgré tout, la structure sociologique de la CGT poursuit sa lente évolution. Les salariés du secteur public sont depuis deux ans moins nombreux que ceux bénéficiant d’un contrat privé (52 % - 48 %). La fédération du commerce et des services, secteur qui cumule précarité des emplois et répression, est passé de 22 000 adhérents à 30 000 en quatre ans. Ces résultats sont analysés comme encourageants mais pas suffisant au regard « des attentes et de la confiance à l’égard de la CGT », explique Daniel Sanchez. Appréciée pour la place qu’elle a prise dans la victoire contre le Contrat première embauche, la CGT n’a pas engrangé un nombre d’adhésions en rapport avec cet effort. De même, elle est, dans les enquêtes d’opinion, la confédération qui a la meilleure réputation auprès des salariés, sans que cette sympathie ne lui amène les forces supplémentaires espérées. Convaincu que « la CGT a des atouts que d’autres n’ont pas », Bernard Thibault demande aujourd’hui à ses équipes de « passer à une dynamique qui se traduit dans les chiffres ». Un volontarisme revendiqué au nom d’un syndicalisme qui doit s’adresser à tout le monde et qui fera de la CGT ce que les adhérents en décident. « Derrière l’objectif de nous tourner davantage vers les salariés, il y a la nécessité de bouger nos pratiques pour mieux coller à ce qu’est le salariat aujourd’hui », insiste Daniel Sanchez. Paule Masson. Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-16/2007-01-16-844034

=====> La CFDT veut poser les « vraies questions »

François Chérèque invite les candidats à se garder les slogans simplistes.

François Chérèque a profité du meeting national organisé par la CFDT, hier à Reims, pour lancer un avertissement aux candidats à l’élection présidentielle. Jugeant le contexte inquiétant, le secrétaire général de la confédération pense qu’il est encore temps que ces élections « permettent de véritables choix pour l’avenir », rappelant qu’en 2002, « nous avons payé chers » les errements inverses. La CFDT croit qu’il est « possible de réduire les inégalités », de ne pas se résigner à ce qu’un des pays les plus riches du monde compte 7 millions de pauvres. Mais elle avertit que cet objectif n’est pas réalisable avec des « slogans simplistes » du type « travailler plus pour gagner plus », ou des « propos irréalistes » comme l’abrogation de la réforme des retraites de 2003. François Chérèque appelle donc ses militants à « poser aux candidats les véritables questions » et prévient que la CFDT « n’est pas de ceux qui se complaisent à dévaloriser la politique ». Mais il est pour lui urgent de prendre la mesure de « la défiance qui s’exprime » et du besoin de « reconquérir » tous ceux qui « ont perdu confiance et espoir dans l’action politique », tous ceux « qui désespèrent de trouver une place dans la société et d’y progresser », tous ceux qui « subissent les inégalités » face à l’emploi, la formation, la santé, le logement, etc. P. M. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844094

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

107) Discriminations : Les handicapés veulent être entendus

Les principaux candidats ont réagi aux propositions de l’Association des paralysés de France. Quelle approche du handicap pour la prochaine législature ? UMP, UDF, PS, Verts et PCF ont répondu, hier matin, à l’invitation de l’Association des paralysés de France (APF), auteur d’une plate-forme de propositions (lire notre édition du vendredi 12 janvier). Si le bilan de la loi du 11 février 2005 est jugé « globalement positif » par la présidente de l’APF, Marie-Sophie Desaulle, l’association souhaite que ce texte soit le dernier du genre. « Arrêtons les lois spécifiques, ayons le réflexe handicap », a-t-elle résumé, prônant « une politique transversale et intégrée du handicap ». Une formule qui n’a pas trouvé d’opposition parmi les cinq représentants de candidats à la présidence de la République. Et que le Parti socialiste, par la voix de sa responsable nationale du handicap, Élisabeth Auerbacher, traduit par « une réforme constitutionnelle sur l’idée que le handicap est partout ». Par ailleurs, le PS veut faire de l’éducation et de la formation l’axe prioritaire de sa politique. Il souhaite également que le délai de mise en accessibilité des bâtiments publics soit réduit à cinq ans à compter de 2007. Pour Pénélope Komitès, adjointe au maire de Paris et porte-voix de Dominique Voynet, ces travaux doivent être sous le contrôle des municipalités. Elle a par ailleurs demandé un cursus spécifique dans la formation initiale des enseignants et la suppression de la journée de solidarité instaurée par Jean-Pierre Raffarin. Du côté de Nicolas Sarkozy, représenté par Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, « le handicap est l’affaire de tous » mais il ne faut « pas faire de promesses qui pourraient s’avérer difficiles à mettre en oeuvre sur le terrain ». Plus volontariste, Yvan Lachaud, député du Gard et soutien de François Bayrou, veut progresser en matière d’insertion professionnelle. Favorable à un alignement de l’allocation adulte handicapé (AAH) sur le SMIC, il considère que la majorité actuelle ne pouvait pas aller plus vite. C’est pourtant la question des ressources qui laisse le plus sur sa faim le mouvement associatif. « Particulièrement pour les personnes qui ne peuvent pas travailler », a précisé la présidente de l’APF. Liliane Ganille, responsable du handicap au Parti communiste, a énuméré quelques engagements de Marie-George Buffet, dont l’un des axes de campagne est l’éradication de toutes les discriminations : accessibilité de tous à tout et tout de suite, insertion de la crèche à l’université, mise en place d’un statut du travailleur handicapé en milieu protégé, service public d’aide à la personne. « C’est à la société de s’adapter aux personnes qui la composent et non l’inverse », a-t-elle rappelé au nom de la candidate de la gauche populaire et antilibérale.

Pour contribuer au débat, l’APF a créé un blog : www.reflexe-handicap.org

Ludovic Tomas. Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844173

=====> Des moyens pour les handicapés à l’école

Éducation. Le Collectif pour le droit à l’école des enfants handicapés regrette les difficultés d’application de la loi du 11 février 2005. Souvent, l’urgence à légiférer dépasse de beaucoup l’empressement des autorités à appliquer les lois déjà votées. Grande cause nationale en 2003 et priorité affichée du président Chirac, le handicap ne semble malheureusement pas échapper à ce triste adage. Réunis hier au Sénat, l’association pour adultes et jeunes handicapés (APAJH), des organisations syndicales enseignantes et des associations de parents d’élèves, rassemblées au sein du Collectif pour le droit à l’école, ont en effet pointé les difficultés dans l’application de la loi du 11 février 2005, qui prévoit l’inscription de l’enfant handicapé dans l’école la plus proche du domicile. Manque d’information, effectifs spécialisés insuffisants, déficit de formation sont les trois principaux écueils mis en avant par le collectif, qui évalue à environ 160 000 le nombre d’enfants et d’adolescents handicapés scolarisés (et entre 10 000 et 15 000 ceux qui ne le sont pas). « Il y en avait seulement 87 000 en 2002, c’est donc un réel progrès, note le SE-UNSA. Le problème, c’est que le nombre d’enseignants spécialisés, lui, n’est passé que de 36 000 à 37 000 pendant la même période. » L’accompagnement, souvent indispensable, des élèves en situation de handicap, n’est, lui non plus, pas à la hauteur. « Sur 4 800 postes d’auxiliaires de vie scolaires (AVS), seuls 4 500 sont aujourd’hui occupés, et pas forcément à temps plein », fustige Marc Douaire, du SGEN-CFDT. Pire, ces AVS sont aujourd’hui remplacés par des emplois de vie scolaire (emplois aidés Borloo), « emplois précaires, payés au SMIC, sans formation ni perspective d’emploi ». Réclamant au contraire « une politique ambitieuse », le collectif a donc formulé cinq « priorités » : information ; formation ; recrutement ; effort sur les enseignants référents, qui coordonnent la scolarisation ; et enfin renforcement du partenariat entre le monde enseignant et les personnels de santé. Le tout sous « le pilotage du ministère de l’Éducation », qui aurait, selon les membres du collectif, plutôt tendance à « se défausser de ses responsabilités » sur les toutes nouvelles maison départementales des personnes handicapées. Alexandre Fache. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844118

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

108) Quel avenir pour les prisons ?

Invités lors des états généraux de la condition pénitentiaire à se prononcer sur une future réforme des prisons, les candidats à la présidentielle ont rendu leur copie. Les faits. Le 14 novembre dernier, les états généraux de la condition pénitentiaire faisaient le bilan de la consultation inédite menée, pendant plusieurs mois, auprès de magistrats, avocats, personnel pénitentiaire, associations, mais aussi de quelque 15 000 détenus. Au final, dix propositions, devant servir de socle à une future réforme pénitentiaire, ont été formulées (lire encadré). Et aussitôt soumises à l’appréciation des candidats à la présidentielle. Une manière d’inviter ces derniers à s’engager publiquement sur la question cruciale des prisons. Et à prendre date. Après deux mois d’attente, l’ensemble des réponses ont été présentées hier. Il y a ceux qui adhèrent - totalement. Celui qui y va à reculons. Celui qui dit non. Et celui qui ne répond pas. Invités par les organisateurs des états généraux de la condition pénitentiaire (1) à se prononcer sur une future réforme des prisons, les principaux candidats à l’élection présidentielle ont rendu leur copie. Des réponses - sorte de profession de foi - qui ont été présentées hier lors d’une conférence de presse au Sénat. Tous ont joué le jeu. Sauf un : Philippe de Villiers, dont les associations n’ont jamais eu de nouvelles. « Le silence est sa seule position, a déploré Robert Badinter, ancien garde des Sceaux et parrain de l’opération. Apparemment, il n’y a pas de prison en Vendée ! » Sur les neuf autres, sept d’entre eux souscrivent pleinement aux dix propositions formulées par les états généraux en novembre dernier. C’est le cas de Ségolène Royal, qui, étonnement, ne parle plus d’encadrement « à dimension militaire » pour les jeunes délinquants. « Il faut rompre avec la politique du "toujours plus d’enfermement" qui veut nous faire croire que "plus de prison... c’est plus de sécurité" », écrit la candidate socialiste. À ses yeux, « le système pénitentiaire fonctionne aujourd’hui dans une contradiction permanente : à l’écart des règles et exigences de la société libre, il est supposé permettre aux personnes détenues de retrouver le chemin d’une vie responsable et respectueuse du droit ». Pour y remédier, elle s’engage donc à « mettre en oeuvre » l’ensemble des propositions des états généraux. Même approbation pour Marie-George Buffet. « Si le peuple français me confie des responsabilités, je ferais miennes les propositions du manifeste des états généraux de la condition pénitentiaire, promet la secrétaire nationale du PCF. Ces principes - devront être inscrits dans une nouvelle loi pénitentiaire qui devra être adoptée très rapidement par le Parlement qui sera issu des prochaines élections. » La candidate antilibérale préconise, en outre, de s’interroger « sur le sens de la perpétuité et des peines de sûreté supérieures à quinze ans ». François Bayrou, Olivier Besancenot, Dominique - Voynet ou encore Corinne - Lepage, adhèrent tout autant aux préconisations des états généraux. Que ce soit sur le contrôle externe des prisons, sur la nécessité de faire de la préparation à la sortie l’une des missions fondamentales de l’administration pénitentiaire, ou encore sur le respect des droits des détenus. Au fond, seules deux - réponses sortent du lot : celles de Jean-Marie Le Pen et - Nicolas Sarkozy. Le patron du Front national rejette en bloc les propositions. Et l’idée de consacrer la privation de - liberté comme une sanction de « dernier recours » lui soulève carrément le coeur. « Déjà beaucoup de délits ne sont pas sanctionnés par la détention », s’insurge le leader frontiste. Qui prône, au contraire, un « grand programme de construction de prisons et de rénovation ». Une vision immobilière de la question pénitentiaire pas vraiment éloignée de celle du président de l’UMP. « Depuis vingt-cinq ans, écrit Nicolas Sarkozy, ce sont les gouvernements de droite qui ont le plus agi en faveur des prisons. » Comprendre : qui ont augmenté le nombre de places. Et de rendre un hommage appuyé aux vagues de construction successives : Chalandon, Méhaignerie, Perben... Des propos qui ont laissé Robert Badinter dubitatif : « S’il suffisait d’aligner les mètres carrés de cellules pour régler le problème, les États totalitaires seraient les champions de la condition pénitentiaire ! », a commenté hier l’ancien garde des Sceaux. Pour le reste, Nicolas Sarkozy répond à côté. Lui qui n’a eu de cesse, ces dernières années, de durcir la justice pénale et de honnir les « juges laxistes », se paie même le luxe de regretter « le trop grand recours à la détention provisoire » ! Il propose de réserver celle-ci aux « cas d’atteinte ou de menace à l’intégrité physique ». Commentaire agacé de Badinter : « Il y a des entreprises criminelles très organisées dont la gravité - sociale est bien supérieure à celui qui se laisse aller à la violence sur un trottoir... » Au final, les états généraux se veulent optimistes. « Pour chacun des sept candidats qui ont signé la déclaration, souligne l’analyse des réponses, cet engagement ne constitue pas un consensus à minima mais témoigne d’une volonté claire de rupture avec le fonctionnement actuel de nos prisons, d’un accord sur le diagnostic posé sur notre système carcéral et sur les fondements de la réforme à accomplir. » Les associations assurent qu’elles seront - attentives tout au long de la campagne présidentielle. Et promettent de solliciter les candidats aux législatives - sauf ceux du MPF de Philippe de Villiers ! - pour qu’ils s’engagent tout autant. Laurent Mouloud. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844104

=====> Les dix propositions

w La peine privative de liberté doit être une sanction de dernier recours.

w Les personnes dont l’état de santé, psychique ou physique, est incompatible avec la détention doivent être libérées (...) Les auteurs d’infraction souffrant de graves troubles psychiatriques doivent être pris en charge dans des structures de soins adaptés.

w Les règles en prison doivent être conformes aux principes d’une société démocratique.

w Reconnaissance de l’ensemble des libertés et droits fondamentaux des personnes détenues, à l’exception de la liberté d’aller et venir, et des droits qu’une décision de justice leur aurait retirés.

w La loi organise et garantit le droit à la santé, à l’hygiène, au maintien des liens familiaux et des prestations sociales, à l’éducation, au travail, à la formation et l’insertion sociale et professionnelle des personnes détenues.

w Les sanctions disciplinaires respectent le principe du procès équitable et sont susceptibles de recours.

w Instauration d’un organe de contrôle extérieur.

w La préparation et l’accompagnement du détenu à la libération sont des missions fondamentales de l’Administration pénitentiaire.

w Le Parlement doit évaluer les politiques pénitentiaires.

w La loi doit prendre en compte la condition des personnels pénitentiaires.

Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844100

=====> « Consensus républicain »

L’opinion de Robert Badinter, parrain des états généraux.

---- Comment appréciez-vous les réponses des candidats ?

Robert Badinter. Si l’on analyse les réponses, on s’aperçoit que la grande - majorité des candidats adhèrent totalement à nos propositions. On retrouve l’ensemble des sensibilités de gauche, auxquelles s’ajoutent François Bayrou et Corinne Lepage. C’est ce que j’appellerai le socle du changement. Concernant Nicolas Sarkozy, il refuse d’adhérer à notre - déclaration. Cependant, il fait sien plusieurs points essentiels. Il est notamment d’accord sur le principe d’une loi pénitentiaire et sur l’instauration d’un contrôle extérieur des prisons. Certes, il refuse de s’engager sur le fait - marqué politiquement - de faire de la prison la sanction de « dernier recours ». Mais sur la nécessité d’améliorer le sort des personnes détenues, il est d’accord. Il existe donc un consensus républicain. Quel que soit le vainqueur de la présidentielle, il y aura donc nécessairement une transformation, si ce n’est de la politique pénale, du moins des conditions pénitentiaires. Car je n’imagine pas qu’après cette prise de position - publique les candidats se - dérobent...

---- Comment allez-vous poursuivre votre action ?

Robert Badinter. Notre démarche ne se limite pas aux élections présidentielles. Nous réitérerons l’opération pour les législatives. Chaque candidat, par le biais de son parti, sera ainsi invité à prendre publiquement position. Nous aurons ainsi une prise de position claire et - solennelle de la part de l’ensemble du Parlement qui reste, au demeurant, celui qui adopte les lois. Ces promesses, faites sur la base de propositions précises, engageront ceux qui les ont faites. Quels que soient les nouveaux président, premier ministre et garde des Sceaux, ils auront notre visite, nous ne les quitterons plus. La question de la condition pénitentiaire est une urgence - humaine brûlante. Il faut y remédier immédiatement. La discussion au Parlement doit intervenir dès la rentrée 2007. Elle doit être la priorité de l’action de tout gouvernement. On n’a donc pas fini de nous retrouver.

Propos recueillis par L. M. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844102

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

109) À quand la parité effective, partout, en politique ?

Faute d’innovation audacieuse et de proportionnelle à toutes les élections, la France continue de discriminer les femmes au Parlement et dans les municipalités. C’est une honte nationale. Un simple coup d’oeil au tableau de cette page suffit pour s’apercevoir du rang de lanterne rouge de la France partagé avec quelques autres pays de l’Union européenne, en matière de parité. Elle pointe au 24e rang de l’Europe des vingt-sept, et seulement au 86e rang mondial (sur 135 pays) pour la place des femmes dans son Parlement. Avec 12,2 % de femmes à l’Assemblée nationale et 16,9 % au Sénat. En tête du classement, caracole la Suède, avec 47,3 % de femmes dans son Parlement. C’est dire si l’amélioration de la performance française est l’un des enjeux du quinquennat à venir. Jacques Chirac l’a bien compris, lui qui a impulsé un projet de loi dont les députés débattent aujourd’hui. Un projet dont la commission des Lois sénatoriale a « regretté le dépôt tardif », et qui est plutôt « minimaliste », selon les élu(e)s communistes... Rien sur l’élection dans les conseils intercommunaux et dans leurs exécutifs, ni pour les villes de moins de 3 500 habitants, où les voix sont décomptées nom par nom, ce qui ne permet pas d’organiser la parité des conseils municipaux.

===è La proportionnelle, sésame de la parité

Le projet contient quand même quelques avancées, avec l’élection des exécutifs des régions et des villes de plus de 3 500 habitants à partir de listes à obligation paritaire. Quant à l’élection des conseillers généraux, elle se fera désormais sur la base d’un titulaire et d’un suppléant de sexe opposé pour être valide. Le projet prévoit également de renforcer les sanctions financières à l’encontre des partis qui ne respecteront pas la parité dans la répartition des circonscriptions aux législatives de 2012 ! Pour de nombreux et de nombreuses parlementaires, les propositions ne vont pas assez loin. Elles restent notamment en deçà des propositions formulées par la délégation sénatoriale aux droits des femmes (voir ci-dessous) et de certains des quatorze textes déposés par des sénateurs et des sénatrices, avant que le chef de l’État et le gouvernement ne se décident à inscrire un projet de loi sur ce sujet à l’ordre du jour. En particulier, le texte gouvernemental laisse de côté les demandes des sénatrices communistes Hélène Luc et Annie David d’étendre le scrutin à la proportionnelle qui, seul, « permet véritablement la parité ». Pourtant l’élection des conseils régionaux, des conseils municipaux des villes de plus de 3 500 habitants et du Parlement européen l’ont bien montré : les progrès les plus spectaculaires obtenus grâce aux nouvelles obligations de parité décidées par la gauche en 1999 et 2000 (révision constitutionnelle puis loi sur la parité proprement dite) ont en effet été enregistrés dans ces instances élues à la proportionnelle intégrale. Entre les renouvellements des conseils régionaux de 1998 et de 2004 (c’est-à-dire avant et après les lois sur la parité), le pourcentage de femmes est passé de 27,5 % à 47,6 % en leur sein. Chez les eurodéputé(e)s français(e)s, l’avancée est remarquable aussi, avec une féminisation passant de 21 % en 1989 à 43,6 % en 2004. Quant aux communes de plus de 3 500 habitants, la part de femmes est aujourd’hui de 47,4 %, contre 30,1 % dans celles de taille - inférieure. Le secret de tels résultats ? Un scrutin de liste proportionnelle, avec obligation d’alternance stricte entre les candidats de chaque sexe. En - revanche, dans les scrutins uninominaux comme les législatives, les recettes à base de pénalités financières ont montré leurs limites. L’UMP, l’UDF et, dans une moindre mesure, le PS préfèrent payer des amendes plutôt que de respecter la loi. Moins de 20 % de candidates ont été présentées par les deux partis de droite à la députation en 2002 et 34,6 % par le PS. À l’inverse, le PCF et les Verts donnent l’exemple avec respectivement 44,7 % et 49,2 % de candidates. Les partis représentés à l’Assemblée ont déboursé 6,7 millions d’euros de pénalités prises sur leur part de financement public pour s’être délestés de leurs obligations, dont 4,3 millions pour la seule UMP. Ce qui n’empêche pas le parti de Nicolas Sarkozy de - recommencer, en décidant de ne présenter que 30 % de candidates titulaires cette année. Résultat, en dépit de la loi, seulement 12,2 % des députés sont des femmes. Une proportion qui n’a quasiment pas bougé en dix ans (10,9 % en 1997). Idem pour les conseillers généraux, eux aussi élus au scrutin uninominal. Les femmes - représentent 10,9 % de ceux renouvelés en 2004, à peine plus qu’en 1998 (8,6 %).

===è Régression gouvernementale

Reste le Sénat, un cas à part avec un mode de scrutin mixte, proportionnel ou majoritaire, selon le nombre de sièges à pourvoir par département, depuis la loi sur la parité de 2000. Grâce à l’introduction de la proportionnelle, la proportion de femmes est - passée de 5,3 % à 16,9 % entre 1998 et 2004. Une évolution freinée par le long cycle de renouvellement de la Haute Assemblée (par tiers tous les trois ans, un sénateur étant élu pour neuf ans) mais, surtout, par la décision du gouvernement, en 2003, de rehausser le seuil de la proportionnelle aux départements de quatre sièges au lieu de trois. Une régression sur laquelle ne revient pas la loi débattue aujourd’hui... Sébastien Crépel. Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844176

=====> Des recommandations parlementaires souvent ignorées

Le gouvernement a laissé de côté de nombreuses propositions de la délégation sénatoriale aux droits des femmes, saisie du projet de loi. Créées par la loi en 1999, les délégations parlementaires (une par - assemblée) aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes font part de leurs - recommandations au gouvernement. Celle du Sénat, présidée par Gisèle Gautier (UMP), a remis les siennes à l’occasion de la venue en - discussion du projet de loi sur la parité. Si certaines sont reprises dans le texte, d’autres ont été purement et simplement ignorées. Voici quel-ques-unes des propositions versées au débat par la délégation :  abaisser de 3 500 à 2 500 habitants le seuil d’application du scrutin de liste avec obligation de parité pour les élections municipales ; étendre la portée de la disposition du projet de loi tendant à doter le conseiller général d’un suppléant de sexe différent, en prévoyant que le suppléant sera appelé à remplacer le titulaire dans tous les cas de vacance du mandat, et non uniquement dans l’éventualité d’un décès ; instituer une limitation du cumul des mandats dans le temps en limitant à trois le nombre de mandats consécutifs de même nature ; mettre en place des dis- positions destinées à faciliter l’exercice d’un mandat, ce qui permettra aux femmes de mieux concilier celui-ci avec leur vie professionnelle et - familiale ; prévoir, en faveur des élu(e)s locaux, un dispositif de dédommagement systématique des frais de garde d’enfants, ou d’assistance à des personnes dépendantes, liés à l’exercice du mandat ; assurer une application effective des dispositifs de formation prévus en faveur des élu(e)s locaux ; faciliter la réinsertion professionnelle des élu(e)s à l’issue de leur mandat, grâce à la validation des acquis de l’expérience et à l’extension aux autres élu(e)s du mécanisme de suspension du contrat de travail déjà prévu pour les parlementaires ; améliorer le régime de - retraite des élu(e)s locaux, en autorisant ceux qui cessent leur activité professionnelle au cours de leur mandat à cotiser aux - régimes facultatifs de retraite ; établir des statistiques précises concernant la présence des femmes au sein des assemblées délibérantes des établissements publics de - coopération intercommunale (EPCI) ; instaurer la parité au sein des assemblées délibérantes et des exécutifs des EPCI. Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844177 - Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

110) Faut-il baisser les prélèvements obligatoires ?

Pour Jean-Marc Durand, spécialiste de la fiscalité, dirigeant du PCF, l’allégement des charges contribue à la régression économique et sociale. Il plaide pour une part plus grande des impôts progressifs dans les recettes de l’État. Les faits. Il aura suffi d’un entretien accordé par François Holande sur l’arrêt des allégements fiscaux au-delà de 4 000 euros mensuels net par contribuable célibataire - 8 000 euros pour un couple sans enfant, et 12 000 euros pour un couple avec deux enfants - pour que la droite, en particulier Jean-François Copé, lance une polémique : « Le PS veut augmenter les impôts sur les couches moyennes », s’est-il écrié, relayé par une partie des médias. Lesquels ont aussitôt cru déceler une friture sur la ligne entre la candidate et le premier secrétaire. La droite ne pouvait évidemment pas attaquer les ambiguïtés réelles du PS sur l’impôt sur les revenus financiers. Le résultat est néanmoins un coup de projecteur sur les propositions socialistes, au moment où Ségolène Royal est accusée de trop prolonger sa « phase d’écoute » au détriment de propositions concrètes. Hier, François Hollande, taclé la veille par Dominique Strauss-Kahn rêvant toujours d’un parti réformiste à tendance sociale libérale, a précisé : « La candidate arbitrera » sur le placement du curseur. Deuxième point : selon lui, le PS ne veut pas augmenter les prélèvements obligatoires ni l’impôt sur le revenu, mais entend revenir sur les avantages accordés aux deux tranches supérieures. Il faut, a-t-il dit, une « réforme fiscale globale, plus juste et plus efficace visant à rendre du pouvoir d’achat, et réformer l’ensemble des prélèvements ». D. B.

===è Le PS vient de relancer le débat sur la fiscalité en se proposant de revenir sur les baisses d’impôts pour les contribuables les plus aisés. Nicolas Sarkozy veut au contraire aller plus loin. Comment vous positionnez-vous dans ce débat ?

--- Jean-Marc Durand. Le PS ne peut pas ne pas constater qu’il y a un besoin de recettes supplémentaires pour l’État, sauf à s’engager dans des restrictions budgétaires terribles pour l’avenir. Et la fiscalité est en effet un moyen de peser sur le montant de ces recettes. De manière évidente, il faut revenir sur la réforme- fiscale engagée par la droite depuis son arrivée au pouvoir, mais aussi sur des réformes qui ont été portées depuis une vingtaine d’années. Cette logique de « défiscalisation » est en effet à l’oeuvre depuis le milieu des années quatre-vingt. Il y a besoin de redonner à la fiscalité toute sa place dans le financement des budgets publics.

===è Ségolène Royal pose d’emblée une limite en affirmant que la fiscalité ne doit pas « décourager le travail », et pour Dominique Strauss-Kahn, il est hors de question d’augmenter les prélèvements obligatoires...

--- Jean-Marc Durand. Avec ces déclarations, on se situe dans la même logique, celle du toujours moins. Une logique mortifère, contribuant à l’assèchement des recettes, à la mise en difficulté des budgets publics et sociaux, donc à une incapacité grandissante pour la sphère publique d’intervenir dans le développement économique et social du pays. Ceux qui gagnent le plus à la baisse des prélèvements, ce sont les financiers, en aucun cas les citoyens du pays, ni la capacité d’adaptation, de développement du pays. On peut évaluer le montant total des allégements de charges fiscales et sociales, depuis le milieu des années quatre-vingt, à environ 400 milliards d’euros. Soit, à une dizaine de milliards d’euros près, le montant de l’augmentation de la dette publique de la France. Cela montre bien que cette politique d’allégement permanent des charges contribue à une régression économique et sociale terrible.

===è Quelle autre type de - réforme préconisez-vous ?

--- Jean-Marc Durand. Il s’agit de redonner au produit des impôts progressifs une part beaucoup plus importante dans les recettes de - l’État. Pour cela, on peut jouer sur le taux et sur l’assiette. Il faut revoir la progressivité de l’impôt sur le - revenu, par un plus grand nombre de tranches (on pourrait le doubler), et porter le taux sommital à 55 %. S’agissant de l’ISF, il faudrait en multiplier le taux par deux, voire par trois. Quant aux droits de succession, que Sarkozy veut supprimer, il faut redéfinir une progressivité plus étalée, permettant de ne pas prélever trop fortement sur les petits patrimoines, par exemple en tenant compte du niveau de vie des bénéficiaires de la succession, et par contre, une imposition plus forte pour les transmissions les plus élevées.

L’impôt sur les sociétés devrait être soumis aussi à un impôt progressif, au lieu du taux unique actuel (33,33 %), tout en lui faisant jouer un rôle incitatif : la progressivité serait modulée en fonction de la part des bénéfices réinvestis par les entreprises dans le développement de l’emploi, de l’outil industriel et de la formation, par rapport aux bénéfices distribués.

===è Vous voulez aussi faire évoluer l’assiette pour augmenter le rendement de l’impôt. Comment ?

--- Jean-Marc Durand. En ce qui concerne l’impôt sur le revenu, il faudrait intégrer au barème les revenus issus des cessions de parts sociales, donc des plus-values financières réalisées. Supprimer aussi le crédit d’impôt instauré par Jean-Pierre Raffarin, en remplacement de l’avoir fiscal, sur les revenus de capitaux mobiliers. Pour ce qui est de l’impôt sur les sociétés (IS), il faudrait revenir sur les dispositifs dérogatoires (niches fiscales, amortissements dégressifs, etc.) qui en rognent considérablement l’assiette. Et qui font que, au final, le taux de l’IS, officiellement de 33,33 %, n’est en réalité que d’environ 15 %. Élargir l’assiette implique également de faire sauter le « bouclier fiscal », dont les plus gros bénéficiaires ne sont pas plus de 95 000 personnes, soit 10 % des revenus les plus élevés en France. La taxe professionnelle devrait, par ailleurs, participer à une réorientation de l’économie, en s’appliquant aux placements financiers. Enfin, je veux souligner que le moyen d’élargir l’assiette et d’augmenter finalement le produit des recettes fiscales passe par le retour à un bon niveau de salaires, à la création d’emplois. Entretien réalisé par Yves Housson. Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-16/2007-01-16-844033

=====> Revue de programmes

Que proposent les principaux partis et candidats à l’élection présidentielle ?

Le parti de Nicolas Sarkozy reste dans le flou. Il suggère de « configurer notre système fiscal en fonction de nos valeurs en encourageant notamment le travail, la prise de risque, la famille ». À l’instar du traité constitutionnel européen, le projet législatif de l’UMP propose de graver la politique fiscale dans le marbre de notre Constitution en y introduisant « un taux maximum de prélèvements obligatoires à l’échelle de la nation ». « La piste de l’exonération totale ou partielle de la résidence principale » dans le calcul de l’ISF est avancée pour les ménages qui « n’ont pas de fortune » par ailleurs. L’impôt sur les sociétés serait également réduit. Ces deux dernières dispositions figurent également dans les objectifs du Front national qui veut baisser la taxation des entreprises jusqu’à seulement 10 % du bénéfice. Jean-Marie Le Pen, qui rêve d’une disparition pure et simple de l’impôt sur le revenu (lire l’Humanité d’hier), commencerait par - diminuer le nombre de tranches (quatre, de 0 % à 20 %). À l’UDF, le - programme fiscal est pavé de bonnes intentions dont les mots clefs sont « stabilité », « harmonisation », « simplification » et « écologie ». Concernant l’ISF, François Bayrou est - partisan d’« un prélèvement de seulement 1 pour 1 000 sur les patrimoines au-dessus de 750 000 euros, (qui) - rapporterait 3 milliards, à peu près l’équivalent de l’ISF - aujourd’hui ». Le Parti socialiste veut rendre la « fiscalité plus redistributive et plus transparente ». La méthode : instaurer un « impôt citoyen » né de la fusion de l’impôt actuel sur le revenu et la CSG, précédée par une harmonisation de ces deux prélèvements, la suppression des niches fiscales - inefficaces et l’intégration de la prime pour l’emploi à la CSG. Le PS reviendra sur les réductions d’impôt accordées depuis 2002 aux hauts revenus et supprimera le bouclier fiscal. De son côté, Ségolène Royal a affirmé qu’il n’y aurait « pas de fiscalité nouvelle qui décourage le travail ou l’effort ».

Pour Marie-George Buffet, unes des visées de la grande réforme fiscale à mener est « d’aller vers le doublement de la part des prélèvements progressifs dans les recettes budgétaires, et de réduire corrélativement le poids des contributions proportionnelles, comme la TVA, particulièrement injustes et inefficaces ». Plus précisément, le nouveau barème de l’impôt sur le revenu passera de 5 à 9 tranches, le taux marginal sera relevé à 55 %, et un minimum imposable instauré à 18 000 euros net. Le taux de la TVA sur les produits de première nécessité atteindra progressivement le niveau zéro. L. T.

Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-16/2007-01-16-844032

=====> Royal contre la hausse des impôts

Parti Socialiste. la candidate à la présidentielle se prononce pour un simple rééquilibrage des prélèvements obligatoires. Ségolène Royal, a pris le contre-pied de François Hollande sur la question de la fiscalité. Alors que le premier - secrétaire du PS s’est déclaré favorable, en cas de victoire lors des échéances électorales, à une hausse des impôts pour les revenus se - situant au-delà du seuil de 4 000 euros nets par mois et par personne, la candidate socialiste a affirmé qu’« il n’y aura pas de fiscalité nouvelle qui sera interprétée comme un élément qui décourage le travail et l’effort ». Expliquant « que la question fiscale est au service d’un projet national », elle a précisé ses intentions. « II faudra rééquilibrer la fiscalité, l’alléger sur le travail, et peut-être la renforcer sur le capital si l’on veut résorber les déficits », soutient-elle. « Mais, prévient-elle, cela se fera sans augmentation des prélèvements obligatoires, dans une autre répartition ». Autrement dit, hors de question, en cas de victoire à la présidentielle, d’augmenter les - impôts, même pour les plus aisés, comme a semblé le suggérer François Hollande. Ségolène Royal a enfin annoncé avoir confié une mission sur la fiscalité à Dominique Strauss-Kahn et au député fabiusien, Didier Migaud, « pour établir un diagnostic et des propositions sur l’efficacité de la dépense publique » et « sur les réformes du système de prélèvements favorables à l’emploi, au pouvoir d’achat, à la justice sociale, à l’efficacité économique et à l’innovation ». Si la candidate a pris soin de ménager le premier secrétaire de son parti, en se déclarant « comme François Mitterrand, (...) respectueuse de la liberté d’opinion », son entourage n’en a pas fait de même. Ainsi, le numéro 2 du PS, François Rebsamen qui est également son codirecteur de campagne, a prévenu que la « candidate a sa liberté, son rythme de campagne, sa stratégie et rien ne l’en fera dévier ». Et de conclure par un rappel à l’ordre : « Le premier secrétaire du PS, lui, est le gardien vigilant du projet mais il ne faut pas aller plus loin que le projet ». Ces divergences entre socialistes ont fait le bonheur de la droite. Ainsi, L’UMP a dénoncé la « fiscacophonie actuelle du Parti socialiste ». Le parti présidé par Nicolas Sarkozy et la plupart de ses dirigeants ont réaffirmé leur engagement en faveur de nouvelles baisses de l’impôt sur le revenu et sur l’ISF.

Pierre-Henri Lab. Article paru dans l'édition du 15 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-15/2007-01-15-843951

=====> Quand le porte-parole désinforme

En alimentant une polémique à propos de la proposition de François Hollande de revenir sur les baisses d’impôt à partir d’un revenu mensuel de 4 000 euros (voir l’Humanité de samedi), Jean-François Copé, le porte-parole du gouvernement, a été pris en flagrant délit de désinformation. D’abord par la direction de la SNCF : non, un conducteur de TGV ne gagne pas 4 000 euros, mais 3 400 euros nets, primes comprises en fin de carrière. Par la FSU : non, un professeur certifié ne termine pas sa vie professionnelle à 4 100 euros, mais à moins de 3 000 euros. Par cette controverse, l’UMP veut faire oublier qu’en France, le salaire médian est inférieur à 1 500 euros, que 40 % de la population dispose d’un revenu de 980 à 1 300 euros. Ajoutons, pour l’édification de M. Copé, les sept millions d’hommes et de femmes qui reçoivent moins de 800 euros, les deux millions d’enfants vivant dans la pauvreté... Le débat sur une fiscalité plus juste mérite mieux que les divisions entre salariés, suscitées par une droite qui a multiplié les cadeaux fiscaux aux plus riches. Mieux également que l’ambiguïté de Ségolène Royal assurant qu’« il n’y aura pas de fiscalité nouvelle qui décourage le travail ou l’effort ». Les thèmes ne manquent pas : sur un nouveau barème augmentant le nombre de tranches de 5 à 9, pour assurer une meilleure progressivité ; sur l’ISF que l’on pourrait doubler, voire tripler pour les plus grandes fortunes ; à propos de l’impôt sur les sociétés, à moduler selon que les bénéfices iront davantage à l’emploi ou aux actionnaires ; de la baisse ou même de la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité. Une autre fiscalité est possible, hors des clous de tous les libéralismes. Article paru dans l'édition du 15 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-15/2007-01-15-843953

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

111) Sans-papiers : Les deux papas algériens ont retrouvé leurs enfants

À Vitry et à Ivry, la mobilisation des enseignants, des parents, des élus a porté ses fruits. Deux pères de famille ont échappé à l’expulsion. Ce n’est pas en Algérie que Hocine Ghafsi s’est retrouvé, mardi matin, mais chez lui, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), où sa famille séjourne depuis 2003. Sans papiers, ce père de trois enfants a été remis en liberté, après avoir passé une semaine en centre de rétention à Créteil. Il devait être expulsé vers son pays d’origine mais une décision rendue par le tribunal administratif de Melun a annulé l’arrêté de reconduite à la frontière (APRF) dont il faisait l’objet. Au cours de cette même audience, Ali Taleb, lui aussi père de famille résidant à Ivry, et lui aussi défendu par un mouvement de solidarité, a bénéficié de la même décision de justice. Ce jour-là, se trouvaient aux côtés de ces deux hommes des militants de la FCPE, de RESF, des enseignants (qui avaient débrayé pour l’occasion) et des élus locaux. Des soutiens qui ont sans doute permis cette « première victoire », estime Aude Desneux, membre de la FCPE. « Il faut maintenant se battre pour leur régularisation », précise-t-elle. En décembre dernier, l’un des enfants de Hocine Ghafsi avait été parrainé, avec d’autres gamins, lors d’une réception organisée par la municipalité. L’enfant n’a pas manqué d’alerter sa marraine, enseignante à l’école primaire Montesquieu, de l’arrestation de son père, le 8 janvier dernier, au cours d’un contrôle de police. Le lendemain, l’homme était placé en centre de rétention. Hocine Ghafsi avait effectué une demande de régularisation dans le cadre de la circulaire Sarkozy. Or celle-ci avait été rejetée alors que son dernier gamin est né sur le territoire français. La mobilisation s’est de suite mise en branle. Vendredi soir, plus de 300 personnes, selon la FCPE, s’étaient rassemblées devant l’école Montesquieu, où est scolarisé l’un des enfants. Alain Audoubert, le maire (PCF) de Vitry-sur-Seine, a envoyé, lundi, un courrier au préfet lui demandant de « bien vouloir intervenir à titre humanitaire afin que le nécessaire puisse être fait pour l’intégration effective ». Vendredi prochain, à 18 heures, les militants lancent un nouvel appel à un rassemblement devant l’établissement. « Nous voulons faire pression pour que M. Ghafsi obtienne ses papiers, explique Aude Desneux. Ce sera aussi une bonne occasion pour fêter sa libération du centre de rétention. Et inciter les autres parents sans titre de séjour à sortir de l’ombre. » Mina Kaci. Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844194

=====> Un rouage de plus dans la machine xénophobe

Expulsions. Depuis le 1er janvier, il est encore un peu plus facile d’expulser les étrangers sans titre de séjour. Une nouvelle abréviation vient d’apparaître dans le vocabulaire déjà passablement ésotérique du droit des étrangers : l’OQTF, l’obligation de quitter le territoire français. Enfant de la loi du 24 juillet 2006 relative à l’immigration et à l’intégration, cette disposition peut être assortie, par les préfectures, à toute décision de refus de titre de séjour prise après le 1er janvier 2007. Elle n’est pas automatique, mais quand elle est prise, elle est valable un an, elle est précisée par la désignation du pays de destination et elle rend l’éloignement forcé exécutoire au bout d’un mois. Ce délai doit permettre soit d’organiser le départ, soit de déposer un recours auprès du tribunal administratif contre les trois décisions : refus, choix du pays et obligation de partir. Les associations de défense des étrangers (1) qui en expliquaient le fonctionnement, avant-hier, insistaient sur le caractère parfaitement dérogatoire au droit de cette disposition et dénonçaient le laps de temps excessivement court pour trouver association et/ou avocat pour organiser un recours qui doit être formulé et motivé avec une telle précision que seuls des spécialistes peuvent s’en dépêtrer. En effet, si le recours est mal formulé et si l’on n’a pas précisé qu’on apporterait, dans les quinze jours, un mémoire complémentaire, le dossier risque de faire l’objet d’une « ordonnance de tri » : il sera refusé sans véritable examen et sans entretien complémentaire. Après, il n’y a plus aucune solution de repêchage, même pas en centre de rétention. Si l’étranger est arrêté avant que le tribunal ne se soit prononcé sur son dossier, il sera conduit en centre de rétention et le juge, unique, aura soixante-douze heures pour rendre sa sentence. Dans les deux cas de figure, les juges se prononceront sur la situation de l’intéressé au moment où la préfecture a décidé le rejet de sa demande. Si, entre-temps, il s’est marié, a eu des enfants, a trouvé une promesse d’embauche, rien de tout cela n’entrera en ligne de compte. Si le refus de titre de séjour, après le 1er janvier, n’est pas assorti d’une OQTF, l’étranger n’est pas en sécurité pour autant. Il tombe alors dans le droit pénal pour séjour irrégulier sur le territoire et encourt, alors, un an de prison et trois ans d’interdiction du territoire. Pour compliquer encore les choses, il faut savoir que les arrêtés de reconduite à la frontière existent toujours et que les préfectures les utilisent pour les refus de séjour liés à la circulaire sur les enfants scolarisés. Une déviation du droit, selon les juristes des associations, qui s’interrogent aussi sur la compatibilité de ces dispositions avec le droit communautaire et fustigent une atteinte systématique au droit à une justice et une défense équitables. (1) Avocats pour la défense des droits des étrangers, Fédération des associations de soutien des travailleurs immigrés, Droits d’urgence, CIMADE, GISTI, LDH, MRAP.

Émilie Rive. Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844195

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

112) Éducation : Professeurs motivés... mais en ordre dispersé

Décidées à agir, les fédérations syndicales sont divisées sur les dates. La FSU appelle à une manifestation nationale demain à Paris. L’année 2006 s’est finie dans une unité quasi inédite. La bataille de l’école 2007 s’engage en ordre dispersé. Manifestation nationale, demain, à Paris (1), à l’initiative de la FSU, pour la défense de la qualité de l’enseignement. À ses côtés, seulement, la FAEN, le SNALC-CSEN et le SNETAA. Les autres fédérations - et pour tout dire les principales après la FSU - que sont la FERC-CGT, l’UNSA éducation et le SGEN-CFDT, n’ont quant à elles pas embrayé. Question de calendrier et de manière de faire. « La problématique de la casse des services et des métiers est la même dans toute la fonction publique », explique Richard Béraud, secrétaire général de la FERC-CGT, qui plaide pour concentrer les forces sur la grève programmée, le 8 février prochain, dans la fonction publique. Par ailleurs, « une manifestation nationale n’est intéressante que si elle intervient après une large mobilisation », note-t-il. Argument partagé à l’UNSA éducation, qui regrette que les parents d’élèves ne soient pas associés. Et déplore, en coeur avec la CGT, l’unilatéralisme de la FSU. Volontarisme ? « C’est vrai que nous avions décidé depuis décembre d’appeler à une manifestation nationale », admet Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU. Mais les coups portés contre l’école autant que la période justifient d’agir vite, argumente-t-il. « Notre objectif est double : dire stop à la casse de nos métiers et porter des propositions dans le débat public. » Pas d’antinomie entre période électorale et action syndicale, estime-t-il. « La preuve avec la journée du 18 décembre dernier. » Un enseignant du secondaire sur deux s’était mis en grève ce jour-là, succès en grande partie redevable à l’unité totale des quinze syndicats du secondaire, ce n’est donc pas le cas cette fois. Quoi qu’il en soit, la FSU n’a pas lésiné sur les moyens. Douze TGV et une cinquantaine de bus ont été réservés pour acheminer entre 10 000 et 15 000 participants de province. En outre, les CGT éduc’action (2) du Nord, de l’académie de Versailles et du Lot-et-Garonne ont annoncé leur participation, de même que la FCPE du Val-de-Marne. Enfin une chose est sûre : la suppression de plus de 5 000 postes l’an prochain, les projets de bivalence disciplinaire, la remise en cause du professionnalisme des enseignants... Tout cela a échaudé les troupes. Ainsi, en Seine-Saint-Denis, où plusieurs appels à faire grève dans le primaire et le secondaire ont été lancés pour la semaine prochaine (3). (1) Place Denfert-Rochereau, à 14 heures. Arrivée place de la Bastille. (2) UNSEN-CGT. (3) Le 25 janvier dans les collèges et les lycées, à l’appel du SNES-FSU, la CGT éduc’action, de SUD éducation et de la CNT. Grèves tournantes dans les écoles entre le 22 et le 26 janvier, à l’appel du SNUipp-FSU. Marie-Noëlle Bertrand. Article paru dans l'édition du 19 janvier 2007. http://www.humanite.fr/journal/2007-01-19/2007-01-19-844272

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

113) Un Montpellier-Paris pour sauver la viticulture

Agriculture. À l’initiative du collectif Paysans toujours, cinq tracteurs vont traverser la France pour interpeller les responsables politiques. Montpellier (Hérault), correspondant régional. Montpellier-Paris en tracteur. Un périple de quatre jours pour une seule idée : sauver la viticulture. Ce matin, donc, face à l’hôtel de région, cinq tracteurs vont s’ébranler vers la capitale. Le soir même ils feront étape à Marvejol (Lozère). Le lendemain à Saint-Pourçain (Allier). Dimanche une halte est prévue à Blois avant de gagner Paris le lendemain, où ils espèrent encore être reçus à l’Élysée malgré le silence qui a suivi leur demande, ainsi que par les groupes parlementaires et les candidats à l’élection présidentielle. Dans leur besace, ils emportent des produits régionaux et un message : « Ce que nous voulons, c’est défendre notre agriculture méridionale et vivre de notre travail. » Cette initiative, qui attend une forte couverture médiatique, a été organisée par Paysans toujours, regroupant les collectifs de viticulteurs de l’Hérault, du Gard et de l’Aude, en marge des structures syndicales traditionnelles. Leurs revendications : inscription du vin dans la Constitution comme produit alimentaire, autorisation de la publicité, instauration de contrôles systématiques sur les vins importés, fin des aides pour les entreprises importatrices, mise en place d’une préférence nationale viticole, instauration de prix garantis par catégories de vins en concertation avec les négociants et la grande distribution. Alors qu’il a effectué, depuis trente ans, un changement radical dans ses méthodes et la qualité, le vignoble du Languedoc-Roussillon, le plus vaste au monde, traverse l’une des crises les plus graves de son histoire. Les cours chutent dramatiquement en raison notamment d’une concurrence mondialisée et souvent déloyale. L’immense majorité des viticulteurs, particuliers ou coopératifs, subissent des pertes de chiffres d’affaires. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à constituer des dossiers de demande de RMI. Certains évoquent même le spectre de 1907, terrible année de crise, surtout marquée par la révolte des vignerons. 2007 ne s’annonce pas encore sous le signe du grand chambardement. Mais, prévient le collectif Paysans toujours : « Ce qu’a annoncé Dominique de Villepin lors de son passage dans le département est insuffisant. S’ils ne réagissent pas avec cette action bon enfant, il risque de se passer quelque chose. » Christophe Deroubaix. Article paru dans l'édition du 19 janvier 2007.

http://www.humanite.fr/journal/2007-01-19/2007-01-19-844252

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

114) Démographie : Selon la Direction de la population et des migrations, le nombre des immigrés arrivés en France en 2004 et 2005 a baissé.

L’immigration a amorcé une légère baisse entre 2004 et 2005, après s’être ralentie entre 2003 et 2004. Une inflexion qui serait due essentiellement à la diminution du regroupement familial, selon le rapport annuel de la Direction de la population et des migrations, publié vendredi. Cependant, tempère son directeur, Patrick Butor, « c’est toujours à ce titre que les étrangers obtiennent le plus fréquemment un titre de séjour permanent ». Ainsi, en 2005, sept personnes sur dix (95 400) ont eu leur sésame grâce au regroupement familial. Cela représente tout de même une baisse de 7 % par rapport à 2004. La tendance à la baisse est intervenue après huit ans de hausse continue. Selon Patrick Butor, la régularisation massive de sans-papiers intervenue sous le gouvernement Jospin en 1998 avait accéléré le regroupement familial. Se situant à un peu plus de 30 000 personnes annuellement depuis 1995, il a pratiquement doublé en 2000 (64 000) et triplé en 2004 (103 000). Concernant l’immigration « de travail », le rapport note un mouvement inverse, soulignant que le premier choc pétrolier avait porté « un coup d’arrêt » à l’entrée de travailleurs permanents, qui se chiffrait à 132 000 personnes en 1993. Or, depuis deux ans, on observe une légère augmentation : 7 041 entrées en 2004 et 8 920 en 2005. Dix mille quatre cents étrangers ont été admis à titre provisoire cette même année. On compte donc sur l’immigration choisie, chère à Nicolas Sarkozy, pour transformer considérablement la situation dans ce domaine. Patrick Butor a, en effet, estimé qu’avec les nouvelles dispositions législatives - notamment la carte « talents et compétences » - l’entrée de travailleurs qualifiés serait facilitée . Si bien qu’on pourrait arriver prochainement à « un triplement de l’immigration de travail ». La France compte globalement 3,4 millions de migrants, dont la grande majorité (60 %) vit en île-de-France, en région lyonnaise et en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Parmi cette population, 57,1 % sont Africains - dont 48 % de Maghrébins -, 29,9 % sont de nationalités européennes, 10,5 % de nationalités asiatiques et 1 % sont originaires du Sud-Est asiatique. Enfin, en 2005, 155 000 personnes ont acquis la nationalité française, ce qui porte à un million le nombre de nouveaux Français depuis 1999. Mina Kaci. Article paru dans l'édition du 15 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-15/2007-01-15-843970

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

115) Droit social : Prud’hommes : les syndicats veulent geler les décrets

Ils critiquent la réforme de l’indemnisation des conseillers. Dans un bel élan unitaire, les unions régionales CGT, CFDT, CFTC, FO, CFE-CGC, UNSA et Solidaires ont demandé hier au gouvernement de ne pas promulguer les décrets d’application d’une réforme de l’indemnisation de l’activité prud’homale. Ce texte, inséré dans la loi sur la participation du 30 décembre, prévoit notamment le plafonnement du temps consacré à la rédaction des jugements. Cela « remettrait en cause la qualité des décisions des conseils des prud’hommes », ont déclaré les syndicats lors d’une conférence de presse. « Les conseillers élus devraient rédiger leurs jugements en trois heures, alors qu’ils ne bénéficient que de six semaines de formation par mandat de cinq ans, et que les affaires sont de plus en plus complexes », ont-ils ajouté. Les syndicats demandent l’ouverture des négociations portant, entre autres, sur la reconnaissance et l’indemnisation de « toutes les activités juridictionnelles et administratives et des frais de déplacement ». Ils envisagent un rassemblement « uni-taire » devant le ministère de la Justice à Paris, le 14 février, jour de la Saint-Valentin, pour clamer que « la justice prud’homale nous l’aimons ». « Le conseiller prud’homal de base n’a pas de greffier pour rédiger ses jugements », a rappelé André Legault (CGC). Les juges pro- fessionnels peuvent pren- dre « autant de temps qu’il est nécessaire », a ajouté Jacqueline Becker (FO), soulignant « l’injustice flag- rante » de cette réforme qui montre un « réel mépris » des prud’hommes. Il y a 271 tribunaux, 14 600 conseil- lers, pour traiter 200 000 affaires par an, a indiqué le représentant de l’UNSA. « C’est une des juridictions les plus au fait des questions sociales. » Pour Jamila Mansour, présidente (CGT) du conseil des prud’hommes de Bobigny, « les conseillers, qui sont élus, n’ont pas toujours fait des études de droit. Il est impossible pour eux de rendre des jugements de qualité en trois heures. La seule étude d’un dossier peut prendre plusieurs heures ». Elle estime que la réforme « traduit un manque de respect pour les justiciables, qui sont majoritairement des salariés : des jugements de mauvaise qualité, peu pédagogiques, seront plus souvent frappés d’appel, or nos jugements sont aujourd’hui confirmés à 70 % par les cours d’appel ». Jamila Mansour annonce que, « dans l’état actuel des choses, aucun conseiller salarié ne sera candidat aux présidences de sections ou d’audience lors de l’assemblée générale qui doit se tenir le 5 février ». Traduction : sans président, les audiences ne pourront se tenir, « nous allons devoir arrêter les audiences à Bobigny ». L. B. Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844184

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

116) Précarité : « J’ai travaillé gratuitement pendant deux mois »

Embauchée en CNE puis en formation payée par les ASSEDIC, cette salariée a été remerciée brutalement après avoir refusé des heures supplémentaires. Cette fois-ci, elle se retrouve de l’autre côté de la barrière. Conseillère prud’homale CGT à Paris depuis 2002, et plus jeune conseillère de France avec ses vingt-neuf ans, Myriam Attieh-Calderon vient de saisir les prud’hommes de Créteil pour rupture abusive de CNE (contrat nouvelle embauche), dans une affaire l’opposant à la société World GSM. Cette petite entreprise de vente de téléphones portables par Internet, basée dans le 15e arrondissement de Paris, embauche la jeune femme le 4 septembre dernier, en CNE. « Je connaissais la précarité liée à ce contrat, mais après un an et demi de chômage, ma priorité était de travailler », raconte Myriam Attieh-Calderon. Première entorse, elle passe ses journées à répondre aux appels téléphoniques des clients, alors qu’elle a signé un contrat pour un poste d’administratrice des ventes. Après dix jours de travail, la directrice de la société, Mme Ainouz, lui propose de l’intégrer à un dispositif de formation financé par les ASSEDIC. Cette « action de formation préalable à l’embauche » (AFPE) prévoit que le chômeur suit une formation de trois mois maximum dans l’entreprise, laquelle, « si le niveau requis est atteint », doit ensuite l’embaucher en CDI ou en CDD d’au moins six mois. Un système plus qu’intéressant pour la société : elle perçoit jusqu’à 1 500 euros des ASSEDIC en compensation des frais de formation, et ne verse rien au chômeur qui continue de toucher son allocation chômage. « Je ne voulais pas entrer dans ce dispositif puisque j’avais déjà un contrat de travail, affirme la jeune femme. Mais je n’ai pas eu le choix. Le 18 septembre, nous avons signé une convention AFPE pour deux mois de formation. Comme une AFPE est normalement préalable à l’embauche, la directrice a déchiré le CNE et nous avons signé un nouveau CNE qui devait commencer le 6 novembre, à l’issue de ma formation. »

===è FORMATION SUR LE TAS

En fait de formation, la salariée affirme qu’elle a simplement « travaillé deux mois gratuitement », en se formant « sur le tas ». Mais fin octobre, un litige l’oppose à la direction. « Mme Ainouz et son frère, PDG de la société, ont convoqué la dizaine de salariés pour nous informer que nous n’aurions plus qu’une heure de pause à midi, ce qui signifiait 42 heures de travail par semaine au lieu des 39 prévues dans le contrat, raconte Myriam. J’ai accepté à condition de récupérer ces heures, ce qui m’a été refusé. Le 30 octobre, j’envoie à Mme Ainouz un e-mail de protestation. Le lendemain, elle m’adresse une lettre mettant fin à la formation, me reprochant mon comportement et mon incapacité à apprendre. Si j’étais si nulle, pourquoi m’avoir gardé deux mois, pourquoi mversé 500 euros de prime en tout ? » Contactée par l’Humanité, la directrice n’a pas souhaité s’exprimer sur cette affaire.

===è la société a occulté deux CNE signés

En mettant fin à l’AFPE, la société a occulté l’existence des deux CNE signés, qui n’ont pas été rompus selon la procédure légale de licenciement. Par ailleurs, le statut de conseiller prud’homal impliquait une demande d’autorisation de licenciement auprès de l’inspection du travail. Autant d’éléments portés devant les prud’hommes par Myriam, qui demande des indemnités pour rupture abusive de contrat et pour travail dissimulé pour la période de deux semaines entre la signature du premier CNE et celle de l’AFPE. La jeune femme a également alerté les ASSEDIC sur l’utilisation abusive du dispositif AFPE par World GSM. Les ASSEDIC ont saisi leur service de prévention des fraudes et alerté l’agence ANPE à l’origine de la convention. La semaine dernière, lors de l’audience de conciliation aux prud’hommes, Mme Ainouz n’a pas voulu transiger. L’affaire passera en septembre en bureau de jugement.

Fanny Doumayrou. Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-16/2007-01-16-844035

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

117) Droit au logement opposable : encore beaucoup de questions

HABITAT. Le texte, présenté hier matin en Conseil des ministres, suscite de multiples interrogations de la part des associations et des autres acteurs du logement. Jean-Louis Borloo souhaite en faire un moyen de pression pour maintenir un rythme élevé de construction de HLM en France. Jacques Chirac voit dans ce nouveau droit « un progrès social tout à fait considérable » et un « formidable levier pour l’action ». Toutefois, et pour nombre d’associations, le projet de loi sur le droit au logement opposable, présenté hier matin en Conseil des ministres, suscite plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

===è Inquiétudes sur le financement

« Pour sortir de la crise du logement, il ne suffit pas de mettre en oeuvre des mesures juridiques. Tout d’abord, il faut s’interroger sur les raisons de cette crise. Depuis de nombreuses années, l’État se désengage financièrement du logement, les aides à la pierre s’amenuisent, les cadeaux fiscaux se multiplient et la spéculation immobilière sévit avec force. Il faut analyser cet ensemble d’éléments et prendre des mesures en conséquence », explique ainsi Jean-Pierre Giacomo, président de la Confédération nationale du logement (CNL). Or, poursuit-il, « le budget logement est en baisse de 4,4 % en 2007 (en tenant compte de l’inflation) et les crédits alloués à la construction de l’offre locative sociale et à l’amélioration du patrimoine social sont en diminution de 1 million d’euros ». Et de se demander « comment le gouvernement financera » les 80 000 logements véritablement sociaux (PLAI, PLUS) en 2007, annoncés lundi dernier par Jean-Louis Borloo, « qui représentent un budget de plus de 100 millions d’euros ». Le mouvement HLM (lire ci-après) ne dit pas autre chose quand il demande de mettre « impérativement » en place les financements publics nécessaires à la « création d’une offre nouvelle importante d’hébergements et de logements très sociaux ».

===è Droit au logement ou à l’hébergement ?

Ce projet de loi n’est qu’« une étape d’un processus qui devra être accompagné, à court terme, par des mesures concrètes pour son effectivité », souligne la Fondation Abbé Pierre, qui prévient qu’elle sera « attentive au débat parlementaire et restera vigilante afin que l’objectif affiché (...) ne soit pas uniquement incantatoire ». Là encore, la « production massive de logements à loyer accessible, mieux répartie sur le territoire », est mise en avant comme « la première des conditions indispensables à la résorption de la pénurie actuelle, estimée à 800 000 logements ». Des réserves quant aux publics visés sont également émises par la « plate-forme pour un droit à un logement opposable » regroupant plusieurs dizaines d’associations. « Le danger, résume Paul Bouchet, du Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées et membre de la plate-forme, c’est de faire un droit pour les pauvres et seulement pour eux alors que ce droit doit concerner tout le monde. De plus, nous voulons l’assurance que ce droit soit un véritable droit au logement opposable et non un simple droit à l’hébergement opposable. » Enfin, rappelle l’Association des maires des villes et banlieues de France, le droit au logement opposable ne pourra se faire que si des logements à bas prix sont construits « prioritairement dans les secteurs où la pression est forte et dans les communes soumises aux dispositions de l’article 55 de la loi SRU », qui oblige celles-ci à disposer, d’ici à 2020, de 20 % de logements sociaux.

Cyrille Poy. Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844190

=====> Le logement « grande cause nationale » ?

L’Union sociale pour l’habitat (USH), qui regroupe les organismes HLM, demande aux candidats à la présidentielle de faire du logement social « une grande cause nationale ». Il s’agit, selon Michel Delebarre, président de l’USH, de « faire du logement social un élément central de solidarité et non un facteur de ségrégation et d’exclusion ». L’USH refuse ainsi de « réserver les HLM exclusivement aux plus pauvres », y voyant un facteur de « ségrégation aggravée » qui mettrait en difficulté les « ménages pour lesquels les loyers privés sont trop élevés ». Elle précise par ailleurs que « moins de 10 % » des familles logées en HLM dépassent les plafonds de ressource.

Article paru dans l'édition du 18 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-18/2007-01-18-844191

=====> « De belles promesses électorales sans lendemain »

HABITAT. Responsable du logement pour le parti communiste, Nadine Garcia critique le projet de loi sur le droit au logement opposable du gouvernement. Entretien. Le projet de loi sur le droit opposable au logement (DLO), rédigé à la hâte après injonction présidentielle, devait être présenté aujourd’hui en Conseil des ministres. Vieille revendication des associations et de la gauche, le DLO donnerait, à terme, la possibilité aux personnes privées de logement d’un recours devant les tribunaux administratifs.

--- Que pensez-vous du projet de droit au logement opposable annoncé par le gouvernement ?

Nadine Garcia. Le droit au logement opposable peut constituer une avancée importante vers un droit au logement pour tous. Jack Ralite, membre du Haut comité pour le logement des personnes défavorisées, l’a défendu au Sénat, en novembre 2005, face à une droite hostile. Mme Vautrin, lui avait alors répondu qu’« une proclamation de l’opposabilité du droit au logement serait aujourd’hui prématurée et irréaliste ». Le projet du gouvernement fait reposer l’opposabilité sur les collectivités locales avec le risque réel d’aggraver les inégalités territoriales. Car il paraît évident que les communes qui ont historiquement fait le plus d’efforts pour construire des HLM seront les premières pénalisées, puisque ce sont elles qui attirent le plus de demandeurs de logement. Pendant ce temps, Neuilly plafonne à 2,6 % de logement sociaux au lieu des 20 % obligatoires... Le droit au logement doit être opposable à l’État et à lui seul. À lui d’assurer une juste répartition territoriale des HLM - en rendant inéligibles les maires qui ne respectent pas la loi SRU et les 20 % de logements sociaux - et un financement suffisant.

--- Dans l’État actuel du projet, ce droit s’appuie sur les logements du parc social. Comment analysez-vous cette préférence ?

Nadine Garcia. C’est une vision libérale qui réserve le logement social aux plus pauvres. Or le logement social doit être le garant du droit au logement pour tous, de la mixité sociale, de la sécurité pour chacun de n’être jamais à la rue et de ne pas se ruiner pour avoir un toit décent. Alors que presque 70 % des personnes vivant en France remplissent les critères pour accéder aux HLM, le gouvernement préfère donner plus d’argent aux logements privés et intermédiaires, inaccessibles aux deux tiers des demandeurs ! Limiter le droit au logement opposable au parc social, c’est le restreindre à 4,6 millions de logements sur les 12 millions que compte le parc locatif existant.

--- Certains juristes font valoir l’inapplicabilité de ce droit au logement opposable, qui ne serait que purement incantatoire. Partagez-vous ces doutes ?

Nadine Garcia. Aujourd’hui la pénurie de logements sociaux est estimée entre 600 000 et 900 000 unités. Il y a près de 100 000 SDF et 9 millions de mal-logés. C’est le résultat d’une politique ultralibérale ! Passer d’une logique d’objectif à une logique d’obligation de résultat serait une bonne chose si l’État se dotait de moyens financiers suffisants et d’outils publics efficaces pour briser la spéculation foncière et immobilière. Sinon, ce ne sont que de belles promesses électorales sans lendemain. Entretien réalisé par Cyrille Poy. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844116

=====> La France assignée pour infraction au droit au logement

La Fédération européenne des associations nationales de travail avec les sans-abri attaque la France en justice devant le Conseil de l’Europe pour « souligner sa responsabilité dans l’absence d’effectivité du droit au logement ». Selon la Fédération, la France n’a pas rempli les obligations découlant de la charte sociale du Conseil de l’Europe dans laquelle elle s’engageait « à prévenir et à réduire l’état de sans-abri en vue de son élimination » et « à rendre le coût du logement accessible aux personnes qui ne disposent pas de ressources suffisantes ». Il s’agit pour elle d’affirmer que « la protection des droits fondamentaux ne fait pas partie des variables d’ajustement des politiques publiques » mais aussi de « créer une jurisprudence (...) sur laquelle pourront s’appuyer » les individus mal ou pas logés.

Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844115

=====> Le relogement des SDF se met doucement en place

Don quichotte. Plusieurs situations de blocage étaient encore évoquées, hier, dans plusieurs grandes villes de province. Paris n’est pas la France. Si la situation des personnes issues du campement parisien des Enfant de Don Quichotte est en bonne voie de clarification, il n’en est pas de même dans certaines villes de province. Selon Nicole Maestracci, présidente de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS), « Toulouse, Bordeaux, Aix, Marseille, Nice et Lyon mais également Lille et Stras- bourg » constituaient encore hier « un problème ». La nature différente des dispositifs de suivi mis en place dans chaque ville expliquerait, selon elle, ces situations de retard. À Paris, quelque 70 travailleurs sociaux ont été rapidement mobilisés pour faire le point avec les 280 SDF recensés le long du canal Saint-Martin et, dès dimanche, 120 personnes avaient été entendues au cours d’entretiens particuliers. Ce qui est loin d’être le cas ailleurs. À Bordeaux, par exemple, rien n’était encore organisé pour assurer le suivi et le relogement de la soixantaine de personnes du campement des allées de Tourny. « Nous demandons au préfet une table ronde depuis une semaine et il ne nous répond pas », expli-que Nicole, engagée depuis les premiers jours auprès des Don Quichotte. De son côté, la préfecture assure que des contacts ont été pris, tout en confirmant que la date de « la table ronde n’a pas été fixée pour l’instant ». Quant au maire, Alain Juppé, il a tout bonnement refusé l’installation de sanitaires gratuits « car il ne veut pas que ce camp perdure », assure Nicole. La situation paraît tendue à Aix. « Nous avons un souci », reconnaît Virginie Leboeuf, coordinatrice des Enfants de Don Quichotte pour la province. Voyant que le préfet refusait d’évacuer le campement, Maryse Joissains Masini, maire UMP, « a décrété que, dans sa ville, il n’y avait pas de SDF et elle a donc engagé une procédure judiciaire à l’encontre de la personne qui s’occupe du campement pour les dé- loger ». Selon Virginie Leboeuf, le cabinet de Jean-Louis Borloo devrait « remonter les bretelles aux retardataires ». La prise en charge et le relogement des 800 SDF labellisés Don Quichotte n’est donc, semble-t-il, qu’une affaire de temps. Restera ensuite à s’occuper des autres. Selon les associations, la France compterait 86 000 SDF. D’ici là, de l’eau aura coulé sous les ponts et la France, voté. Cyrille Poy. Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-16/2007-01-16-844051

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

118) INSEE et rescensement : Des bébés et un travail, l’exception française

Beaucoup de naissances, un taux de fécondité de deux enfants par femme, la France connaît une grande vitalité démographique. Le nombre record de naissances en 2006 a encore fait grossir la population de France. Nous sommes, depuis le 1er janvier 2007, 63,4 millions d’habitants, selon le bilan démographique de l’INSEE, publié hier. L’Hexagone figure ainsi en tête des pays européens les plus féconds, avec deux enfants par femme en 2006, la moyenne de l’Union étant de 1,52 enfant par femme en 2005. La vitalité démographique observée depuis plusieurs années se confirme et fait de la France une exception dans le Vieux Continent et, au-delà, dans l’ensemble des pays industrialisés, en dépit de la poursuite du vieillissement de sa population. Avec 830 900 naissances (+ 2,9 %), l’Hexagone est revenu au niveau de 1981, alors que le nombre de femmes de 20 à 40 ans ne cesse de baisser. Mais cette augmentation des bébés n’est vraie que pour les mères de 30 ans et plus. Car, comme ailleurs en Europe, les Françaises retardent le moment d’avoir un enfant. En effet, 52,8 % des nouveau-nés (contre 44,3 % en 1996) ont été conçus par une maman âgée d’au moins 30 ans. Une évolution à mettre en parallèle avec une particularité bien de chez nous : le taux d’activité des Françaises est au-dessus de la moyenne européenne, 81 % des femmes étaient actives en 2005, contre moins de 60 % en 1975. Selon l’économiste Rachel Silvera, « l’exception consiste à conjuguer un taux de fécondité élevé avec un taux d’activité fort sans recours massif au temps partiel, comme c’est le cas au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas. On craignait, avec l’augmentation du chômage et l’allongement de la durée des études, que les femmes ne feraient qu’un enfant, or elles ont décalé le moment d’enfanter et en font deux ». Rachel Silvera rappelle que toutes les études montrent que « l’emploi n’empêche pas d’avoir des enfants. Au contraire, c’est parce qu’elles travaillent qu’elles sont en situation plus favorable pour avoir des enfants ». À condition toutefois que « les politiques familiales jouent le jeu », tient à préciser l’économiste. Exception encore : les mouvements migratoires ne contribuent qu’à un quart de la croissance démographique, alors qu’ils représentent 80 % de la hausse de la population de l’ensemble des vingt-cinq pays de l’Union. Mais il n’empêche que la France vieillit de plus en plus. En 2006, nous comptions parmi nous 10,3 millions de personnes âgées de 65 ans et plus. Et, malgré six années de naissances nombreuses, la part des plus jeunes diminue. Ainsi, 25 % des Français ont moins de 20 ans. Mais si l’on vieillit, on vit aussi de plus en plus longtemps. L’espérance de vie a franchi la barre des 84 ans pour les femmes. Les hommes dépassent, eux, l’échéance des 77 ans. Nous vivons ainsi presque un an de plus, en moyenne, que nos voisins. Mina Kaci. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844122

=====> Nouvelle photographie de la France

W La France (métropole et DOM) compte 63,4 millions d’habitants au 1er janvier 2007, et se place au deuxième rang européen des pays les plus peuplés, après l’Allemagne (82,4 millions), devant le Royaume-Uni (60,4) et l’Italie (58,8).

w Il y a eu en 2006 en France 830 900 naissances (+ 2,9 %) et 531 100 décès (- 1,3 %).

W La fécondité était de 2,0 (1,94 en 2005), soit « très probablement » le premier rang européen, mais le nombre de femmes entre 20 et 40 ans, qui sont à l’origine de 95 % des naissances, continue de diminuer (- 28 000).

w 52,8 % des nouveau-nés ont une mère de plus de 30 ans. L’âge moyen à la maternité est de 29,8 ans.

w En 2006, les femmes de 35 ans avaient en moyenne 1,69 enfant, soit moins que leurs aînées au même âge, mais jusqu’à présent les Françaises ont rattrapé leur retard.

w Le vieillissement se poursuit : 16,2 % de la population a 65 ans ou plus (14,6 % en 1994) et 25 % moins de 20 ans (26,7 % en 1994).

w Le nombre de mariages est à son plus bas niveau depuis 1995 : 274 400 mariages célébrés en 2006, soit 8 800 de moins qu’en 2005.

w Dans 8 mariages sur 10, les deux époux se marient pour la première fois, mais cette proportion continue de reculer au profit des remariages.

w Les Français se marient de plus en plus tard : la femme à 29,1 ans en 2005, l’homme à 31,1 ans. Il y a dix ans, c’était 2,2 ans plus tôt.

w 60 500 pacs (pactes civils de solidarité) ont été conclus en 2005, 50 % de plus qu’en 2004. Au total, depuis leur création en novembre 1999, 263 000 pacs ont été contractés. 33 600 ont été dissous.

w L’INSEE a recensé 14 600 personnes sans abri vivant véritablement dans la rue, soit une augmentation de 3 800 personnes par rapport à 1999. Mais ces personnes ne constituent qu’une partie de la population sans domicile, dont l’INSEE avait estimé le nombre à environ 86 000 en 2001.

w La population vivant en habitation mobile terrestre, qui comprend des gens du voyage mais également des travailleurs pauvres, est estimée à 106 000 personnes dont 105 000 en métropole, en baisse d’environ 24 000 par rapport à 1999.

w La France métropolitaine comptait 28,2 millions d’actifs début 2005, dont 24,9 millions de personnes ayant un emploi et 3,3 millions de chômeurs « déclarés ».

w La population active s’est féminisée (47,5 % contre 46,1 % en 1999) et est plus diplômée qu’en 1999, avec une proportion d’actifs ayant au moins le niveau du baccalauréat en hausse de plus de huit points en six ans. Elle est également plus âgée, avec plus de 10 % des actifs âgés de plus de 55 ans contre moins de 7 %, parce que les premières générations nombreuses du baby-boom sont désormais quinquagénaires.

w Parmi les personnes ayant un emploi, qui représentent près de 90 % des actifs, le travail à temps partiel a connu « une très légère augmentation » chez les hommes et un petit recul chez les femmes avec moins de 29 % contre 31 % en 1999.

w Début 2005, le taux de chômage ressort à 11,7 % de la population active, selon les enquêtes

de recensement annuelles

(10,1 % selon l’enquête emploi).

w Les femmes restent davantage frappées par le chômage que les hommes (13,2 % contre 10,2 %) mais l’écart de taux de chômage entre les deux sexes s’est réduit de plus d’un point entre 1999 et 2005.

w Quant aux taux d’emploi,

ils restent encore loin des objectifs fixés en 2000 au sommet européen de Lisbonne, notamment pour les seniors (55-64 ans) avec 37,4 % en moyenne en métropole contre un objectif européen de 50 %.

Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844121

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

119) Les entreprises face au capitalisme : « Des dividendes, contre les emplois »

===è Sublistatic : « Trois fois rachetés... puis jetés à la rue »

Révélation. En menaçant de polluer leur usine pour sauver leurs emplois, les 223 salariés licenciés chez Sublistatic dénoncent ces opérations financières qui ruinent des pans entiers de l’industrie. Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), envoyé spécial. Longtemps, ils n’ont pas reniflé l’odeur du fric. Pas question ou, en tout cas, pas vraiment la question. Les salaires et, même, les bonnes années, des primes : ça tombait, ça roulait, c’était bien, c’était tout. « On est comme tout le monde quand on reçoit de l’argent, confesse aujourd’hui Michel, trente et un ans d’ancienneté. On est des ouvriers, on a bossé, on prend ce qu’on nous donne et on est contents. » Puis, leur entreprise, Sublistatic, à Hénin-Beaumont, inventeur du procédé d’impression par héliogravure de « papier transfert » pour la confection textile, a fini en dépôt de bilan fin juillet 2005, avant d’être mise en liquidation judiciaire avec cessation d’activités le 15 janvier. Depuis le dépôt de bilan, les 223 salariés revisitent la dernière décennie, avec un gros filet d’amertume au coin des lèvres, et, dans les crânes, le sentiment d’avoir été bernés. « Quand on entend parler d’une LBO maintenant, on a tous les warnings qui s’allument et qui clignotent, ricane Jean-Philippe comme pour ne pas avoir à en pleurer. Il y a même des sirènes qui sifflent dans nos têtes. Avec les LBO, on sait maintenant que ça sent le roussi pour les salariés. »

===è Une jacquerie contre les LBO

À travers leur menace de polluer leur usine en profondeur en déversant sur le sol des milliers de litres d’encre et de solvants (lire l’Humanité d’hier), les ouvriers de Sublistatic, licenciés officiellement depuis lundi, tentent en désespoir de cause d’obtenir une perspective de reprise partielle et d’arracher au moins une prime « supra-légale » de 100 000 euros par personne. Mais ils participent aussi à une des premières jacqueries en France contre un système qui, parfaitement légal certes et en pleine expansion à l’échelle du pays, commence à produire ses effets destructeurs pour l’emploi : connu sous les appellations barbares de « leverage buy-out » (LBO) ou « management buy-out » (MBO), le mécanisme de rachat d’entreprises par des groupes financiers et des fonds d’investissements gomme des morceaux entiers du paysage industriel. Dans leur histoire, assez longue malgré tout, pour des temps raccourcis par les guillotines de la finance, les « Sublistatic » ont subi trois LBO, opérées sous la houlette de fonds d’investissement, mais financées, sans aucun apport de fonds propres, par les seules promesses de dividendes à venir.

===è Des dividendes, contre les emplois

Prospère filiale du groupe VEV, l’ex-Lainière de Roubaix, Sublistatic est, à travers une MBO, cédé une première fois en 1991 : à Hénin-Beaumont, les quatre principaux dirigeants de l’usine montent un holding financier qui s’empare de la majorité des actions. « En tant qu’inventeurs du procédé de papier transfert, nous étions un des fleurons de l’ancienne Lainière de Roubaix et, étranglés par leurs dettes au début des années quatre-vingt-dix, ils ont choisi de nous vendre pour les éponger, raconte Joël Dhesdin, cadre chez Sublistatic et spécialiste pour l’intersyndicale de l’histoire financière de l’entreprise. Notre direction a alors expliqué qu’on risquait d’être rachetés par des concurrents et qu’il fallait que les salariés participent à l’opération financière. Environ 175 employés sont entrés dans ce montage. Pour nous, c’était simple : il s’agissait d’assurer la pérennité de l’usine. Mais dès l’année suivante, on a commencé à recevoir des offres de fonds de pension... » En 1994, Sublistatic est revendu, avec de fortes plus-values par le management et quelques miettes pour les salariés ayant investi dans leur entreprise, toujours sous forme de LBO par le fonds Europe Capital Partners (groupe LBO France). « En fait, comme salariés, on a été trop performants, reprend l’expert. Les dividendes, pour nous, ce n’était vraiment pas l’objectif, mais comme les dirigeants de l’époque avaient la majorité des actions, ils pouvaient vendre après quelques années seulement s’ils le décidaient. Et on s’est retrouvé avec des plus-values, peut-être bonnes, mais qui allaient contre nos emplois. » Même topo, en pire, en 2002. « Cette année-là, c’était comme si on avait roulé sur l’or, nos résultats étaient si exceptionnels qu’on avait touché des primes exceptionnelles elles aussi », témoigne Karine Capron, secrétaire adjointe au comité d’entreprise. « Alors que ces dernières années, on produisait environ 40 millions de mètres de papier transfert, on en avait vendu près de 120 millions en 2002 », précise encore son collègue de l’UNSA, Philippe Frémaux. Fin 2002, LBO France décide de vendre Sublistatic au mieux de sa forme. Et hop ! Nouvelle LBO montée par Acland Capital Investments. « C’était nos meilleurs résultats depuis une bonne vingtaine d’années, explique Joël Dhesdin. Et nos actionnaires les avaient attendus pour nous revendre au prix fort ! À chaque LBO, ça a toujours été le même phénomène : pas de projet industriel, peu d’investissements et beaucoup de dividendes ! Acland nous a payés cher et nous a délaissés quand les quotas sur les exportations asiatiques ont été baissés. C’était le moment où il aurait fallu investir mais, eux, ils ne s’intéressaient qu’aux plus-values financières. » À partir de ce moment-là, rongé jusqu’à l’os par les vautours de la finance, Sublistatic était bon pour la casse, passée à la moulinette du tribunal de commerce...

===è Des poursuites judiciaires en perspective

Devant l’ampleur de ce pillage institutionnalisé, les 223 victimes cherchent aujourd’hui le moyen approprié de poursuivre les coupables en justice et, plus globalement, de désamorcer ces bombes lancées contre l’industrie. Des soupçons de montage frauduleux pèsent déjà sur les opérations de LBO effectuées lors des rachats successifs de Sublistatic. « D’une manière générale, je ne vois pas comment on pourrait faire l’économie d’une loi sur ces mécanismes purement financiers, avance Philippe Frémaux. On ne va pas interdire aux fonds de pension ou d’investissements de racheter des usines, mais on doit quand même garantir qu’ils ne vont pas tous nous mettre au chômage pour faire leur beurre à bon compte. Il faut les contrôler un peu quand même et voir ce qu’ils font dans les usines qu’ils rachètent. Si la première chose qu’ils taillent, ce sont les investissements, mieux vaut les arrêter tout de suite pour sauver l’usine... »

Thomas Lemahieu. Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-16/2007-01-16-844087

=====> Reprise du travail chez General Motors

Salaires. Après une semaine de grève, les salariés du site de Strasbourg ont obtenu une augmentation de 75 euros au 1er juin 2007. Hier, ils ont voté la fin du conflit. Strasbourg (Bas-Rhin), envoyé spécial. Plus tôt dans la matinée, les dernières propositions de la direction avaient déjà fait voler en éclats l’unité syndicale affichée depuis le début du conflit. Malgré l’opposition de la CGT, les salariés de General Motors, à Strasbourg (Bas-Rhin), ont finalement voté la fin de la grève, hier en début d’après-midi. Un vote à bulletins secrets, réclamé par la CFDT, et dénoncé par la CGT. « Il est truqué, lâche Ménouba Arbouche (CGT), très déçue. Des non-grévistes sont venus. » Finalement, après une semaine de grève et le blocage de la production pendant deux jours, les salariés ont obtenu une augmentation de 75 euros brut au 1er juin 2007 et l’étalement du non-paiement des heures de grève. Quant au projet d’annualisation des RTT, il a, pour l’instant, été mis de côté par la direction.

===è un conflit d’une rare intensité

« Nous pensons qu’avec 75 euros, on ne peut pas dire qu’on a perdu, cela fait une hausse comprise entre 2,9 % et 5,2 % en fonction des salaires, explique Mohammed Brahimi, délégué CFDT et secrétaire du comité d’entreprise. On veut sortir du mouvement la tête haute. » La direction de General Motors proposait, au départ, une augmentation générale à la date anniversaire du salarié de 0,8 %. « C’est tout de même très positif, concède Ménouba Arbouche. Cela fait bien longtemps que l’on n’a pas eu une telle hausse. » Une « victoire » obtenue après un conflit d’une rare intensité dans l’usine qui produit des boîtes de vitesses. 90 % des 700 ouvriers de la production étaient en grève, des cadres et des techniciens ont débrayé. Ces deux derniers jours, une barricade de fortune faite de palettes, de bacs de plastique, de grosses poubelles empêchait l’entrée et la sortie des camions de livraison. Jour et nuit, plusieurs centaines de salariés se sont relayés pour empêcher les chaînes de production de tourner. Certains ont dormi sur place.

===è le Chantage de la direction

Hier matin avant le vote, les visages étaient fatigués, les voix avaient du mal à se faire entendre par-dessus la sono installée sur le piquet de grève. « Ça devient dur, cela fait une semaine qu’on a arrêté le travail et on n’a pas l’habitude de cette situation », confiait un ouvrier d’une quarantaine d’années. Et ce, malgré les messages de soutien adressés par le conseiller général PS, les responsables locaux du PCF ou encore la FSU du Bas-Rhin et les syndicats de la communauté urbaine de Strasbourg. « Mercredi, on a eu droit à la visite du directeur de GM Europe en personne, raconte Christophe, employé de GM depuis seize ans, cela montre que la grève commence à les déranger sérieusement. Tout à l’heure (hier matin - NDLR), des cadres sont venus nous mettre la pression, nous dire que l’image de l’entreprise va en souffrir... Que si GM donne aux salariés de Strasbourg, les autres sites européens vont demander une hausse des salaires et que ça plombera le groupe. » Au niveau mondial, notamment aux États-Unis, General Motors traverse de fortes turbulences. Dans un communiqué diffusé hier aux salariés, la direction affirmait qu’une poursuite de la grève « aurait un impact certain et irrémédiable sur le futur de notre entreprise ».

« C’est du chantage, la situation de Strasbourg est particulière. L’usine est l’une des seules rentables en Europe (avec un site tchèque) et rapporte des dizaines, voire des centaines de millions d’euros par an à la maison mère, assure David Poirot, de la CGT. Les salariés ont consenti de gros efforts ces dernières années : la valeur ajoutée par heure et par salarié est passée de 41 euros en 2000 à 75 euros en 2004, la production a augmenté alors qu’on est passé de 2 100 à 1 500 salariés. On veut juste récupérer une petite part de ces gains. » Les derniers grévistes de Strasbourg doivent reprendre le travail ce matin. Paul Falzon (à Strasbourg), avec Lénaïg Bredoux. Article paru dans l'édition du 19 janvier 2007.

http://www.humanite.fr/journal/2007-01-19/2007-01-19-844260

=====> Les salariés de l’usine Sublistatic maintiennent la pression

Un projet de redémarrage partiel est à l’étude, mais les licenciés veulent surtout une prime de 100 000 euros. Envoyé spécial. Au petit matin, hier, les gars se gèlent gentiment devant l’usine. L’occupation de Sublistatic continue, à la dure, entre bidons d’encre et feux de pneus. Un ouvrier n’y tient plus : il veut se jeter un café brûlant dans le gosier. Mais, à l’accueil, un cri strident le stoppe net dans son élan : Martine nettoie l’usine et, avec elle, il est tout bonnement hors de question de marcher tant que c’est pas sec. En arrière toute et, dans la bise, les gaillards sortent l’arsenal de blagues : « Ah ça, Martine, elle est avec nous et heureusement ! Car, quand on l’énerve, elle peut coller la frousse à 200 CRS... » En un clin d’oeil, la plaisanterie conjure le spectre d’une intervention policière dans cette usine que les salariés menacent toujours de polluer en déversant des milliers de litres d’encre et de solvants.

Pour l’heure, les « Sublistatic » maintiennent la pression. D’autant que, jusqu’ici, cette modalité d’action, spectaculaire et sensationnaliste, a permis de détourner l’itinéraire de leur enterrement programmé ce lundi. Hier, en fin d’après-midi, une nouvelle réunion, organisée dans la discrétion, devait rassembler les salariés, les représentants des collectivités territoriales et les autorités préfectorales. Plusieurs pistes de poursuite de l’activité sont désormais explorées : un redémarrage en SCOP ou une reprise partielle par le groupe roumain Fian System. Sur le volet social, les ouvriers revendiquent toujours une prime exceptionnelle de 100 000 euros. « On va demander au préfet et à la région de discuter sérieusement de notre prime, promet Philippe Frémaux avant de rentrer en négociation. Ils continuent de se renvoyer la balle : à les écouter, c’est toujours aux autres de financer, mais ça ne peut plus durer. » Pour l’heure, d’après l’intersyndicale UNSA-CFTC-CGT, le conseil régional se serait d’ores et déjà engagé à financer toutes les formations demandées par les salariés licenciés chez Sublistatic. T. L. Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-16/2007-01-16-844023

=====> Les salariés de Metzeler contre le plan social

Automobile. L’équipementier a annoncé 310 suppressions d’emplois sur son site de l’Eure. Une partie de la production pourrait être délocalisée. Charleval, Fleury-sur-Andelle (Eure), envoyée spéciale. Quelques boutiques ont tiré leur rideau, accroché à leur porte une affichette en - solidarité et fermé pour une heure. Des curieux, à la sortie de la boulangerie, reconnaissent et saluent un voisin, un parent. Dans la petite vallée très industrielle de l’Andelle, à une trentaine de kilomètres de Rouen, on dit que « quand Metzeler tousse, c’est la - vallée qui s’enrhume ».

===è Délocaliser vers la Tunisie

Samedi matin, entre Charleval et Fleury-sur-Andelle (Eure), près de 800 personnes, salariés et élus locaux, militants du PCF et de la LCR, ont défilé contre les 310 suppressions d’emplois annoncées par la direction de l’équipementier automobile, soit plus du tiers de l’effectif. Metzeler, spécialisé dans les joints en caoutchouc, est le premier employeur de la vallée - 180 communes sont concernées - et le deuxième du - département. Comme beaucoup d’entreprises du secteur, sur un marché atone, Metzeler souffre des baisses de commandes des constructeurs français, Renault et Peugeot-Citroën. Certains modèles tombent en obsolescence, sans être remplacés. Selon la direction, l’équipementier aurait perdu « 30 % » de son chiffre d’affaires en deux ans. Conséquence, sous la pression des donneurs d’ordres, la décision a été prise de délocaliser vers la Tunisie une partie de la finition, l’activité la plus gourmande en main-d’oeuvre, d’ici à 2008. « Les chiffres de la direction sont truqués, - dénonce Olivier Martin, - secrétaire de la Coordination démocratique des travailleurs Metzeler, le syndicat majoritaire. Ils sont artificiellement gonflés, les productions en fin de vie concernent une centaine de personnes, pas 310 ! » Derrière lui, le mégaphone à la main, Yamina chante et scande à tue-tête, sans arrêt : « Metzeler, en colère » ou, sur un air d’Alan Stivell, « Dans la vallée / de l’Andelle / dans la vallée / bientôt y aura plus de boulot. »

====è les actionnaires « ont tout pompé »

Nombreux sont les salariés à craindre, à terme, une fermeture du site. « Du jour où cette entreprise a été - reprise par des actionnaires, ils ont tout pompé », estime Frédéric, dix-huit ans d’ancienneté et nostalgique d’une « boîte familiale où les - patrons étaient aussi impliqués que nous ». Metzeler, qui, selon son site Internet, emploie 10 000 personnes dans le monde, réparties dans 30 usines, et réalise plus de 900 millions de dollars de chiffre d’affaires, est, depuis 2000, la propriété du fonds d’investissement CVC. « On a des chefs intérimaires, - raconte Dominique, cinquante et un ans, dont trente-cinq passés dans l’usine. Le directeur actuel est là pour une mission de huit mois. Ils ne connaissent rien au produit, il y a des tonnes de - déchets. » L’ouvrière, brune, coupe courte, quelques discrètes mèches violettes, est en dépression depuis trois mois. « C’est presque devenu l’armée, on n’a plus de pause-café, de cigarettes, c’est le stress toujours, et en plus, on ne sort rien de bon. »

===è L’appel aux politiques

Un peu à l’écart, le long du trottoir, sans autocollant ni banderole, Sonia, quinze ans d’ancienneté, lâche doucement son amertume : « On veut tout nous enlever dans la vallée, avec ces actionnaires qui s’en mettent plein les poches et puis je n’ai rien contre les étrangers, mais, à la fin, y en a marre. Ils prennent tout notre boulot. Et le gouvernement s’écrase. » « Non, non, à la délocalisation », le slogan résonne jusqu’à la banderole du syndicat SUD, « pour le droit au travail en France », et un - comité de mobilisation qui prône l’interdiction des - licenciements. L’appel aux politiques est omniprésent. « Au-delà de la direction de Metzeler, il faut mobiliser les politiques pour inverser la tendance », explique Patrick Bridoux, délégué FO. Conforté par Alain Le Guen (CGT) : « Ou la France - deviendra un pays touristique, sans industrie. » Lénaïg Bredoux. Article paru dans l'édition du 15 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-15/2007-01-15-843964

=====> Régularisation des anciens salariés de Modeluxe

Blanchisserie. Les dix-huit sans-papiers de Chilly-Mazarin licenciés ont été régularisés par la préfecture de l’Essonne. Ils demandent à être réintégrés .

Ils sont tous volontaires pour la photo. Tout sourire, ils se prêtent à l’exercice dans le hall d’entrée de la Bourse du travail de Massy (Essonne), sous la houlette de Raymond Chauveau, le responsable de l’union locale CGT. « Attendez, attendez, je vous montre mon papier ! » Quelques-uns sortent de leur poche le précieux sésame bleu et brandissent devant les journalistes le récépissé de demande de carte de séjour, photo d’identité à gauche, et sur lequel est écrit : « Il autorise son titulaire à travailler. » Les dix-huit salariés sans papiers de la blanchisserie Modeluxe de Chilly-Mazarin, dans l’Essonne, ont tous été régularisés - les derniers ont appris la nouvelle jeudi 11 janvier, a annoncé, hier, la CGT. Leur licenciement, à la fin du mois de septembre, par la direction qui leur reprochait d’avoir produit de faux documents pour se faire embaucher, avait provoqué une grève de huit jours de l’ensemble de l’entreprise. « Tout le monde savait qu’ils étaient sans papiers, commente Raymond Chauveau, la direction était au courant, la préfecture était impliquée. Chacun a pris ses responsabilités. » C’est donc le soulagement qui prévalait, hier, à Massy. Ibrahima, par exemple : « J’ai su le 11 janvier, à 9 h 30. C’était une surprise ! Mon dossier était difficile parce que je travaillais avec les papiers de quelqu’un d’autre depuis cinq ans. Je suis vraiment content. » Luis, quarante-cinq ans, régularisé le 5 décembre dernier, a déjà contacté l’ANPE, les Assedic, répondu aux offres d’emploi et démarché les agences d’intérim. Il va pouvoir déposer une demande de logement et de regroupement familial pour sa femme et ses huit enfants, restés en Guinée.

Tous ne pensent qu’à une chose désormais : retrouver du travail. « C’est vraiment dur, on ne sait pas comment on va manger, reprend Ibrahima. On est là pour travailler, pas pour dormir ou faire des bêtises. Si je ne peux pas envoyer de l’argent au pays, comment on va faire ? » Sa jeune femme de dix-neuf ans, enceinte, vit au Mali. Malgré des conditions de travail difficiles, les 18 de Modeluxe demandent leur réintégration dans la blanchisserie. « Puisqu’on a nos papiers, on veut y retourner, explique Idrissa. La direction (*) a bien profité des avantages des sans-papiers. » Pour l’instant et selon la CGT, elle refuse de les réembaucher en avançant des difficultés économiques. La grève de l’automne aurait causé la perte de 30 % de ses clients. « Mais Modeluxe a déjà licencié 14 % de son effectif avec les sans-papiers ! », rappelle Raymond Chauveau. Une procédure est en cours au conseil des prud’hommes de Longjumeau, les anciens salariés attendent qu’une date d’audience soit fixée. « Notre objectif est de prouver que le licenciement des sans-papiers n’était que le premier étage d’un plan de restructuration plus large pour éviter un plan social », affirme le cégétiste. Derrière lui, Ibrahima, Idrissa et les autres apportent à boire, à manger. Petite fête de régularisation. Doucement, Luis glisse : « La vie, c’est comme ça. Le combat ne finit jamais. » (*) Le directeur, contacté hier, n’a pas répondu à nos questions. Selon Modeluxe, il était en réunion à la préfecture. Lénaïg Bredoux. Article paru dans l'édition du 16 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-16/2007-01-16-844040

=====> « Trahis par le leader mondial de la bagagerie »

Textile. Les salariés du site d’Hénin-Beaumont ont manifesté, hier, en Belgique, devant le siège européen de Samsonite. En attendant l’audience au tribunal la semaine prochaine. Oudenaarde (Belgique), envoyée spéciale. Dans la zone d’activité, qui longe la N 60 en direction de Gand, les sièges de sociétés s’alignent derrière la contre-allée. Bienvenue à Oudenaarde, en Belgique, à une cinquantaine de kilomètres de Lille. Les deux cars en provenance d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) ont mis deux heures pour débarquer une petite centaine de salariés de l’usine Energyplast, venus protester devant les locaux européens de leur ancien propriétaire, le spécialiste de la bagagerie Samsonite. Une action symbolique pour « mettre la pression », explique Jean-Marc Mairesse, le secrétaire du comité d’entreprise (CGT), accueilli par une délégation de la FGTB, le principal syndicat belge.

===è « Samsonite, c’est pas fini »

Les hommes tiennent une banderole, « Samsonite, c’est pas fini », plusieurs femmes sont ceintes d’une écharpe blanche, fabrication maison, qui dénonce les « voleurs » et les « voyous ». Au-delà d’un timide « tous ensemble », quelques slogans émergent du froid et de la bruine. Debout près de sa femme, elle aussi salariée chez Energyplast, Marcel, vingt-trois ans d’ancienneté sur le site du Pas-de-Calais, arbore un tee-shirt bleu EDF, sur lequel est écrit « Samsonite nous a trahis ». « Trahis » est peint en lettres rouges sanguinolentes. Résumé du sentiment général.

« Nous avons été trahis par le leader mondial de la bagagerie », reprend Jean-Marc Mairesse qui dénonce une « multinationale qui a préféré nous livrer à des voyous ». Arguant d’une baisse de son chiffre d’affaires après le 11 septembre 2001, Samsonite a cédé son unique usine française le 1er septembre 2005 à deux associés, détenteurs d’une holding basée au Luxembourg, pour reconvertir le site de fabrication de valises en production de panneaux photovoltaïques. « Le résultat, c’est une catastrophe », estime la CGT, qui, appuyée par les rapports d’expertise comptable, pointe les « deux millions d’euros » disparus des caisses de l’usine. « Et on n’a jamais sorti un seul panneau solaire », selon Micheline. Raymonde : « On continue à travailler au ralenti mais la direction dit que c’est terminé à la fin du mois. On ne sait pas comment on va être payé. » Le dépôt de bilan du site d’Hénin-Beaumont serait donc imminent... Sauf si. Sauf si Samsonite, que les salariés soupçonnent d’avoir voulu échapper à ses responsabilités sociales et limiter le coût d’un plan de sauvegarde de l’emploi en dénichant des repreneurs hommes de paille, réinvestit dans le site. « On espère toujours, explique Céleste, dix-neuf ans d’ancienneté, on a tous des enfants, il y a des couples, partir avec rien, ce serait honteux. C’est toujours les petits, les ouvriers, qui trinquent. » Au-delà d’une éventuelle prime de licenciement, les salariés disent se battre d’abord pour sauver les 204 emplois dans une ville où les fermetures d’usines se multiplient (comme Sublistatic, lire par ailleurs) et sur laquelle plane encore l’ombre de Metaleurop. Céleste : « Notre région, le Nord-Pas de Calais, notre terre d’accueil, qu’est-ce qu’elle va devenir ? » « Tout ferme, ajoute Michèle, et le gouvernement ne fait rien. Il laisse faire. »

===è SOUPIRS ET DÉSABUSEMENT

Près de deux heures plus tard, la délégation reçue par des représentants de la direction européenne de Samsonite sort enfin. Les visages sont tendus. « Ils disent attendre l’audience au tribunal la semaine prochaine. Ils sont prêts à nous recevoir à nouveau ensuite. Mais ils ne sont pas fermés. » Soupirs, questions, inquiétude et désabusement. Rendez-vous est pris pour le 23 janvier, quand devant les juges du tribunal de grande instance de Paris, l’avocat des salariés tentera de les convaincre de casser les contrats de cession du site. Là, ce ne sont pas deux, mais trois bus qui débarqueront sur l’île de la Cité pour « continuer à mettre la pression ». Lénaïg Bredoux. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844107

=====> Grève massive à General Motors

Automobile. Les salariés du site strasbourgeois refusent d’être rémunérés à la « performance » et que leurs temps de travail soit annualisé. Strasbourg, envoyé spécial. Plus de 90 % de grévistes parmi les ouvriers, des débrayages parmi les autres catégories de salariés, des syndicats soudés : l’usine General Motors (GM) de Strasbourg, site spécialisé dans la fabrication de boîtes de vitesses qui emploie 1 500 salariés, connaît depuis le 11 janvier le conflit social

le plus dur de son histoire. « C’est la première fois qu’on voit les cadres cesser le travail par solidarité avec les salariés des chaînes de production, note Memouna Abouche, de la CGT. Les grèves sont plutôt rares ici, et lors de la dernière, en 2000, les ouvriers se battaient seuls. Là, on sent que tout le monde est déterminé à faire céder la direction. » Ce sont les négociations salariales qui ont déclenché le mouvement. La hausse générale proposée était de seulement 0,8 %, la direction cherchant à instaurer un nouveau système de rémunération à la « performance ». Les indem-nités journalières pour les salariés malades auraient également été supprimées et reversées au « pot » censé récompenser les plus « efficaces ». En parallèle, la direction voulait annualiser les RTT et le travail du vendredi pour flexibiliser la production. « Une façon de ne plus payer d’heures supplémentaires en période de forte cadence », estime Memouna Abouche qui, avec les autres membres de l’intersyndicale CFDT-CGT-FO, refuse « les pratiques à l’américaine » que GM veut d’imposer à ses salariés, y compris en jouant sur la mise en concurrence de ses différents sites européens et la peur de la délocalisation. L’usine de Strasbourg a déjà vu le service de la paye filer à Barcelone, tandis que les ressources humaines ont été externalisées à une agence d’intérim. « Aujourd’hui, on craint que ce soit le service achats qui soit transféré, peut-être en Allemagne », glisse un employé de l’ingénierie. C’est cette « inquiétude généralisée » qui explique le débrayage d’une heure auquel se sont

livrés lundi une forte proportion de cadres et employés du centre technique de l’usine. Pour ces derniers, le jeu est risqué : la direction leur demande désormais de remplacer les ouvriers sur les chaînes de production, sans qu’ils aient aucune formation pour cela, et leur statut ne les met pas à l’abri d’un licenciement s’ils refusent. Cette tentative de diviser les différentes catégories d’employés ne semble pas entamer la détermination des grévistes. « Nous avons calculé que chaque ouvrier rapporte, par heure, 75 euros de valeur ajoutée à GM ; nous demandons seulement que, sur ce montant, 1 euro de plus soit reversé aux ouvriers, pour aboutir à une augmentation mensuelle de 100 euros », souligne Memouna Abouche. De nouvelles rencontres entre l’intersyndicale et la direction étaient prévues hier soir. Paul Falzon. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844111

=====> Gustave-Roussy continue la lutte pour la réintégration

HÔPITAL. La direction a lancé lundi le plan de licenciement des 54 salariés du centre anti-cancer, pourtant refusé par la justice. La bataille continue à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif (Val-de-Marne) entre la direction et les salariés chargés du ménage et de la restauration de ce centre anti-cancer. Fin décembre, 54 salariés sur les 204 dont les contrats avaient été transférés à des entreprises sous-traitantes en septembre 2005, à des fins d’économies, ont gagné en cour d’appel leur réintégration parmi le personnel de l’institut (voir l’Humanité du 5 janvier). La justice a en effet estimé que les tâches de ménage et de restauration ne pouvaient être externalisées car elles font partie de la prise en charge globale des patients. Mais la direction de l’institut refuse d’appliquer cette décision et argue de ses difficultés budgétaires pour préparer le licenciement pour motif économique des 54 réintégrés. Lundi après-midi en comité d’entreprise extraordinaire, la direction a ainsi présenté ses arguments économiques, en vue du plan social. « Elle a refusé de revenir sur le choix de l’externalisation, qui visait à économiser 2 millions d’euros sur cinq ans », raconte Christine Pourre, secrétaire CGT du CE. En face, les représentants des salariés ont adopté à l’unanimité une résolution mandatant la secrétaire du CE pour ester en justice, pour étendre le bénéfice de la réintégration aux 150 autres salariés transférés de force vers les sous-traitants ISS et Medirest. Déjà 44 d’entre eux ont envoyé un courrier en ce sens au DRH et déposeront un dossier aux prud’hommes avant la fin du mois. Tous ces « transférés » avaient une garantie d’emploi et de maintien des acquis pendant quinze mois chez leur nouvel employeur, période aujourd’hui écoulée. Ils risquent donc de voir leurs salaires revus à la baisse et d’être licenciés, car le but de l’opération était avant tout de réduire les effectifs. « Nous multiplions les moyens de pression sur la direction, pour la forcer à renoncer à l’externalisation », résume Christine Pourre. Hier après-midi, les organisations syndicales devaient rencontrer la direction et lui apporter une pétition de 650 signatures en faveur de la réintégration. En attendant, les 54 réintégrés sont payés mais l’institut leur interdit de prendre leur poste de travail. Ils se réunissent tous les matins dans les locaux syndicaux. Pendant ce temps, ISS et Medirest les ont remplacés mais en partie seulement, et par des employés pas formés. « Il y a régulièrement des loupés par exemple dans les chambres stériles, où il y a des procédures d’habillage-déshabillage à respecter », déplore Christine Pourre. « La direction de l’institut devra assumer s’il y a un pépin. » Faute de budget suffisant de la part de l’État, l’institut présente un déficit de 15 millions d’euros. En décembre, la direction avait annoncé son intention de supprimer 150 postes sur 2000, et d’externaliser le service de stérilisation centrale (18 postes). Fanny Doumayrou. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844106

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

120) Haro sur la recherche publique

Un rapport rend les organismes publics et les universités responsables du faible investissement français dans les innovations industrielles. En matière de transfert industriel, la recherche française serait inefficace. Et la faute en reviendrait principalement aux organismes publics et aux universités. C’est du moins le diagnostic d’un rapport de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche, publié dans le Monde daté d’aujourd’hui. Un rapport, introuvable hier, qui a irrité associations et syndicats de chercheurs, accusés d’engloutir l’argent de l’État sans en faire profiter le monde économique. Que ce soit en terme de partenariat, de dépôt de brevet ou de création d’entreprises, les chercheurs du secteur public feraient peu d’effort pour valoriser leurs travaux auprès des industriels « en dépit des mesures prises depuis la loi sur l’innovation et la recherche de 1999 ». « Si on peut partager le constat d’un retard de la France en terme de valorisation, on peut s’interroger sur les causes de ce retard », analyse Jean Kister, du SNTRS-CGT. Les organismes publics ont dû faire face à d’importantes baisses de crédits en 2003, qui ont débouché sur une mobilisation inédite, rappelle le syndicaliste. Depuis, les laboratoires ont récupéré ces crédits, qui stagnent aujourd’hui. De leur côté, les membres de l’association Sauvons la recherche (SLR) notent, en s’appuyant sur des chiffres publiés vendredi dernier par la commission européenne, que, mis à part la recherche militaire, « en termes de recherche « académique », le taux de financement public français est mauvais, dans une part de recherche dans le PIB qui est elle-même médiocre, et très, très loin des pays les plus avancés ». En revanche, la part des investissements des industriels ont baissé, tandis « qu’on n’a jamais eu autant d’aides d’État, directes ou indirectes, aux entreprises », relève Jean Kister. « Qu’a-t-on fait de cet argent ? », questionne le syndicaliste qui s’étonne qu’aucune étude n’a, à ce jour, évalué l’efficacité de ces aides fiscales. « Faire porter le chapeau des problèmes de transferts industriels uniquement à la recherche publique serait un mauvais procès », résume Jacques Fossey, secrétaire nationale du SNCS-FSU. Pour finir, le rapport énumère dix propositions allant du développement de la recherche par projet (aux dépens d’un financement pérenne), la concentration des investissements sur un petit nombre d’universités aux primes pour les chercheurs. Des pistes de réforme dans le droit fil de la restructuration du système français de recherche opéré depuis cinq ans. Et en harmonie parfaite avec le discours de Nicolas Sarkozy, tenu lors de la convention de l’UMP sur la recherche, en octobre 2006. Vincent Defait. Article paru dans l'édition du 17 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-17/2007-01-17-844095

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

121) Santé : Labos pharmaceutiques en panne d’innovation

Santé. En 2006, les firmes pharmaceutiques ont produit peu de réelles nouveautés, et intensifié leurs efforts de marketing et de publicité, selon la revue Prescrire. Il y a le « palmarès des médicaments », avec sa « pilule d’or », son « tableau d’honneur » et ses simples « cités au palmarès » des progrès thérapeutiques. Il y a aussi les « palmes du conditionnement », récompensant les mieux conçus, du point de vue pratique et de la sécurité des usagers. Il y a enfin le « palmarès de l’information » distinguant les firmes pharmaceutiques pour la qualité des infos qu’elles acceptent de donner à ceux qui souhaitent évaluer leurs produits. Comme chaque année, la revue Prescrire remettait hier ses prix, devant la presse et des représentants de laboratoires.

===è Distinguer vrais et faux progrès

Fruit d’un travail d’expertise au long cours, réalisé par les équipes de la revue, composées de professionnels (médecins, pharmaciens, etc.), en toute indépendance vis-à-vis des labos, dans le but d’apporter aux soignants des connaissances fiables. Avec ces prix, comme avec les analyses rigoureuses qu’elle produit à longueur d’année à destination des toubibs, Prescrire exerce une sorte de veille citoyenne sur la santé publique. Distinguer vrais et faux progrès, véritable information santé et publicité déguisée, s’impose en effet devant l’évolution de l’industrie pharmaceutique, comme l’a montré Pierre Chirac, l’un des rédacteurs de la revue, en dressant un « bilan thérapeutique » de 2006. Vingt-trois nouvelles substances seulement, nombre de « fausses nouveautés ». L’an dernier, le marché du médicament aura été « peu novateur et peu orienté vers l’intérêt des patients », analyse Prescrire, confirmant une « panne d’innovation » durable. Ce qui n’empêche pas le secteur pharmaceutique de rester fort attractif pour les actionnaires : à défaut de progrès réel, « une bonne stratégie marketing peut rendre un médicament sans avantage particulier finalement très lucratif pour les firmes », pointe Pierre Chirac. La crise de l’innovation se conjuguant avec une certaine crise de confiance des citoyens patients et coïncidant avec l’arrivée à échéance des brevets de leurs produits les plus juteux, les firmes cherchent en effet la parade, notamment, « en réclamant des prix sans rapport avec le progrès thérapeutique » et, de plus en plus, en tentant de « maîtriser complètement le système d’information sur les médicaments ». En témoignent leurs efforts, multiples et variés, pour contourner l’interdiction légale de la pub grand public sur les médicaments de prescription. « Prélancements en fanfare » de certains produits (contre l’obésité, pour le sevrage tabagique) sur les sites Internet des firmes qui les commercialisent, « communications » sur des troubles de santé par des labos qui vendent des médicaments censés les traiter... Ou encore, dernière tentative en date, lancement de programmes dits « d’aide à l’observance » de leurs traitements par les malades chroniques, grâce auxquels les labos pourraient accéder directement au chevet des malades pour veiller à ce qu’ils absorbent bien leurs produits. Des programmes contrevenant clairement à l’interdiction de la publicité mais que le gouvernement tente pourtant de légaliser via un projet de loi actuellement en discussion au Parlement (voir l’Humanité du 3 janvier). Dénonçant ces « dérives », Pierre Chirac concluait en invitant les pouvoirs publics à « défendre l’intérêt public » en réorientant le système d’innovation « vers une réponse aux besoins réels de la population et en encourageant les progrès tangibles », en garantissant, aux soignants et aux soignés, l’accès à une - information objective sur les traitements thérapeutiques.

Yves Housson. Article paru dans l'édition du 19 janvier 2007.

http://www.humanite.fr/journal/2007-01-19/2007-01-19-844267

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

122) Brevets : Novartis veut fermer la « pharmacie des pauvres »

Médecins sans frontières lance une campagne contre la multinationale du médicament suisse qui a décidé d’attaquer l’Inde, principal producteur de médicaments génériques et bon marché. L’histoire semble se répéter. En 2001, 39 compagnies pharmaceutiques avaient attaqué en justice le gouvernement sud-africain dans le but d’annuler une loi qui diminuait le prix des médicaments. Sous la pression de nombreuses associations, ces laboratoires avaient finalement retiré leurs plaintes. Aujourd’hui, le suisse Novartis récidive mais cette fois-ci contre la législation indienne sur les brevets. Médecins sans frontières s’alarme des conséquences négatives pour des millions de malades dans le monde en cas de victoire de Novartis. L’ONG a mis en ligne sur son site (1) une pétition pour forcer cette entreprise à abandonner ses poursuites. Annick Hamel de MSF nous explique les enjeux de ce procès dont la prochaine audience aura lieu le 29 janvier.

===è Sur quelles bases le laboratoire suisse Novartis attaque-t-il l’Inde ?

Annick Hamel. En 2005, l’Inde a dû se mettre en conformité avec certaines règles de l’Organisation mondiale du commerce relatives à la propriété intellectuelle. Cela concernait notamment la délivrance de brevets pour les médicaments. Le gouvernement indien a donc fait voter une loi nationale mais les parlementaires ont précisé dans ce texte que seuls les médicaments apportant de réelles innovations pourraient être brevetables. C’est cet article-là que Novartis conteste.

===è La loi indienne contrevient-elle aux règles de l’OMC ?

Annick Hamel. Pas du tout, puisque l’OMC elle-même annonce qu’un médicament doit être nouveau et inventif pour qu’il soit considéré comme une innovation. L’OMC édicte des principes. Il appartient ensuite à chaque pays de les transcrire dans sa législation. L’Inde ne fait qu’interpréter un principe de l’OMC. Mais ce qui s’est passé, c’est que le laboratoire Novartis s’est vu refuser un brevet sur un de ses médicaments anticancéreux (le glivec), une molécule qui existait déjà en Inde sous la forme d’un médicament générique. La modification réalisée sur le glivec n’a pas été jugée suffisamment innovante pour mériter un brevet. Novartis a fait appel de ce refus et, de manière à éviter que cette défaite se répète, a décidé de remettre en cause la loi indienne.

===è Pourquoi les brevets sont-ils tant recherchés par les entreprises ?

Annick Hamel. Une compagnie qui détient un brevet dans un pays peut empêcher d’autres fabricants de produire ou de commercialiser ce médicament dans ce pays pendant toute la durée du brevet qui, selon les règles de l’OMC, est de vingt ans minimum. Cela donne ainsi la possibilité aux compagnies de vendre leurs médicaments à un prix élevé dans tous les pays où elles détiennent des brevets, puisqu’il n’y a, localement, aucun autre concurrent. Près de 10 000 demandes de brevet sont en attente en Inde.

===è En cas de victoire de Novartis, quelles peuvent être les conséquences pour les patients consommateurs de génériques indiens ?

Annick Hamel. Leur vie est en jeu. Les médicaments produits en Inde sont parmi les moins chers au monde. Plus de 50 % des médicaments utilisés dans les pays en développement pour traiter les malades du VIH (sida) proviennent de ce pays, véritable « pharmacie des pauvres ». Ces médicaments sont également utilisés pour soigner 80 % des 80 000 patients malades du sida suivis dans les programmes de MSF. L’utilisation de génériques indiens a permis de ramener le coût du traitement de 10 000 à 200 euros par an et par patient. Deux millions de personnes atteintes du sida dans le monde en développement reçoivent actuellement un traitement. Ces patients ont accès aux plus vieux antirétroviraux. Mais tous les malades ont besoin de changer de médicaments au fil des années car l’organisme s’adapte et résiste. Pour obtenir des nouveaux médicaments innovants à des prix abordables, ils devront attendre la fin de la durée du brevet, soit vingt ans. mourront avant. (1) www.msf.fr

Entretien réalisé par Damien Roustel. Article paru dans l'édition du 15 janvier 2007. http://www.humanite.presse.fr/journal/2007-01-15/2007-01-15-843969

- Voir le site : http://www.humanite.fr et le site des Amis de l'Humanité : http://www.amis-humanite.com/ - 32, rue Jean JAURES 93528 Saint Denis Cedex tél. 01 49 22 74 17   fax: 01 49 22 74 00

 

123) UNEDIC : Un projet de réforme cadeau pour les employeurs

Pour abaisser le coût du travail, deux économistes proposent que l’État paie un tiers des cotisations patronales d’assurance chômage. Réduire de 25,7 à 14,5 milliards d’euros par an, soit 11,2 milliards d’euros d’économies, le montant des cotisations UNEDIC versées par les employeurs : tel est l’axe central d’une réforme de l’assurance chômage proposée par deux économistes, Bruno Coquet et Arnaud Sylvain, dans le dernier numéro de la revue Sociétal, liée au cercle patronal l’Institut de l’entreprise. En décembre 2005, les gestionnaires de l’UNEDIC avaient annoncé une négociation pour « remettre à plat » le système. C’est dans cette optique que les deux chercheurs, par ailleurs employés par le ministère de l’Emploi, avancent un projet qui ne devrait pas déplaire à la partie patronale, puisqu’il s’agit d’« alléger jusqu’à près de 50 % le poids de l’assurance chômage sur le coût du travail des secteurs marchands ». Comment les deux auteurs accomplissent-ils cette prouesse ? Leur scénario est d’abord basé sur une baisse du taux de chômage à 8,5 %, ce qui permettrait d’économiser 2,5 milliards d’euros. Ils proposent ensuite une refonte complète des règles de calcul des durées et des montants d’indemnisation, jugées « complexes, confuses, inéquitables ». En remplacement des quatre « filières » existantes, qui donnent droit à tant de mois d’allocation à condition d’avoir travaillé tant de mois minimum, et qui créent des effets de seuil, ils proposent que la durée de l’allocation soit directement proportionnelle au temps travaillé : dix heures de travail donneraient droit à huit heures d’indemnisation, ce qui dans certains cas serait moins favorable que le calcul actuel. De plus, les salariés ayant travaillé à temps partiel seraient pénalisés puisqu’on comptabiliserait leurs heures et non plus leurs mois de travail. La période d’activité minimale requise pour ouvrir des droits serait donc rallongée (huit mois pour un mi-temps). Le montant de l’allocation ne serait plus calculé en pourcentage du salaire antérieur, mais correspondrait au SMIC plus 45 % de la partie du salaire excédent le SMIC, ce qui instaurerait un plafonnement pénalisant les chômeurs dont le salaire était supérieur à 1 950 euros. Globalement, ces mesures de « simplification » feraient économiser sur le dos des chômeurs 2,5 milliards d’euros, que les auteurs compensent par une amélioration de l’indemnisation des précaires : ils pourraient toucher une allocation à partir de quatre mois de travail, contre six mois actuellement. Enfin, 0,7 milliard serait économisé en alignant le régime des intermittents sur celui, moins favorable, des intérimaires. Mais l’essentiel des 11,2 milliards d’euros de réduction des cotisations patronales serait financé par l’État, selon un raisonnement bien tordu. Alors que l’assurance chômage a été créée pour le secteur privé caractérisé par l’insécurité de l’emploi, les auteurs jugent injuste que la fonction publique n’y participe pas. Selon eux, les salariés du privé financent par leurs impôts la protection de l’emploi des fonctionnaires, l’ascenseur doit donc être renvoyé. Pour ne pas toucher au pouvoir d’achat des fonctionnaires, ils proposent la création d’une cotisation patronale dans la fonction publique, qui rapporterait 8 milliards d’euros à l’UNEDIC, tandis que les employeurs privés ne paieraient plus que 14,5 milliards d’euros au lieu de 25,7. Il s’agit donc d’une fiscalisation du financement de l’assurance chômage, dans l’esprit de la CSG et de la CRDS pour